Cupidon-Eros
ordre si juste, soldats, ne vous paraisse ni trop dur ni trop rude. Vous finirez par reconnaître son utilité quand vous aurez obtenu ce que vous poursuivez. Je sais bien qu'il vous sera pénible de donner une nouvelle assise à vos mœurs; mais si vous ne les changez pas, la guerre durera, confirmée par cette honte. Le laborieux Mars ne s'accommode guère des lits douillets, des jeux et du vin. Il lui faut un autre appareil. Il suit un autre chemin. D'autres bras lèvent son étendard. Chacun fabrique sa propre destinée. Ici le hasard n'a aucune place. La paresse enfante la mauvaise fortune, mais la diligence crée l'empire et la monarchie.
Avec tout cela je garde confiance qu'enfin vous montrerez que vous êtes Romains. Je m'inquiète peu de ces murs défendus par ces barbares rebelles espagnols. C'est pourquoi je vous promets par ma dextre et vous jure que si vos mains égalent votre courage, les miennes s'ouvriront pour vous récompenser, et ma bouche aussi pour vous louer.
[Scipion refuse la paix que viennent lui proposer des ambassadeurs numantins. La figure de l'Espagne apparaît alors, qui se lamente du supplice infligé à la ville courageuse que Ton veut réduire par la famine. Mais le fleuve Duero qui baigne les murs de Numance, vient consoler la mère Espagne et lui fait entrevoir la vengeance d'un glorieux avenir.
Au cours de la deuxième journée, nous apprenons à connaître, dans Numance assiégée, Leoncio et Morandro, héroïques soldats dont le second, malgré la misère poignante, ne pense qu'à son amour pour la jeune Lira qu'il doit épouser seulement à la fin de la guerre.
Des prêtres viennent offrir un mouton en sacrifice à Jupiter. Mais un démon surgit qui renverse l'appareil du sacrifice. Les prêtres en augurent que le ciel reste impitoyable.
A son tour, le magicien Marquino invoque les esprits infernaux et ressuscite le cadavre d'un jeune homme mort de faim, lequel prédit la fin désastreuse de la lutte, puis retombe en son sépulcre où Marquino, désespéré, se jette après lui.
Au début de la troisième journée, Scipion repousse la proposition d'un combat singulier qui déciderait de la guerre. Les Numantins ne voient plus d'autre solution possible qu'une sortie en masse. Mais une longue procession de femmes,
instruites de ce projet extrême, vient tepter deles en dissuader» Lira, à leur tête, n*est pas la moins éloquente. Morandro s'avance vers elle et lui parle.]