LA FOLIE DU LICENCIÉ
Il arriva qu'en ce temps fît son entrée dans la ville une dame fastueuse et pleine d'artifices. A l'appeau et à la moquette accoururent bientôt tous les oiseaux de l'endroit, et pas un vademécum ^ ne manqua de la visiter. On dit à Thomas ^ que cette dame disait avoir été en Italie et en Flandres; et pour voir s'il la connaissait, il alla lui rendre visite. De cette entrevue, la dame s'éprit d'amour pour Thomas; et lui, sans s'en apercevoir, ne voulait entrer chez elle que par force et poussé par d'autres. Finalement, elle lui découvrit son penchant et lui offrit sa fortune. Mais comme il s'occupait beaucoup plus de ses livres que d'autres passe-temps, en aucune manière il ne répondait au goût de la dame, laquelle, se vo3^ant dédaignée et à son avis abhorrée, et jugeant que par des moyens ordinaires et communs elle ne pourrait conquérir le roc du cœur de Thomas, résolut d'en chercher de plus efficaces et suffisants pour obtenir ce qu'elle désirait. Sur le conseil d'une mauresque, dans un coing confît de Tolède elle donna à Thomas de ce que l'on appelle sortilèges ou maléfîces, croyant lui donner une chose qui l'obligerait à l'aimer, comme s'il y avait au monde des herbes, des enchantements et des paroles capables de forcer notre libre arbitre ^; et ainsi celles qui donnent ces boissons ou ces mets amoureux s'appellent empoisonneuses*, car elles ne font autre
1. Portefeuille d'étudiant, qui désigne ici Tétudiant lui-même.