UNE INVASION DE TURCS
Il devait être un peu plus de minuit, heure des criminels exploits, et où la gent laborieuse livre ses membres harassés à l'emprise du doux sommeil, quand à 1 improviste s'élève par la ville tout entière, cette confuse clameur : Aux armes! Aux armes! Voici les Turcs! Les échos de ces cris sinistres, qui doutera de 1 épouvante quils mirent au sein des femmes, et même du trouble qu'ils portèrent dans le cœur résolu des hommes? Que vous dirai-je, messieurs, sinon qu'en un instant la terre misérable commença de brûler avec une ardeur telle qu'il semblait que les pierres mêmes, dont les maisons étaient construites, offraient l'aliment nécessaire à l'incendie dévorant. Aux lueurs des flammes furieuses on vit reluire les barbares cimeerres et paraître les toques blanches de la soldatesque turque qui brandissant des cognées, ou des haches de dur acier, défonçait les portes, entrait dans les maisons, et ressortait chargée de chrétiennes dépouilles. L un emportait la mère épuisée de fatigue, et l'autre son petit enfant; tandis que par de vfin e aiïes gémissements, l'enfant réclamait sa mère, et la mère TZZ ^'Î f '' ^"''* quelques-uns qui, d'une main
sacrilège, empêchèrent l'accomplissement des légitimes désirs de la chaste et vierge épousée et de fépoux infortune, qui sous ses yeux pleins de larmes peut-être vit enlever le fruit dont il pensait bientôt jS. La confusion était telle, tels les cris et tel le mélange des clameurs si différentes, qu'on en avait grandeÇpou vante. La sauvage et diabolique canaille, trouvant peu
icrTde'sTemoreV'r'^^^. ^' ^'^''^'"^ ^^^^ ''-<^-«'e suÎk sTintff^' ^^P«'■t«î• ses mains excommuniées sur la sainteté des reliques, les lançant contre le sol
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avec un répugnant mépris, après s'être saisie de l'or dont elles étaient garnies. Rien n'arrête les barbares : du prêtre la sainteté, du moine le recueillement, du vieillard les cheveux de neige, des adolescents la belle jeunesse, et du petit enfant la simple innocence; ces chiens mécréants les massacraient tous. Puis ayant brûlé les maisons, dérobé les trésors des temples, profané les vierges et tué les défenseurs, plus lassés que satisfaits de ce qu'ils venaient d'accomplir, à l'heure où l'aube venait, sans aucun empêchement ils retournèrent à leur vaisseaux après les avoir remplis du meilleur butin de la ville, et partirent en laissant celleci désolée et vide, car ils emmenaient esclaves la plupart des habitants, et le reste s'était enfui vers le refuge des montagnes.
[A la faveur de cette invasion de Turcs, Silerio et Timbrio peuvent s'échapper de prison et arrivent tous deux à Naples. Là Timbrio tombe amoureux d*une dame de la ville, de parents espagnols et nommée Nisida. Mais Silerio, à son tour, qui servait d'intermédiaire entre Timbrio et Nisida, s'éprend de cette beauté. Fidèle pourtant, et loyal envers l'ami qui croit en lui, il continue à le servir auprès de celle qu'il adore. Son héroïque souffrance est découverte enfin par Timbrio lui-même qui s'offre généreusement à lui céder la place. Silerio refuse et s'efforce de convaincre son ami qu'il s'est trompé en le croyant son rival, et qu'il n'aime point Nisida, mais la sœur de celle-ci, Blanche.
Silerio interrompt son récit, car un grand nombre de bergers faisant un joyeux cortège au pâtre Daranio, dont le jour des noces s'apprête, s'en viennent de son côté. Le conteur et ses auditeurs se joignent à la théorie qui regagne le village. Tircis, Damon et Silerio sont reçus par Elicio.]