‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 35 sur 58 · II · texte numérisé non relu

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22(> Si;i{M()NS Di: .M AS SILLON.

nioprc saiiicssc; il )r;Ut('ii(l l(ï succès que (h; sos soins, cl aL;i( (oui, seul, coinnic s'il n'y uNoil point (h' Dieu qui se nièlàl des clioses humaines.

(rnKjuiènienienl,, la ])rn(lence du lidèle n'est point suuproiuieuse : .\oii jndicinis. Il ne cherclie point sa sûreté dans la (h'Iiance continuelle de s('s frères; il croit diriicilenient le mal, cl aime cncoi'c mieux tomber dans leurs pi(Vn-e;. (|ue jui^er témérairement leurs intentions et leurs pensées. La prudence du pécheur ne trouve sa sûreté que dans ses soupçons et dans ses défiances ; connue son cœur est corr()m[)u, tout lui paroit corriq)lion et duplicité dans les autres; il regarde tous les hommes comme ses ennemis ; il soupçonne le mal où il ne le voit pas; il se persuade que, pour juger sûrement, il faut toujours juger mal de ses frères, et toute sa prudence se réduit à supposer dans tous les hotmnes tout ce dont il est capable lui-même.

Sixièmement, la prudence du iidèle n'est point dissimulée : Siiic si)nul(ilioiu'. H ne met point sou habileté dans ses artifices; comme il ne veut tromper personne, il n'a que faire de se déguiser, et toute son adresse est dans sa candeur et dans sa sincérité. Celle du pécheur, au contraire, n'est qu'une duplicité éternelle; ses lèvres démentent toujours son cœur; son visage est toujours la cjutradiction de ses sentiments; il croit être plus habile à mesure qu'il est plus faux; toute sa vie n'est qu'un fonds de bassesse et de mauvaise foi, et sa prudence est toujours pénible, parce qu'elle l'oblige toujours à se contrefaire.

Enfin, la prudence du lidèle est pleine de miséricorde et des fruits des bonnes œuvres : Plemi niiserirordia , et friirlibiis bonis. 11 joint aux moyens humains les pra-

SI l{ F. A SOl'M ISSION A I.A \(»I.()NTK Di: 1)1 i:i'. 227

ti(|ues(lc la verlii et les secours de la prière; il assui-(î h; succès de ses iiiesiii-cs par l'ahoiidance de ses largessiîs et par les méiifcs de l;i luiséricorde, et ti'ouve dans les (le\oii-s de la i'eliL!;i()ii l(;s pi-iiicipales ressources et le seul appui de sa Ibituiie. Le pécliein-, au contraire, regarde la ])iété connue un obstacle à son élévation ; il fuit les maximes de la rclij^ion connue; inconunodes à sa fortune , et, s'il a recours quelquefois aux apparences de la vertu, c'est pour en abuser, et y trouver un cliemin [)lus sur de parxcnir à ce ({u'il désire.

Aussi, continue l'Apotre de ([ui j'ai tiré tous ces caractères, la prudence du fidèle est une semence et une source continuelle de. paix dans son cteur : Fn/diis aiitcrn JHslilicr in parc scmiiuilur facienlihiis puceni (Ep. Jac, III, 18). Mais la prudence du siècle, qui ne vient point du ciel, mais de la corruption du pécheur et du fonds de ses passions, est une révolution éternelle de craintes, de désirs, de chagrins, et, comme elle est l'ouvrage de ses passions, elle ne sauroit être plus tranquille que ses passions mêmes : iSon est islti sapientui de.siu;sian dcscendem a Paire luniinum, scd tcrrcmi, iinimalisj diaholica (Ibid., III, 15).

La seconde source des inquiétudes humaines, senties événements présents, et ce qui se passe tous les jours à nos yeux; rien n'arrive presque jamais selon nos désirs; ce que nous aimons nous échappe; ce que nous souhaitons nous fuit; ce que nous craignons nous arrive : nous ne sommes jamais heureux de tous points; si la fortune nous rit, la sauté nous abandonne; si nous jouissons de la santé, la fortune nous manque; si la faveur du maître nous élève, l'envie du courtisan nous llétrit et nous dégrade; si l'envie nous épargne, et que nous puissions

22S S I, li M (t\ S Itl': M A SS I 1,1, ON.

coiiiplcr sur h's siillragcs publics, le inaîtrc nous ii(''}^li<^(': (Miliii, dans (|ii('N|ii(' situation ([iic nous soyons, il niaiu(iie toujours (|M('l(|n(;' cliosc à nolcc boiiliciir. cl ce (|ii"il \ a (le triste poui' l'honiMie, c'est (|iriin seul chagrin l'emporte poui- lui sur Jiiille plaisirs; et (pie ce qui lui manque, (juelque h'ger ({u"il puisse être, empoisonne toujours tout ce (|n'il [)oss(''tl(;.

