ACTE III, SCÈN E IV
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MADAME EVRARD
Je ressemblais aussi beaucoup, je m’en souvien,
A mon père... digne homme! il était assez bien... Ayant moins de richesse, hélas ! que de naissance...
On le félicitait sur notre ressemblance :
Aussi m’aimait-il plus que ses autres enfants.,.
Finement.
Et puis il m’avait eue à plus de soixante ans,
Je flattais son orgueil autant que sa tendresse:
Il m’appelait souvant l’enfant de sa vieillesse.
M. DUBRIAGE.
A plus de soixante ans !
MADAME EVRARD
Oui; c’est qu’il était frais!...
Et même il a vécu vingt ans encore après.
Allons, vous retombez dans votre rêverie.
M. DUBRIAGE.
Il est vrai.
MADAME EVRARD
Je ne sais... excusez, je vous prie...
Mais vous semblez avoir quelque chose.
M. DUBRIAGE. Non, rien.
MADAME EVRARD
Si fait : vous êtes triste, oh ! je le vois fort bien...
Au surplus, chacun a ses embarras, ses peines...
Moi qui vous parle, eh bien ! j’ai moi-même les miennes.
M. DUBRIAGE.
Qui, vous, madame Evrard ?
MADAME EVRARD
Sans doute .
m. dudriage. A quel propos ?
MADAME ÉVRARD
Ambroise me tourmente: il désire, en deux mots, Qu’avant peu, que demain, je devienne sa femme.
M. DÜBR IA GE.
(l« f.ihnnt Asseoir à o6té de
.Ambroise, dites-vous?... Répétez donc, madame.
MADAME EVRARD
Je dis qu’Ambroise m’aime e4 mo veut épouser.
LE TIEXX CÉLrDATAIRE
Depuis plus de deux ans, je sais le refuser.
J’élude chaque jours une nouvelle instance,
Croyant que mes délais lasseront sa constance :
Non ; loin de s’attiédir, son ardeur va croissant.
Mais aujourd’hui surtout, il devient plus pressant;
U insiste ; et vraiment je ne sais plus que faire.
Je viens vous demander conseil en cette affaire.
M. DUBRIAGE.
Eh mais ! je ne sais trop quel conseil vous donner... Car enfin ce parti n’est pas à dédaigner :
Ambroise est, après tout, un parfait honnête homme, Homme d’honneur, de sens, excellent économe.
MADAME EVRARD
Oui, vous avez raison ; et pour la probité,
Ambroise assurément sera toujours cité:
Mais il parle d’hymen; la chose est sérieuse:
Je crains, je l’avoûrai, de n’ètre pas heureuse.
M. DUBRIAGE.
Et pourquoi^?
MADAME EVRARD
Je ne sais... tenez, e’est, qu’entre nous, On peut être honnête homme et fort mauvais époux. Ambroise est quelquefois d'une rudesse extrême, Vous le savez: souvent il vous parle à vous-même, D’un ton!...
M. iUBRIÀGE.
Un peu dur, oui; mais vous l’adoucirez: Vous avez pour cela des moyens assurés.
MADAME EVRARD
Quelle tâche ! j’en suis d’avanee intimidée...
Puis... j’avais de l’hymen une tout autre idée :
Car j’étais faite, moi, pour un lien si doux;
Et... sans l’attachement, monsieur, que j’ai pour vous, A coup sûr, je serais déjà remariée.
Dans mon premier hymen je fus contrariée;
Et, lorsque l’on m’unit au bon monsieur Evrard,
A mon penchant peut-être on eut trop peu d’égard.
A prendre un tel époux bien qu’on m’eût su contraindre, Vous savez cependant s’il eut lieu de se plaindre,