INTRODUCTION
LA VIE DE GERVANTÉSi
La famille. — Miguel de Cervantes était « natif de Alcalá de Henares », ainsi qu'il nous l'apprend lui-même en un document signé à Madrid le 18 décembre 1580. Et l'on sait, de plus, qu'il fut baptisé à l'église de Sainte-Marie Majeure, le dimanche 9 octobre 1547. Son père, Rodrigo de Cervantes, qui avait le grade de licencié, exerçait la chirurgie à Alcalá et se transporta, dès 1550, à Valladolid, puis, vers 1561, à Madrid, et, de 1564 à 1565, en Andalousie, à Cordoue peut-être d'abord, ensuite à Séville. On conçoit que ces divers déplacements n'aient guère facilité au chirurgien une carrière brillante ; et comme Rodrigo était, en outre, affligé de surdité, nous nous expliquons qu'il ait mené une existence humble et souffert, parfois, de la gêne. Il avait épousé doña Leonor de Cortinas, dont il eut quatre fils : Andrés, Miguel, Rodrigo, Juan, et trois filles : Andrea, Luisa et Magdalena.
L'éducation. — Miguel reçut à Valladolid l'enseignement primaire, puis, à Madrid, les premières leçons de grammaire
1. Une biographie critique de Cervantes ne pouvant trouver place en ce volume, nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître tous documents relatifs au. grand écrivain, à Texcellent mémoire de Mr. J. Fitzmaurice-Kelly : Miguel de Cervantes \ Saavedra \ Reseria documentada de su vida I Humphrey Milford | en las prensas de la Universidad de Oxford 1 1917.
VIH CERVANTES
du licencié Jerónimo Ramirez; et il continua ses études, s'il faut s'en rapporter à un passage du Colloque des Chiens, chez les Jésuites de Séville lors du transfert de sa famille à cette capitale.
Mais la mort de sa grand' mère maternelle, doña Elvira de Cortinas, survenue en 1566, rappela d'Andalousie tous les Cervantes. Le chirurgien, convié à l'audition du testament, dut vendre une vigne qu'il possédait à Arganda, dans le bassin du Jarama, pour faire face aux dépenses du voyage.... Dans le plus modeste équipage, le jeune Miguel, qui approchait de vingt ans, revint donc à Madrid et put reprendre ses travaux. Il eut pour maître, en 1567, le licencié Francisco del Bayo, et, l'année suivante, le Maestro Juan Lopez de Hoyos qui parlait de lui comme de « son cher et bien-aimé disciple » et devinait en ce disciple « le favori des Muses ».
Car Miguel, de toute évidence, étonnait déjà son entourage par les dons exceptionnels de sa nature. A défaut d'une véritable culture qu'il ne posséda jamais, il mit à profit ses facultés d'imagination et d'observation ; et, tant en la compagnie de son père nomade que dans la fréquentation d'un Lopez de Hoyos, ayant beaucoup appris et reteau dç la vie, il brilla de bonne heure en cette science supérieure à toutes les autres.
Les débuts. — Bien plus, à Tàge où l'enfant ne se plaît qu'à des jeux, Miguel s'intéressait aux jeux des hommes faits : Lope de Rueda, qui inaugura le théâtre national, et qu'il entendit à Madrid ou à Gordoue, fit sur lui une impression profonde. Et sans doute Cervantes, futur écrivain des Intermèdes, doit-il beaucoup au « batteur d'or » Rueda, écrivain lui aussi de pasos, intermèdes dramatiques en prose truculente et bouffonne. Mais Miguel encore se sentait poète et vers cette époque composait des vers, tel ce sonnet découvert par M. Foulché-Delbosc, ou ces poèmes divers insérés dans une Histoire des derniers moments et des funérailles de la reine d'Espagne, Elisabeth de Valois, par Lopez de Hoyos.
Le soldat. — Cependant, au rêve, Miguel unit l'action. Dès 1568 il s'enrôle comme soldat aventurero, part pour l'Italie et participe aux campagnes que la Ligue du Pape,