Quel o])servat,Rur, ot qw] ulile conscillerl
2IS Si:i{MONS DI- MASSl l.l.dX.
nous hisse, c'est pri(M", r'(îsl s(! iiioiiilier , c'est op(''i'ei' (les (i'i]\res (]c miséricorde: (|ii'en ce j)oiiil tout csi rciii'ernié: (|iie le Sei^netii' sait mieux ce (|iii iioiicohn iciil que nous- iiièiiies; (|ue c(! n'est, |)as ;"i nous à, nous choisir notre \()ie, et (|ue ne \ouloir (|ue ce que Dieu veut, c'est toute la ])crl'ection de la loi, et toute la sûreté du (idéle. Troisièmement , nous soullrons impatiemnienl nos propres iniperfeclions; nous nous sonnnes à chariiie à nous-mêmes: les inlidf'lllés où noirs nous siu'pi'enons Ions les jours nous jellent dans des iiKjuiétudes d'amoui- |-»i-opre, et nous dégoûtent de la vertu; nous Noudi'ions n'avoir rien à nous reprocher, vivre contents de nousmêmes, nous a])i)laudir en secret de noti'e vertu , et joniidu témoignage llatteur de notre conscience; nos fautes nous inr[uiètent et nous ralentissent dans les ^()ies de Dieu, parce qu'elles troublent cette paix tout humaine, fiu'elles humilient cet orgueil secret qui chercheroit au dedans de nous une vaine complaisance; nous ne saurions regarder nos fautes dans l'ordre de Dieu, et en tirer l'utilité que sa sagesse se proj^ose. Dieu veut (pie nous opéi-ions notre salut avec crainte et tremblement, et nous voudrions l'opérer avec une sécurité entière; Dieu veut nous conduire par la foi, et nous voudrions aller à lui par la lumière; Dieu veut que nous vivions toujoiH's inceitains si nous soiumes dignes d'aïuour ou de haine, et, après quelques foibles démarches de pénitence et de piété, nous voudi'ions être assurés qu'il s'est rendu à nous; Dieu veut que uous vivions dans une dépendance continuelle de lui, et nous \oudi'ions pouvoir trouver un a])pui de chair au dedans de nous; Dieu veut (pie nous laissioirs notre soi't entre ses mains, et nous voudrions le tenir dans les n(Mres; en un mot, Dieu veut que notre salut dépende
sri{ i.A soTMissioN A I, \ \()i.()\ii': i)i-; i)ii;r. 210
(le lui, et iHtiis Noiidiioiis (|ii'il ([('pciidît iiiii<|iitiiiciil de noiis-nièiiu's.
Oiialririnciiiciit , si les ix'clicins , rcvrtus de l'aMlorilr piil)rKjm'. iiit'ltt'iil (|i]('l(|ii(' obstacle à iiolrc zèle, siisci((,'iit (les coiiti'adiclioiis à des entreprises utiles à la pit'té, lions ne gardons pins de inesnre de cliai-lté a\('r en\: nous croyons être en droit de déclamer contre lenrs mauvaises intentions, de déconvrir' lenrs xlccs. de les l'ai rcî [)asser ponr (\('<' ennemis pnhiics de Ion! bien et de tonte justice. Sons prétexte de <i;éinir sni' leur a\englement , lions nous a\(Migloiis nons-mèmes : et, loin de demander à Dien dans le silence rpi'il change lenr Cfrnr, et laisscientre S(vs mains les intérêts de son Eglise, (pi'il sanra him ])rotéger malgré la malice et la jMiissance «les hommes, nous nous j)ei"snadons ([ue le titre de [)rotecteurs de la piété nous autorise à violer les règles de la piété même;.
Enfin, les dérèglements de nos proches, de nos égaux, (\c nos maîtres avec qui nous avons à vivre, nous sont insu|)portal)les; nous nous taisons une fausse vertu de les censurer, de les décrier, de les aigrir: nous nous plaignons de notre destinée, qui lions unit, par des liens de devoir et de société, avec des personnes qui vivent comme des païens, et sans aucun sentiment de religion et de piété ; il nous paroîtroit bien plus doux de vivre avec des âmes fidèles qui penseroient comme nous : et , par nos aigrenis et ramertume de notre société, nous leni- rendons la pi(''t('' aussi odieuse que nous-mêmes; nos censures leur rendant nos exemples inutiles, ils se figurent la vertu faite comme nous le sommes, c'est-cà-dire, dure, fâcheuse, impitoyable, pleine de liel et de présomption : et, loin de les attirer en les supportant, nous les éloignons en les méprisant, et paroissant ]dutôt triompher de leni's vices
•220 S i: loi ON s 1)1. MASSI I.I.O.X.
ciiK- i-oiiipalii' a\L'c (luiici'ii)' vi a\C'C religion a Icui's l'oiblessps.
