Livre troisième
[Les amants aperçoivent enfin la terre de Portugal, ils débarquent à Bélem et passent à Lisbonne d'où ils partent pour l'Espagne habillés en pèlerins, lis admirent à loisir Tolède, la ville sainte, « gloire de l'Espagne et lumière de ses cités » ; Aranjuez aux arbres verts, aux étangs poissonneux, aux délicieux jardins de mille fleurs diverses; Quintanar de la Orden; les environs de Valence ^ ; Villareal, « belle et amène ville » ; les saintes montagnes de Montserrat, qu'ils « vénèrent avec une dévotion chrétienne >» ; enfin Barcelone, perle des cités espagnoles. Au cours de leur pérégrination, il leur arrive d'étranges aventures dont la plus fâcheuse est leur capture par la Sainte-Hermandad, aux environs de Gaceres, à la suite de l'assassinat d'un gentilhomme. Mais leur innocence étant prouvée par un papier qu'a laissé la victime, ils sont relâchés par le Corregidor.
D'Espagne, ils vont en France en passant par le Languedoc et la Provence. On leur parle en espagnol « car en France nul ne laisse d'apprendre la langue castillane ». Trois dames françaises offrent à Auristèle de l'emmener à Paris. Elles sont accompagnées d'un domestique du duc de Nemours, chargé par son maître de lui trouver une épouse à son goût, et qui se
1, Ils sont reçus dans un village peuplé de Mauresques où ils assistent à une descente de corsaires de Berbérie à laquelle il a été fait allusion au début de la Nouvelle : L'Illustre Servante, V. p. 81, n. 2.
propose, tout au moins, de montrer au duc un portrait d'Auristèle dont la beauté l'émerveille.
Périandre et Auristèle, cependant, avec leurs compagnons ordinaires, continuent seuls leur chemin. Périandre veut délivrer une femme qu'un fou tente de précipiter du haut d'une tour, mais ayant saisi le fou à bras-le-corps, il tombe avec lui, et de la chute, demeure presque sans vie. On s'empresse, et Auristèle ne peut s'empêcher de montrer quel est le sentiment qui l'anime.... Su-r ce, les trois dames françaises de naguère apparaissent venant vers eux, entourées de gens accourus pour voir le blessé; et à ce même instant, une troupe d'hommes armés bondit traîtreusement sur les trois femmes. Les compagnons de Périandre, heureusement s'élancent vers les ravisseurs et à coups de flèches réussissent à les mettre en fuite.
Les trois dames sauvées se font les infirmières de Périandre et les consolatrices d'Auristèle. Enfin Périandre guérit. Tous se remettent en route après avoir été recueillis par l'astrologue Soldino qui prédit à chacun un heureux avenir et conseille aux trois dames françaises de ne pas se rendre à Paris, mais à Rome. Les pèlerins sortent de France par le Dauphiné, traversent le Piémont et l'état de Milan.]