ACTE I, SCENE VIII
F L 0 R I M EL
A ma mère? monsieur ! hélas !
RAIMOND
Vous soupirez :
Quel malheur?...
FL O RI M EL
Je le vois, Monsieur, vous ignorez...
Ma mère, en ce moment, ne saurait voir personne.
RAIMOND
Ah ! pardonnez... Je n’ose, ô dieu! mais je soupçonne Qu’elle est malade.
FL OR IM EL
Oh ! oui, bien dangereusement.
RAIMOND
Mais, c’est donc tout à coup, Monsieur?
FLORIMEL.
Subitement.
RAIMOND
Se peut-il?
FLORIMEL.
C’est l’effet d’un grand coup de tonnerre.
De tonnerre ?
FLORIMEL.
A minuit, il tombe chez ma mère ; Avec fracas déchire et brûle ses rideaux, Dérange les fauteuils, dépend lustres, tableaux. L’un d’eux tombe sur elle...
RAIMOND
Ah!
FLORIMEL.
C’est ce qui la sauve:
Ma mère est là-dessous, mieux que dans son alcôve.
RAIMOND
J’entends : c’est bien heureux.
LUBIN
Un drôle de bonheur !
FLORIMEL.
Jugez de son état et de notre douleur !
MALICE POUR MALICE
MALICE POUR MALICE
Je le sens.
FLORIMEL.
Vous trouvez ee fait un peu bizarre ?
LUBIN
Il est certain.,..
RAIMOND
Sans cloute, un coup pareil est rare : Mais qui peut du tonnerre expliquer les effets? Impossible est un mot que je ne dis jamais.
FLORIMEL.
Ce principe est d’un sage. Ici, Ton se lamente :
Ma pauvre sœur...
RAIMOND
Hélas!.,. Elle est, dit-on, charmante.
FLORIMEL.
Monsieur, je la loûrais, si ce n’était ma sœur.
Elle est intéressante ; entre nous par malheur,
Elise s’est gâté l’esprit par sa lecture :
Elle en est aux romans pour toute nourriture.
RAIMOND
Des romans ! eh ! lit-on autre chose à présent ?
Chez nous, jusqu’au berger en lit chemin faisant.
FLORIMEL.
Ma pauvre sœur I... il est des moments où je tremble.
(Affectant de l’abandon.)
Mon ami ! nous allons quelques jours vivre ensemble, Et votre air, vos discours... Je serais, entre nous. Désespéré d’avoir une affaire avec vous.
RAIMOND
Une affaire ?
FLORIMEL.
Oui, tenez, je ne puis vous le taire, Monsieur, j’ai le malheur d’avoir un caractère Fier, terrible.
R AIMOND
On croirait le contraire, à vous voir.