La coiironnili'' à la \()l<)iitr de Dieu, iiii's lirrcs, nous rend, si Ton pcnl parler ainsi , les ])éclieiJi's res])eclaJ)les : l'Ile nous l'ail enlrer dans les dessoins de sa sa^^esse siu' eii\, la(}nelle sait les l'endre ntiles an saint de ses éins. et les ineniM' souvent à la pénitence et an s;dnt par la \oie nuMiie de lein's (léi'éii;lements. Ainsi la \éiitahle Ncrtn regarde les pécluMifs entre ]es niains de Dieu, les sonllVe avec cliarité, pnisrpie Dien Jes sonlTre lui-même, les aime avec t('ndresse, ])nisqn"ils peuvent devenii' les amis de Dien, et (|u"ils sont ntiles aux desseins de sa l*rovidence, attend pour eux les moments de la grâce, adoi'e les vues éternelles de celui qui a marqué des bornes an\ passions des hommes, comme à l'impétuosité des Ilots de la mer. Vouloir ce que Dieu veut ou permet, à l'égard des autres comme à l'égard de nous-mêmes, est inséparable delà vertu. Les vices doivent nous allliger: mais les pécheurs doivent toujours nous être chers.
Ainsi, mes frèi'es, rien n'inspire plus de douceur, de chai'ité, d'humanité envers les hommes, que de considérer sans cesse la volonté de Dieu sui- eux. Ils sont sans doute haïssables en eux-mêmes, dès (pTils sont p(icheurs ; mais dans Tordre de Dien, ils sont toujours dignes de notre amour et de notre respect; ils servent à son ouvrage; ils sont peut-être destinés i)our y entrer un jour : nous devons donc voir leurs passions avec douleur, mais avec patience; les reprendre s'il nous sont soujnis, mais les soull'rir avec charité : souhaitei' leur conversion a\ ec ardeur, mais l'attendre sans inquiétude, et ne pas faire consister notre vertu dans l'éloignement des pécheurs, mais dans le désir sincère de leur j)énitence.
SL'U I.A Sor.M ISSION A I.A \()l.()\Ti: |»i: IHi;r. j:!1
Telles sont les trois soiii-ces (l(.' iioli-e l'évollc contre; la Noloiitc (le Dieu, et les trois sacrifices dont .Mai'i(,' nous donne anjoiud'hul re\eni|)l(': tnais, a()rès \ons a\(iir inar- ({Lié les obslacifs (|ni s'o|)[)osenl en nous à notre soumission à Dieu, il laui \ons exposer les avantages et les consolations qui nous lacilitent la soumission à sa volonté sainte.
iJEL.\ii;\iE l'A H ru;.
Trois sources fécondes de chagrins Ibrment tous les malheurs et toutes les inquiétudes de la vie humaine : les vaines prévoyances sur l'avenir, les agitations infinies sur le présent, et les regrets inutiles sur le passé. L'avenir nous in(juiète par ses craintes et par ses espérances; le présent nous agite par ses embarras et par ses contretemps; enfin, le passé même nous tourmente, en rendant comme présents, par un fâcheux souvenir, des maux que le temps devroit avoir fait oublier. Voilà ce qui rend tous les hommes qui ne vivent pas de la foi, et dans la dépendance de Dieu, malheureux sur la terre.
Or, la soumission seule à la volonté de Dieu nous fait attendre l'avenir sans inquiétude , nous fait voir le présent avec tranquillité, i'ap[)eler le passé a\ec fruit, et, dans toutes ces situations, nous fait trouver en Dieu, et dans une conformité continuelle à ses ordres, la paix et la consolation , que le pécheur ne sauroit jamais trouver dans les passions et dans lui-même.
Je dis premièrement, que cette soumission nous fait attendre, comme aujourd'hui à Marie, l'avenir sans inquiétude. Car, mes frères, quelles alarmes la i)rédiction du vieillard Siméon sur la destinée future de son lils ne
222 si;i;.M()NS Dr; massi i.i.OiN.
