SCÈNE V
MADEMOISELLE D’ORFEUIL, JUSTINE, qui
se regardent quelque temps.
JUSTINE
Eh bien, mademoiselle?
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Ah ! ma chère Justine !
JUSTINE
Plaît-il ?
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Tu m’entends bien.
JUSTINE
Je crois que je devine.
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Voilà donc ce futur !
JUSTINE
Le voilà.
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Qui l’eût dit?
JUSTINE
Qui? moi, mademoiselle ! Oui, je vous l’ai prédit : Auprès de ce héros charmant, imaginaire,
Le véritable époux n’est qu’un homme ordinaire :
En un mot, le premier a fait tort au second.
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Ah ! quelle différence !
j y stine.
Écoutez donc : au fond,
Vous auriez pu déchoir encore davantage;
Car, après tout, celui qui vous reste en partage Est aimable...
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Un tel mot est bien vague à présent.
LES CHATEAUX EN ESPAGNE
De séduisants dehors, un bahil amusant,
Dans ie monde, voilà ce qui fait l’homme aimable; Et Florville, à mes yeux, serait fort agréable,
Si Florville, pour moi, n’était qu’un étranger :
Mais c’est comme un époux que j’ai dû le juger. Dans son époux, Justine, on a bien droit d’attendre Un esprit droit, solide, un cœur sensible et tendre; Et je ne trouve point tout cela dans le mien.
JUSTINE
Qui vous l’a dit enfin?
Eh! tout son entretien.
Quelle légèreté !
JUSTINE
C’était un badinage;
Il fallait bien ainsi jouer son personnage.
MADEMOISELLE d’oRFEUIL,
Va, va, le caractère enfin perce toujours,
Et je le juge, moi, par ses propres discours,
Comme lui, vains, légers inconséquents, frivoles. Tiens, il s'est peint lui-même en fort peu de paroles : Amant fort agréable, et fort mauvais époux.
JUSTINE
C’est le juger, je pense, un peu vite, entre nous.
11 se peut bien qu’ici vous vous soyez trompée.
D’un beau portrait votre âme était préoccupée. Attendez donc du moins un second entretien,
Et vous verrez alors...
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Allons, je le veux bien.