‹ Œuvres choisiesChapitre 46 sur 138 · PORTRAIT DE MONIPODIO · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MONIPODIO

A ce moment, descendit le seigneur Monipodio, aussi attendu que bien vu par cette vertueuse compagnie ^ Il paraissait avoir de quarante-cinq à quarante-six ans. Il était haut de taille, brun de visage, avait les sourcils joints, la barbe noire et touffue, et les yeux enfoncés. Il venait en chemise, ouverte par devant sur la forêt de sa poitrine velue. Une cape de bayette le couvrait presque jusqu'aux pieds qu'il avait chaussés de souliers écrasés comme des pantoufles. 11 entourait ses jambes d'amples et longues culottes descendant jusqu'aux chevilles. Son chapeau était de ceux que l'on porte dans la gueusaille ^, à savoir campaniforme, avec de vastes bords. D'un baudrier croisant son dos et sa

1. La compagnie des sacripants venus en consultation chez Monipodio.

2. La Ampa ou Hampa réunit toutes les espèces pittoresques des gueux, truands, rufiens, tire-laine, et picaros.

poitrine, pendait une épée large et courte, à la façon des lames gravées du petit chien ^ Ses mains étaient courtes et poilues, ses doigts gros, ses ongles crochus et tenaces^. On ne lui voyait pas les jambes, mais les pieds apparaissaient gigantesques, tant ils étaient larges et d'orteils saillants. En effet il représentait le barbare le plus rustique et difforme du monde.

[On fait connaissance, chez Monipodio, de toutes sortes de types pittoresques. C'est une cour des miracles aux aspects de cour de justice : car Monipodio est le Salomón des voleurs, tranchant leurs différends, prononçant les sentences, et répartissant l'ouvrage.

C'est ainsi qu'il indique à Rinconete et Cortadillo le « district ». où ils devront « travailler ». Puis il les congédie, cependant que Rinconete se livre à des réflexions philosophiques.]

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