(I('\(»it-('ll(' p.is jcici' (l;iiis son àinc sain le ? on Ini .innoncc qu'un glaive de douleur percera ses enli'ailles inalei'nelles, que cet Enfant sera exposé, comme un ])ut, aux traits des méchants et à la contradiction de son ])euple, et qu'il est établi pour la perte coninic [)our le salut de j)Iusieui"s : (pielle l'oidc de craintes, (rin{[ul(''liid('s , de dt-liances , de\oieiitalors Irouhlei' la paix de son cœur! Cependantelle jette, comme le Prophète, toutes ses pensées et toutes ses frayeurs dans le sein de Dieu; elle ne volt Tavenir ([ue dans Toi-dre sage et immuable de ses volontés éternelles ; elle adore par avance les desseins du Père céleste sur cet Enfant; elle s'y soumet sans vouloir les approfondir et les connoître; et, s'en remettant à Dieu seul de tout ce (|ui la regarde, sa tran(|uiHité est parfaite, parce que sa soumission est entière.
Oui, mes frères, les in(|uiétudes sur TaNenlr lorment le poison le plus amer de la vie humaine ; et les honnnes ne sont malheureux, cpie parce (ju'ils ne sa^ent pas se renfermer dans le moment présent. Ils hâtent leurs peines et leurs soucis; ils vont chercher dans l'avenir de quoi se rendre malheureux, connne si le présent ne suffisoit pas à leurs inquiétudes; ils se forment des chimères })Our se faire peur à eux-mêmes, connne s'ils n'avoient pas assez de chagrins réels; ils se tourmentent sans cesse sur le lendemain, connne si à chaque jour ne suiïisoit pas sa malice; ils n'ont plus de lumières que les autres, (|ue pour se former plus d'inquiétudes; ils ne \ oient plus Icjin que pour voir plus tôt leurs malheurs; ils ne sont plus sages que pour être plus inquiets et plus timides; ils ne sont plus prévoyants (jue pour être de })ire condition, et moins tranquilles que les imprudents et les insensés. Aces traits, vous vous recomioissez, mes frères; car (pi'est-ce
SI i; I. \ soiMissioN A i,.\ \()i.i)\Ti: Di; i)ii:i'. 22:;
(|iir l;i \ if (le la coin? (|iriiii(' a^ilalioii (''Icnicllc siii' lascnii'. (|iriiil(' i(''\()liili<tii raliii,,iiil(' •!•' cialiilt's, de |)i'(''c;iillioiis, (r('^|)(''railC("^'.' Dr Cl aiiitcs : Ions les (''\ cnciiiciils nous ollrciil |)i'('N(|iic (If noii\('llcs Icrrcni's: ("('hAalion d'ini coiicinrciil nous laii ccaliidrc noire (lis<i;rùc(.! ; hi favoui" (rini ciincini nous nionlic de loin noire |)crte conime assnrt'e; un air moins L;racieii\ dii inaîire lions fait d(''j;'i enlre\t)ii' nolri' onhii el noire ruine. De pi-t'canllons : nous j)renons sans cesse des mesures, on ponr ohlenir des grâces (|ni ne \iendroiil jamais, on pour priHenir des dégoiils el des cliagrnis (|ni viendronl. l'jilin, d'espérances : nii a\enir [)()nipeii\ nous Halle lonjonrs; mais ponr y par\enir, il fanl sacrifier le repos et tontes les doncenrs dn présent : la Ic'licilé n'est jamais (pie dans l'idée, ([ni se la [)romet ; les assujettissements et les peines sont dans le C(enr, qui les sent et qui les dé\ore.
^lais une àme soumise à Dieu n'éprouve point ces troubles, ces frayeurs, ces soucis, qui agitent les enfants du siècle : elle sait que l'avenir est arrêté dans les conseils éternels de la Providence; que nos inquiétudes et nos soucis, ne pouvant changer la coideur même d'un seul de nos cheveux, ne changeront i)as , à plus forte raison, l'ordre de ses volontés immuables; qu'on ne risque rien en se conliant à lui surtout ce qui doit arriver; qu'il est même consolant de savoir qu'un Dieu daigne se mêler de ce ([ui nous regarde, encore plus consolant de lire dans les livres saints qu'il nous ordonne de nous en remettre à lui seul, et qu'enhn il se charge de l'avenir, et ne nous connnande que de sanctilier par la foi l'usage du présent.
