LE RETOUR AU VILLAGE
Dans le chemin, la belle Florise au son du chalumeau de Galathée chanta ce sonnet :
Que croissent mes simples brebis Dans l'enclos des bois et sur les prés verts; Que Tété brûlant, que le froid hiver Abondent en verdure ou en ondes glacées.
Qu'en rêves je passe les nuits ei les jours En ce qui regarde la vie pastorale Sans que je ressente le moindre souci D'amour, ni ses vieux enfantillages.
L'un proclame les louanges de l'amour, L'autre en publie les vains tracas.
Je ne sais dire s'ils se trompent,
Ni couronner le vainqueur :
Mais je sais que de l'amour Beaucoup sont appelés et bien peu sont élus.
Le chemin parut court aux bergers, charmés et divertis par la jolie voix de Florise, laquelle ne cessa de chanter qu'aux abords mêmes du village et des cabanes d'Elicio et d'Erastre, où ces derniers s'arrêtèrent avec leur hôte Lisandre, après avoir salué le vénérable Aurelio, et Galathée et Florise qui s'en furent au village en compagnie de Théolinde, tandis que les autres pâtres regagnaient chacun leurs cabanes. Et cette nuit-là, le plaintif Lisandre demanda licence à Elicio de retourner vers son pays, ou du moins vers quelque endroit où il pût selon ses désirs en finir avec la vie, le peu de vie qui lui restait. Malgré tous les raisonnements et mille offres d'amitié vraie, Elicio ne réussit point à le persuader de rester auprès de lui, ne fût-ce que quelques jours. Et l'infortuné berger se sépara d'Elicio, l'embrassant avec des soupirs et parmi d'abondantes larmes. Il lui promit de ses nouvelles, d'où qu'il puisse se trouver. Elicio l'accompagna à une demi-lieue de sa propre cabane. Alors, de nouveau,
Lisandre, étroitement l'embrassa; puis, ayant réitéré leurs protestations d'amitié, tous les deux se séparèrent. Elicio, tout attristé de la tristesse de Lisandre, revint seul vers sa cabane, passer le reste de la nuit en d'amoureuses songeries, et dans Tespoir du jour prochain, afin de jouir du bonheur de la vue de Galathée....