‹ Œuvres choisiesChapitre 10 sur 138 · Voir page 236, note · texte numérisé non relu

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On reconnaît ici l'influence allemande et ces ténèbres dont l'idéologie germanique se plaît trop souvent à envelopper les claires conceptions latines : celle d'un Rabelais ou celle d'un Molière. Au reste c'est le privilège de toute pensée féconde que de prêter aux interprétations saugrenues.

Non! Cervantes n'est pas un esprit fort, et Don Quichotte n'est pas un « roman à clef ». Au contraire, il apparaît bien que notre auteur était un fervent catholique, respectueux non seulement du dogme, mais des ministres de l'Église dont il relève, en tant qu'ils sont dignes de respect.

C'est ainsi que l'humble curé de village a sa sympathie, tandis que les abbés de cour, les clercs « qui rarement oublient de se donner leurs aises », les confesseufs parasites ou Termite bon apôtre, encourent sa critique cinglante.

Et Don Quichotte est, si l'on veut, un admirable traité de philosophie pratique, mais non de théosophie. C'est le roman social où l'auteur dresse en pied l'hidalgo castillan, « tel qu'il le voyait autour de lui, et tel qu'il le voyait en lui-même, puisque Don Quichotte, en définitive, est la chair de sa chair et le sang de son sang ».

Cervantes explique lui-même, dans le Prologue de son œuvre, qu'elle ne vise à rien d'autre que de « défaire Tautorite et l'importance que les livres de chevaleries ont dans le monde et parmi le vulgaire ».

Mais les chevaleries, en réalité, n'ont constitué, comme le remarque judicieusement M. Morel-Fatio, que « le procédé littéraire » qui permit à l'auteur « d'étendre et d'embellir son sujet en l'approvisionnant à foison d'accidents et d'aventures ».

Don Quichotte, redresseur de torts, nous montre ceux du gouvernement. S'il ne s'attaque pas directement au prince, il poursuit sans trêve dans ses sujets les funestes conséquences d'un régime vénal et corrompu. Il se moque, comme Berganza, des idéologues qui pullulent sur les ruines de l'État, flétrit les mœurs des grands, la lâcheté des nobles à l'égard de leurs fils prodigues. Il plaisante doucement, et, sans doute, avec amertume, la glorieuse misère de Vhidalgo, de ce noblaillon si fier dans sa petite maison campagnarde, de ce mince gentilhomme dont le rêve est immense et la vie insipide, de ce « fils de quelque chose )> dont le désœuvrement et la pauvreté sont la rançon d'un

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