ACTE I, SCÈNE XI
Cet hôtel est peuplé de gens peu sédentaires,
Qui, du matin au soir, courent à leurs affaires.
Dans une garnison, sans sortir de chez moi,
J’avais à qui parler... Qu’est-ce que j’aperçois?
Des livres!... Je n’ai plus besoin de compagnie : Quand j’ai des livres, moi, jamais je ne m’ennuie. Est-il rien, en effet, de si délicieux ?
Cela tient lieu d’ami, souvent cela vaut mieux.
Que je vais m’amuser !...
(il prend un livre et regarde sur le dos.)
Ah ! ah ! c’est La Bruyère , J’en fais beaucoup de cas : lisons un caractère.
(il lit à l’ouverture du livre.)
« Un homme inégal n’est pas un seul homme; cc « sont plusieurs. Il se multiplie autant de fois qu’il a « de nouveaux goûts et de manières différentes. Il est c à chaque moment ce qu’il n’était point; et il va être « bientôt ce qu’il n’a jamais été. 11 se succède à lui- « même 4. »
Où donc a-t-il trouvé ce caractère-là ?
Jeux d’esprit ; tout le livre est fait comme cela.
On le vante pourtant. Voyons quelque autre chose : Aussi bien je suis las de lire de la prose.
Les vers, tout à la fois, charment l'œil et l’esprit; Voyons s’il est ici quelque poète à lire.
(il prend un autre livre.)
Boileau !... Bon ! celui-là. J’aime fort la satire.
(il lit de même à l’ouverture du livre.)
« Voilà l’homme en effet. Il va du blanc au noir ;
« Il condamne au matin ses sentiments du soir :
« Importun à tout autre, à soi-même incommode,
< Il change, à tout moment, d’esprit comme de mode : « Il tourne au premier vent, il tombe au premier choc, « Aujourd’hui dans un casque, et demain dans un froc1 2.»
(il jette le livre sur la table.)
L’insolent! C’est assez; et puis, dans un auteur,