‹ [Œuvres choisies]Chapitre 469 sur 558 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Sur un point... qu’à coup sûr tu ne devines pas.

CHARLE

Lequel ?

M. DUBRIAGE.

Moi qui jamais n’ai voulu prendre femme, Croirais-tu qu’à présent, dans le fond de mon âme, J’aurais quelque penchant à former ce lien ?

CI1ARLE.

Pourquoi pas? Je crois, moi, que vous ferez fort bien.

M. DUBRIAGE.

Vraiment?

CHARLE

Oui. Quoi de plus naturel, je vous prie.

Que de vous attacher une femme chérie,

Qui partage vos goûts, vos plaisirs, vos secrets?

Si cet hymen était l’objet de vos regrets,

Monsieur, que votre cœur enfin se satisfasse.

M. DUBRI AGE.

Tu ne me blâmes point ?

CHARLE

Et pourquoi donc, de grâce?

Je ne désire, moi, que de vous voir heureux.

Bon Charle !... En vérité, je suis... presque amoureux; Non d’une jeune enfant, mais d’une femme faite, Aimable encor pourtant, à mille égards parfaite,

Une compagne enfin, avec qui de mes jours Tranquillement, vois-tu, j’achèverai le cours;

Madame Evrard...

CHARLE

Eh! quoi, madame Ev...!

M. DUBRIAGE.

Elle-môme.

Eh! d’où vient donc, mon cher, cette surprise extrême?

CHARLE

Ma surprise?

M. DUBRIAGE.

Oui; j’ai vu ton soudain mouvement :

Tu m’as paru saisi d’un grand étonnement.

LE VIEUX CELIBATAIRE

A ton avis, j’ai tort de l’épouser peut-être?

CHARLE

Monsieur... asurément... vous en êtes le maître**

Non : tu viens de piquer ma curiosité :

Explique-toi. charle.

Qui, moi?

M. DUBRIAGE.

Toi-même.

CHARLE

En vérité,

Monsieur, tant de bonté ne sert qu’à me confondre : Dans la place où je suis, je ne puis vous répondre.

M. DUBRIAGE.

Tu blâmes cet hymen; oh! oui, je le vois bien :

Tu veux dire par là...

charle.

Monsieur, je ne dis rien.

M. DUBRIAGE.

On en dit quelquefois beaucoup plus qu’on ne pense : Ainsi de t’expliquer, Charle, je te dispense;

Car, moi-même, aussi bien je m’étais déjà dit Ce que tu me voudrais faire entendre. Il suffit :

N’en parlons plus. Tu peux me rendre un bon office.

CHARLE

Trop heureux, monsieur! Charle est à votre service; Vous n’avez qu’à parler.

M. DUBRIAGE.

Je songe à ce neveu,

Ou plutôt à sa femme : et, je t’en fais l’aveu,

Son sort me touche : elle est peut-être sans ressource. Je n'ai que cent louis, comptés dans cette bourse :

Je voudrais, s’il se peut, les lui faire passer.

Ils habitent Colmar. Comment les adresser?

Car, en tout ceci, moi, je ne veux point paraître.

Toi, Charle, par hasard, si feu pouvais connaître A Colmar...

CHARLE

J’y connais quelqu’un, précisément.

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