Ce n'est pas que la religion autorise la paresse ou l'imprudence, et f(ne, [)oui- être soumis à Dieu sur l'aNenir, il
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|';iil|(' irllniiciil s'en rapporter à lui ([u'oii abaiuloiiiic loiil soin, cl (|u nii iiK'piisc loiilc |)r(';\ ()\ aiicc. Le lidrlc si; foiilie (Ml Dit'ii, mais il ne le Iciilcpas; il lra\aill(' coiiiiih' si tout (li''|)cii(loil (le lui: il csl traii(|iiillc s\w r<'\('ii('iii('iil. j)arci' (|ia', loiil (lépciid de Dieu; il sait ([iic la [•aismi doit Coiii'iiii" les [)r(''caulioiis cl les iiHisures, jiiais il saltciicorc iiiiciiv (jiie la loi on altciid le succès do Dieu seul; il est priidont dans le choix des moyens, mais il est sim[)le et soumis dans l'attente des événements; en un mot, la j)rudence est commnne au (idéle et au mondain, la paix et la tranquillité n'est ((ue pour le lidèle.
Et quand je dis commune, mes frères, c'est le nom seul de prudence qui leur est connnun; car d'ailleurs, quelle diflerence entre les caractères d'une prudence chrétienne et soumise à Dieu, et les caractères d'une prudence tout humaine? c'est l'apotre saint Jacques qui nous les marfjue.
Premièrement, Ja prudence du fidèle, dit cet apôtre, est chaste et innocente : Primuni q/iidan piuUca (Ep. Jac, III, 17) : il ne connoît de mesures légitimes, ([ue celles que la conscience permet et que la religion approuve ; le crime ne lui sert pas de voie pour arri\ er à ses lins, et toute prudence incompatible avec le salut lui paroît la dernière des folies. Celle du pécheur, au contraire , est corrompue et criminelle ; il trahit sa con- ' science pour arriver à ses lins; il ne compte pour rien les crimes ou les démarches obliques qui lui répondent du succès ; il cherche h. réussir aux dépens même de son âme; et tout ce ([ui peut lui être utile lui paroît bientôt innocent.
Secondement, la prudence du lidèle est tranquille et amie de la ])aix : Deiiidc quideni pacifira. Ses mesures
sui{ LA SOI M issi () N \ i.A \ o i.o .\ T !•; i»i'; i)ii;r. ai]
soiil |oiij()iil-N |);ii>;il)!('s , parce (|ir('||('s son! loujoiics soumises ;'i la Miloiih' (le Dieu ; il ne sonliailc le succès ([il'uiltaiil i|iir Dieu iiiciiif le soiiliaitç, t'I, dans les pi-t'caiilions (juil pii'iid, il clii'l'clit' |)liil(~)l a nlx'ir à Dieu i|ii! les (U'inaiidc (ir lui ([u";i se salisl'aiic iiii-iiièiiie. (i('lle du péchem-. au ((inlrain;, est toujours a^'itéo, |)ai-ce ([u'ellc n'est jamais soumise: il attaclie sou hoiiJieui-, non à roi-(li-e de Dieu, mais au succès de s(îs mesures; il atleud la [)alx tle l'évciiemcnl . el uoii de sa soumission; et sa prudence est elle-mèine la soui'ce de ses cliagrins et de ses inquiétudes.
Troisièmement, la j)i-udeuce du lidèle est modeste : Modestd. Il s'interdit les pioj(!ts ambitieux: il n'a que des vues conformes à son état; il sait mettre des bornes à ses désirs; il pense moins à s'élever qu'à se rendre utile, et sa modération est le trésor d'où il tire la soiu'ce de la paix, et la sûreté de son innocence. Celle du pécheur est insatiable; il prend toujours de nouvelles mesures, parce qu'il forme toujours de nouveaux projets; sa cupidité ne connoit point de bornes; tout ce qui le llatte, lui convient; les postes les plus périlleux n'ont rien (jui l'effraye; les périls qui l'élèvent cessent d'être des périls; le mauvais succès de ses mesures est l'unique danger qu'il craint, et il ne compte pour rien d'exposer son salut, pour\u qu'il assure sa fortune.
Uuatrièmement, la prudence du lidèle est humble et docile : Snadibilis. Il se délie toujours de ses propres lumières; il compte plus sur le secours du ciel que siutoutes les mesures de la prudence humaine, et, en ne négligeant rien, il attend tout de Dieu seul. Celle du pécheur, au contraire, est pleine d'orgueil: il Jie compte que sur l'habileté de ses mesures; il se conlie en sa