‹ [Œuvres choisies]Chapitre 483 sur 558 · ACTE IV, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XI

Ce jeune homme à mes yeux est vraiment respectable ; Et son cruel parent?...

LAURE

Peut-être est excusable :

Car il ne connaît point mon ami ; mais enfin 11 se fera connaître ; et ce n’est pas en vain Que nous serons venus du fond de notre Alsace...

M. DUBRIAGE.

D’Alsace? dites-vous... Le quel endroit, de grâce?

LAURE

De Colmar.

M. DUBRIAGE.

De Colmar!

LAURE

Oui, monsieur.

M. DUBRIAGE.

Dites-moi,

Vous avez à Colmar garnison, que je croi ?

LAURE

Cui, monsieur...

M. DUBRIAGE.

Je connais quelqu’un dans cette ville, Un soldat: mais comment démêler entre mille?

Après tout, que sait-on...? 11 se nommait Armand...

Je le... connais.

M. DUBRIAGE.

Ah, ah! par quel hasard, comment?.,.

LAURE

Par un hasard, monsieur, qui jamais ne s’oublie.

Ce jeune homme à mon père avait sauvé la vie : Jugez si le sauveur d’un père, d’un époux,

Devait avec transport être accueilli de nous !

L’estime se joignit à la reconnaissance.

Aous vîmes qu’il était d’une honnête naissance:

Plein de cœur et d’esprit, brave et zélé soldat,

Comme s’il eût par goût embrassé cet état ;

Et pourtant doux, honnête...

LE VIEUX CÉLIBATAIRE

M. DUBRIAGE, à lui-même.

Oh ! oui... le bon apôtre !

(a Laure.)

C’est assez ; je vois bien que vous parlez d’un autre.

Cet Àrmand-là, monsieur, n’est pas le même ?...

M. DUBRIAGE.

Oh! non :

Le mien, qui ne ressemble au vôtre que de nom,

Est un mauvais sujet, sans raison, sans conduite ;

Il s’enfuit un beau jour, et s’engage par suite,

Puis se marie, épouse une fille de rien,

Dont le moindre défaut fut de naître sans bien,

Qui menait une vie avant son mariage !...

LAURE, très-vivement.

Monsieur, rien n’est plus faux; je réponds qu’elle est

[sage.

Elle s’est, je l’avoue, éprise d’un soldat,

Mais estimable, honnête, ainsi que son état:

Elle le vit, l’aima du vivant de son père ;

Il lui fut accordé par sa mourante mère ;

Elle l’aime ; il l’adore, et jusques aujourd’hui,

Elle a toujours vécu sagement avec lui.

Ce qu’on a pu vous dire est un mensonge infâme ; Oui, l’épouse d’Armand est une honnête femme.

M. DJUBRI AGE.

Mais vous la défendez !...

C’est moi que je défend.

M. DUBRIAGE.

C’est vous !...

LAURE, toujours on colère.

Eh ! oui, je suis cette femme d’Armand.

M. DUBRIAGE.

Quoi ! vous seriez?...

LAURE, à part et revenant à elle.

O ciel ! je me trahis moi-même.

M. DUBRIAGE.

Vous ma nièce, bon Dieu !... Mu surprise est extrême.

Page 1