‹ Œuvres choisiesChapitre 123 sur 138 · ENTREVUE D'AURELIO ET DE SILVIA. (3* Journée · texte numérisé non relu

ENTREVUE D'AURELIO ET DE SILVIA. (3* Journée

Aurelio. — Le sort, ô ma Silvia, m'a donné en échange de mes peines le bonheur et la joie de te voir; ma peine désormais se change en allégresse, et ma nuit obscure en un jour clair, puisque je te vo is ô Silvia aimée.

Silvia. — C'est moi, cher époux, qui suis bien heureuse, puisque de nouveau je jouis de ta présence, à l'heure où j'avais perdu tout espoir.

Aurelio. — Que s'est-il passé, mon épouse, pendant cette absence, alors que vous étiez au pouvoir de ces gens qui n'ont ni raison, ni vertu, ni courage, ni âme, ni conscience?

Silvia. — Ayant mis mon espoir dans le Créateur du ciel et de la terre, avec une confiance chrétienne et ferme, par sa bonté j'ai pu garder mon chaste voile, et avec sa sainte grâce, j'espère n'avoir pas à craindre de le tacher.

Aurelio. — Sache, ô ma douce épouse, que l'amour rusé et vindicatif a assailli, avec une âpre rigueur, violent et farouche, le sein de ma maîtresse, et l'a blessé d'une plaie incurable, puisqu'il l'a rendu amoureux de ce cœur qui esta toi. Où que j'aille, elle me suit, et suivant ce que la Mauresque me déclare, elle se distrait seulement à me regarder.

Silvia. — Toute cette histoire, Zara me Ta dite, et elle m'a priée de te demander de ne pas ainsi la

CERVANTES. — ŒUVRES CHOISIES. i 5

dédaigner ostensiblement. Izuf, notre maître^ ne mené pas une moins triste existence, car il m'adore avec une ardeur qui ne me semble pas feinte.

Aurelio. — 0 pauvre Maure!

Silvia. — 0 malheureuse Mauresque I

Aurelio. — Qu'en vain vous exhalez par les vaines brises, d'heure en heure, vos vains soupirs I Izuf m'a dit aussi toute son intention, et m'a prié de vous supplier d'alléger un peu son tourment. Mais qu'une flèche, avec une farouche violence, vienne me traverser le sein, et que mon âme se détache de ses chairs, plutôt que je veuille le servir tant à mes propres dépens qu'à votre préjudice, dût-il être peu satisfait de moi.

Silvia. — S'il nous suffisait dans ce cas, Aurelio, de leur paraître avoir changé de sentiment, san¿ que le mal aille plus loin, je tiendrais la chose pour fort réussie, car nous gagnerions à cette feinte de ne pas trouver d'obstacles à nos chères entrevues. Tu diras à Zara qu'à cause de moi, tu ne te montres plus aussi inflexible, et je dirai au Maure que ton insistance a du pouvoir sur moi. Et gardant tous les deux cette attitude modeste, avec prudence nous pourrons facilement, grâce à la joie de nous voir, oublier toutes nos douleurs.

Aurelio. — L'idée que tu nous donnes est excellente, et il sera fait comme tu l'ordonnes. Peut-être, entre temps, s'apaisera le sort inclément. J'écrirai 8 mon père pour lui exposer notre triste situation; toi, Silvia, tu peux en écrire autant à tes parents.... Mais parce que parfois les murs ont des oreilles, ô ma Silvia, comme l'on dit, rendons grâces au ciel de toutes ses faveurs, et remettons à un autre jour la suite de notre conversation. {Ils sortent.)

[VOcca$ion et la Nécessité méditent de triompher d'Áürelio et favorisent un tête-à-tête du chrétien avec sa maîtresse. Mais Aurelio se ressaisit encore....

De deux jeunes frères vendus au cours de la vente d'esclaves, au deuxième acte, l'un, Juanico, s'est fait renégat et s'appelle Soliman. On le voit, gagné par les présents des Maures, se

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iêiouii* de sa hóuvfelíe existence, rompre d'un air méprisant avec sa famille, et vanter « le plaisir d'être Maure » devant Aurelio qui se lamente de la facilité avec laquelle l'infâme secte de Mahomet réussit à pervertir les cœurs simples!

En se rétirant, Aurelio se rencontre avec Silvia et l'embrassé- Surpris dans ce geste par leurs maîtres qui les soufflettent» lès deux amatits s'excusent habilement, en alléguant qu'ils se remerciaient mutuellement d'avoir obtenu l'un de l'autre ce dont leurs maîtres les avaient chargés....

Izuf confie à Zara que le Roi lui a mandé de venir en sa présence avec Silvia et Aurelio. Il craint que son souverain ne veuille lui prendre ses esclaves, pour se venger d'avoir refusé la charge qu'il lui avait offerte. Zara lui conseille de dire au Roi qu'Aurelio n'est qu'un pauvre soldat et que Silvia est sa femme....

La quatrième journée s'ouvre par le curieux épisode d'un captif, lequel s'est enfui dans la brousse, et harassé, s'endort dans un fourré d'où bondit un lion... qui vient pacifiquement se coucher à terre, à ses côtés. A son réveil le captif remercie Dieu et la Vieipge de cet évident miracle.

Sur ce; apparaissent les deux captifs Pedro et Saavedra, dont le premier est chargé par le Roi de racheter Aurelio et Silvia, et fait preuve d'une foi chancelante. Saavedra le catéchise et réussit à le ramener à des sentiments plus chrétiens.]

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