M. DUB RI AGE
On vous eût crus unis par inclination.
MADAME EVRARD
Eîh bien ! en pareil cas, si je fus complaisante,
Jugez, monsieur, combien je serais douce, aimante,
Si j'avais un mari qui fût... là... de mon choix,
Dont l’humeur me convînt, en un mot !
M. DUBRIAGE
Je le crois.
MADAME EVRARD
Et je ne parle pas d’un mari vain, volage...
Je n’aurais point voulu d’un jeune homme; à cet âge, On ne sait pas aimer.
M. DUBRIAGE.
Je l’ai toujours pensé:
Ce que vous dites là, madame, est très-sensé.
MADAME EVRARD
Pour mieux dire, tenez, monsieur, je le confesse, Pourvu qu’il eût passé la première jeunesse,
Peu m’importe quel âge aurait eu mon époux :
Je parle sans détour ; car enfin, entre nous,
En me remariant, moi, s’il faut vous le dire,
Un, deux enfants, voilà tout ce que je désire...
Il me semble déjà que j’ai là sous les yeux,
Que je vois mes enfants, le père au milieu d’eux, Souriant à nous trois, allant de l’un à l’autre...
Oh ! quel ravissement serait alors le nôtre !
(Se reprenant.) r
J’entends le mien, celui du mari que j’aurais,
Je parle en général, je n’ai point de regrets:
Auprès de vous mon sort est trop digne d’envie ;
Le ciel m’en est témoin, j’y veux passer ma vie :
Nul motif, nul pouvoir ne peut m’en arracher.
M. DUBRIAGE.
Qu’un tel attachement est fait pour me toucher !
MADAME EVRARD
Vous devez voir pour vous jusqu’où va ma tendresse, Gomme, au moindre signal, je vole, je m’empresse ;
LE VIEUX CÉLIBATAIRE
Comme je mets au rang des plaisirs les plus doux Celui de vous servir, d'avoir bien soin de vous.
Ce n’est pas l’intérêt, le devoir qui me mène;
C’est l’amitié, le cœur, cela se voit sans peine.
Enfin, sur le motif qui me faisait agir On s’est mépris... au point de me faire rougir.
Oui, monsieur, pour jamais, il faut que je le dise,
La médisance ici peut m’avoir compromise :
Je ne suis pas encor d’âge à la désarmer.
On me soupçonne enfin...
M. DUBRIAGE.
De quoi ?
MADAME É Vit A RD.
De vous aimer,
De vous plaire... je dis d’avoir louché votre âme. Charle, en entrant, a cru que j’étais votre femme.
Mon amitié pour vous me fait tout supporter :
C’est un plaisir de plus, et j'aime à le goûter...
Mais je vous le demande, ave-c un cœur sensible, Puis-je épouser ?