GALATHÉE ET LE LIEVRE
Elles regardèrent entre les branches et virent, à leur droite, une multitude de chiens traverser une verte plaine à la poursuite d'un lièvre craintif qui, dans une fuite éperdue, courait se réfugier dans l'épaisseur des fourrés. En un instant il arriva par le lieu même où se tenaient les bergères, et s'en vint tout droit près de Galathée. Là, vaincu par la fatigue de sa longue course, et comme assuré du péril prochain, il se laissa tomber sur le sol avec une respiration si haletante qu'il semblait prêt à rendre le dernier soupir. Par l'odeur et à la trace, les chiens l'avaient suivi et pénétrèrent jusque dans la retraite des bergères. Mais Galathée, prenant dans ses bras le lièvre apeuré, fit obstacle aux méchants projets des chiens cupides, car il lui parut qu'elle devait
défendre celui qui chercha près d'elle un refuge. Sur ce, les bergers arrivèrent qui suivaient les chiens et le lièvre. Parmi eux se trouvait le père de Galathée à la rencontre duquel, par respect, les trois bergères s'avancèrent courtoisement. Ils furent dans l'admiration de la beauté de Théolinde, et désirèrent connaître qui était cette étrangère. Galathée ainsi que Florise regrettèrent ce contre-temps qui leur ôtait le plaisir de savoir l'histoire entière des amours de Théolinde. Aussi bien elle la prièrent de demeurer quelques jours encore en leur compagnie, si, du moins, cela n'empêchait l'accomplissement de ses désirs. « Mais plutôt afin de voir s'ils peuvent s'accomplir, leur répondit Théolinde, il me convient, sur cette rive, d'attendre pendant quelques jours. Ainsi donc, pour cela, comme pour achever le récit que j'ai commencé, je ferai ce que vous me mandez. » Galathée et Florise l'embrassèrent et lui offrirent de nouveau leur amitié, lui proposant de la servir dans la mesure de leurs forces.
Cependant le père de Galathée et les autres pasteurs sur le bord du clair ruisseau avaient étendu leurs cabans et tiré de leurs panetières quelques aliments rustiques. Ils invitèrent Galathée ainsi que ses deux compagnes à partager leur repas. Elles acceptèrent cette offre, et bientôt s'étant assises, elles assouvirent la faim qui, vu l'avance du jour, commençait à les fatiguer. Ainsi, et grâce aux propos que les bergers rapportèrent afin de passer le temps, arriva l'heure accoutumée de revenir au village. Et Galathée et Florise recueillirent leurs troupeaux, puis en compagnie de la belle Théolinde ainsi que des autres pâtres vers le hameau, peu à peu, allèrent s'acheminant....
[En route, l'on croise le berger Lenio « dans le sein duquel jamais Famour ne put faire sa demeure », et qui provoque l'Amour dans ses chansons. Elicio et Erastre lui font une fougueuse réplique, et les trois poètes rustiques en viendraient aux mains si Lisandre ne s'interposait. La paix étant faite, tout le monde se remet en route.]
GâLâTHEE