ACTE I, SCÈNE VIII
Mais conviens qu’elles sont d’une coquetterie,
D’un luxe !... Telle femme est charmante, entre nous, Dont on serait fâché de devenir l’époux;
Tel mari semble heureux, qui dans le fond de l’âme Gémit... chaule.
Mais, en revanche, il est plus d’une femme, Modeste en ses désirs et simple dans ses goûts,
Qui met tout son bonheur à plaire à son époux.
M. DUBRIÀGE.
Soit. En est-il beaucoup ?
CHAULE.
Plus qu’on ne croit peut-être :
Moi qui vous parle, j’ai le bonheur d’en connaître.
M. DUBUIAGE.
Du ménage, mon cher, j’ai craint les embarras,
Les tracas, les soucis...
CHAULE.
Mais où n’en a-t-on pas?
Une famille au moins qui vous plaît, qui vous aime, Vous fait presque chérir cet embaras-là même :
Au lieu qu’un alentour mercenaire, étranger,
Vous embarrasse aussi sans vous dédommager;
On a l’ennui de plus.
M. DUBUIAGE.
Voilà ce que j’éprouve ;
Et c’est précisément l’état où je me trouve :
Et, tiens, mes gens me sont fort attachés, je crois ; Mais je les vois tous prendre un ascendant sur moi...
CHAULE.
En effet... m. dubriage.
Jusqu’au vif, vois-tu, cela me blesse;
Et parfois je voudrais, honteux de ma faiblesse, Secouer un tel joug. A cet Ambroise j’ai,
Oui, j’ai cinq ou six fois déjà donné congé :
Je le reprends toujours; car, s’il a l’humeur vive,
Il est brave homme au fond. Parfois même il m’arrive D’avoir des démêlés avec madame Evrard,
De lui faire sentir enfin que tôt ou tard
Elle pourrait... Mais quoi, j’ai si peu de courage !
LE VIEUX CÉLIBATAIRE
Elle baisse d’un ton, laisse passer l’orage,
Et bientôt me gouverne encor plus sûrement.
CHARLE
Je sens cela. m. dubriage.
Mets-toi dans ma place un moment.
Un garçon, un vieillard isolé dans le monde...
Car tu ne conçois pas ma retraite profonde :
Je n’avais qu’un neveu qui m’eût pu consoler Dans mes maux... et c'est lui qui vient les redoubler.
CHARLE
Ce neveu... pardonnez... il est donc bien coupable?
M. DUBRIAGE.
Lui, coupable ? il n’est rien dont il ne soit capable.
Si tu savais !... Mais non, laissons ce malheureux.
CHARLE
Ah ! s’il vous a déplu, son sort doit être affreux.
M. DUBRIAGE.
Il rit de mes chagrins.
CHARLE
Il rirait de vos peines ?
Il se ferait un jeu de prolonger les siennes ?
Ce jeune homme à ce point n’est pas dénaturé :
J’en puis juger par moi, dont le cœur est navré...
M. DUBRIAGE.
C’est que vous êtes bon, vous, délicat, sensible ;
Mais Armand n’a point d’àme.
CHARLE
O ciel ! est-il possible?
Quoi?... Cet Armand, monsieur, le connaissez-vous bien?
M. DUBRIAGE.
Trop, par ses actions. D’abord, comme un vaurien,
Il s’engage.
CHARLE
Il eut tort ; mais ce n’est pas un crime Qui le doive à jamais priver de votre estime.
M. DUBRIAGE.
Et dans sa garnison comment s’est-il conduit ?
CHARLE
En êtes-vous certain?