LA MÉDITATION DE LUGO
(1" Journée.)
Lugo. — Je reste seul et veux entrer éñ èoftipte àivec moi-même, malgré les vagues dans lesquelles je crains de naufrager. J'ai fait le vœu, si je perdais au jeu, d'aller me faire voleüí' dé grand chemin, claire et manifeste erreur d'une aveugle fantaisie. Ce fût la pire audace et la pire folie que l'on puisse penser, car jamais un vœu criminel n'oblige à ce qu'on l'accomplisse; Mais pour cela laisserai-je d'avoir commis un péché alor's que ma volonté s'abandonna au désir ? Non, certes î Pourtant je sais que les contraires, d'habitude, par les contraires se guérissent : je ferai donc un voeu contraire; et je le fais d'être religieux. Voyez, voyez, Seigneur, ce voleur de grand chemin qu'animent des sentiments opposés. 0 Vierge, qui fûtes pour les pécheurs la Mère de Dieu, voici que les brigands vous invoquent : écoutez-les, ô vous, Madàriie! Mon ange gardien, c'est à présent qu'il faut que vous accoui*iez et que vous fortifiiez la crainte qui demeure en mon âme amèré. Ameâ du purgatoire, dont j'eus le continuel souvenir, connaissez mon angoisse et mon mal.
Et puisque la charité, parmi ces flammés, ne vous abandonne pas, denlandez à Dieu qu'il pi*êtë l'oreille â mes plaintes. Psaumes bénits de David dont les rtiystères sont tels qu'ils dépassent les lignes que vous avez écrites, que vos coiicepts m'inspirent (comme j'ai remarqué souvent) dé ne pas poser mes pieds où ils pourraient blesser rhon âme : noil Sur lé ilàhc des monts, comme un bandit sans foi chrétienne, maiá nus sur les dalles des cloîtres, et dans le chœur, tandis qiie je prierai. Holà, démons, de mille façons je vous défie tousl En Dieu plein de bonté je mets ma confiance, et je vous vaincrai tous 1 (// sort, et à cet instant résonnent les
TIÎÉATRÈ ââS
hautbois : on découvre une vision céleste ou tout au moins un Ange quiy dès que la musique a cessée prononcé :) Lorsque un pécheur revient à Dieu avec une humble ardeur, il y a fête dans le Ciel.
[La deuxième journée s'ouVré pài* un dialogue de la Curiosité et de la Comédie par lequel l'auteur s'excuse de la liberté (^u'il prend envers les lois classiques du théâtre et change, sans préparation, de temps, de lieu et d'action. Et c'est qu'il a visé à l'unité idéale, et à représenter dans la première partie de sori drame la vie d'indépendance de Lugo; dans la deuxième^ sa vie sérieuse; dans la troisième, sa sainte mort et ses miracles. La Curiosité se déclare à moitié satisfaite.
La scène représente maintenant une salle dans un couvent au Mexique où nous revoyons Lugo et Lagartija trañsforriiés en dominicains sous les noms dé Père de la Croix, et de Frère Antonio. Ce dernier n'a pu dépouiller le vieil homime et regrette sa bonne et joyeuse vie sévillane. Mais Lugo est vraiment le « Père de la Croix ». Le Prieur s'est pris d'affection pour l'ancien rufien miraculeusement converti et devenu l'exemple de la communauté. Aussi pèut-il vanter à l'Inquisiteur Sandoval, venu prendre des nouvelles de son protégé, « cet ange sur là terre » qui marche sans faiblir dans la voie qui mène au ciel; Sandoval remercie Dieu, et retourne en Espagne, rassuré sur le sort de celui qui fut le plus beau rujîen de Séville.
L'auteur nous transpoi'te alors daiis un riche salon de Mexico où nous voyons paraître une dame appelée doña Ana de Treviño avec un médecin et deux donièstiques. Nous apprenons que celte damé souffre d'utie terrible maladie et qu'elle peut mourir subitement. Or nulle n'est moins disposée à mourir^ et surtout à renoncer à sa vie de péché. Doña Ana ne professe d'autre religion que l'amour, et au seuil même de la mort, ne s'occupe point de son salut. Mais on s'en inquiète pour elle, et l'oin va au couvent chercher le rèrtiède de son aine. Le Prieur propose rintercession de Frère Chi*istoval que nous avons vu précédemment résister dans sa cellule, tel saint Antoine, à une nouvelle Tentation.... Et Ton conduit « le Père de la Croix » auprès de la pécheresse qu'un prêtre essaye en vain de ramener à de meilleurs sentiments.]