‹ Œuvres choisiesChapitre 116 sur 138 · LE PLAIDOYER DE CERVANTES · texte numérisé non relu

LE PLAIDOYER DE CERVANTES

(Chapitre iv.)

« L'indignation compose souvent des vers ; — mais si le rimeur indigné est quelque sot, — ses vers seront fart méchants. — De moi, je dirai seulement que je me trouvai prêt — à chanter en tercets — ce que n'a point chanté l'exilé du Pont^ — Et ainsi je dis au Délien ^ :

— « Le peuple vain, Seigneur, n'estime guère celui qui te suit — et s'attache à l'arbre sacré du laurier. — L'envie et Tignorance le persécutent, — et ainsi envié toujours et persécuté, — il n'atteint jamais au bien qu'il espère. — C'est moi qui sus tailler ce fameux vêtement — sous lequel, dans le monde, la belle Galathée

— fit son entrée et fut sauvée de l'oubli. — Par moi la Confuse nullement laide — parut dans les théâtres digne d'admiration, — s'il est juste que l'on en croie la renommée. — C'est moi qui, dans un style en partie convenable — ai composé des Comédies qui en leur temps» — eurent de la gravité ou de l'agrément. — J'ai donné dans Don Quichotte un passe-temps — au cœur mélancolique et chagrin — pour n'importe quelle saison.

— J'ouvris dans mes Nouvelles un chemin — par où la langue castillane peut — faire paraître vraie une imagination. — Je suis celui qui, pour l'invention, l'emporte — sur beaucoup d'autres, — et celui qui pêche par là — en souffre forcément dans sa renommée. — Dès mes tendres années j'aimai l'art — charmant de l'agréable poésie, — et je m'y essayai toujours à te plaire. — Jamais mon humble plume n'a volé — par les régions de la satire, bassesse — qui conduit à d'infâmes récompenses et à l'infortune. — C'est moi qui composai le sonnet qui commence, — pour le grand honneur de mes écrits, ainsi : — Par Dieu tant de grandeur m'émerveille^,

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