Mais une àme lidèle trouve, comme aujourd'hui Mai'ie, dans une soumission entière aux ordres de Dieu, une ressource toujours pr(3te aux embarras de sa situation pi'(''sente. Tout étoit incompréhensible dans les desseins de Dieu sur elle : la bassesse de son Fils, et la grandeur future qu'on lui annonce; le glaive qui doit percer son cœur, et toutes les nations qui doivent })ourtant l'appeler heureuse; l'abjection qui l'environne, et les grands événements (pii l'attendent; mais la volonté de Dieu est le seul dénoùment de ses doutes, et la grande consolation de ses peines.

Oui, mes frères, ce ({ui rend la soumission à la volonté de Dieu si consolante dans les situations les j)lus difficiles où il nous place, c'est, premièrement, que c'est la volonté d'un Dieu tout-puissant à qui tout est aisé; maître des événements, (pii, d'un seul regard, j)eut Unir nos peines: auprès de ([ui tout trouve des ressources: qui n'a qu'à dire, et tout est fait. Ah ! les hommes auxquels nous nous livrons ne sauroient nous tirer des embarras et des périls où ils nous engagent: on voit tous les jours les amateurs du monde tomber avec leui's protecteurs, et avec ces appuis de chair et de sang, en ([ui ils mettoient une vaine confiance; semblables, dit le Prophète, cà ceux qui vojit chercher un foible soutien conti-e la muraille de boue déjà })enchée et prête à tomber, ils sont tôt ou tard écrasés, et

srii i.A sdi.MissioN \ i.\ Noi.oMh: i>i; i»ii:i'. m)

t'iiscN cils sons st's ruines : Tii/u/iiif/// /h/i-it/i iiitliiuihi, cl nuiccriif dcj)uls<i ^l*s. i.\i, /l). Il csl iiiillc! siliuilioiis où les hommes, mec toute leur puissance, ne peuvent rien pour nous : ils ne sauroient du moins nous laire à nous-mêmes uiu' félicité plus entière (pie celle dont ils jouissent : el comme ils ne sont jamais (pi'a demi heureux, nous ne ilevons pas nous attendi'e qu'ils i-endent notre condition meilleure cjue la leui\ ni ([u'ils fassent pour nous ce ([u'ils ne ])euveiit ])our eiix-iufnies.

Mais la grande consolation d'une àme soumise à Dieu, c'est de se pouvoir dire à elle-même : Dieu est assez puissant pour me soutenir: je ne ristpie rien à le laisser faire, il a des ressoui'ces pour tous mes besoins; ce ({ui paroît désespéi'é aux homnies est facile à sa puissance: il veut ([u'on espère contre l'espérance même; et plus les secours humains paroissent inutiles, plus il vient à notre secours, pour nous accoutumer à attendre tout de lui, et à ne pas mettre noti'e confiance dans les hommes.

Secondement, c'est à la volonté d'un Dieu sage que nous nous soumettons, qui a ses raisons éternelles dans les événements qu'il nous ménage; qui voit les diflérentes utilités des situations où il nous place; qui ne fait rien au hasard, et qui connoît les événements avant même de prendj'e des mesures. Hélas ! nous pouvons nous inquiéter sur les situations que nous nous ménageons à nous-mèiues, parce que nous ne nous connoissons pas assez pour décider sur ce qui nous convient, et que d'ordinaire dans nos choix nous consultons plus les intérêts de nos passions que ceux de notre àme ; mais ce qui console l'àme fidèle soumise à Dieu, c'est la sagesse de celui en ({ui elle met sa confiance. Dieu a ses raisons, se dit sans cesse l'àme fidèle, dans les situations où il me place; et, quoiqu'elles me

2;!0 si; li M ON s Dli i\I AS S I 1, 1, 0 X.

soiciil iiicoiiniios, elles n'en sont pas moins jiisles el adorables: je ne dois ])as mesurer ses vues inconi|)r(''lieiisibles sur mes lumières ibibles et l)()riiées : je ne vois pas où peuvent me conduire,' les voies ])ar où il me uièni!; mais puisfpie c'est sa main ([ui les a fraxées, il u'y a (]u'à marcher sans l'ien craindri^, ; il mèn(i souvent à la terre de promesse; ])ar les circuits ])éuil)[es et arides du désert, et nous cache pi'esque toujours ses voies, pour nous laisser tout le juérite de la soumission et de la confiance.

Eulin, non-seulement parce que c'est à la volonté d'un Dieu puissant et sage que nous nous soumettons; mais encore d'un Dieu bon, tendre et miséricordieux, qui nous aime, qui ne veut (|ue notre salut. Les honmies cherchent souxent à nous miire, en faisant semblant de nous favoriser; nous ne leur sommes chers qu'autant que nous leiusonmies utiles, et ils veulent plutôt nous faire servir à leur bonheur, que nous rendre heureux nous-mêmes.

Mais Dieu n'a que notre salut en vue : tout ce qu'il veut par rapport à nous, il ne le veut que pour nous; nos intérêts ét(!rnels seuls règlent ses démarches à notre égard; s'il nous fra[)pe, c'est pour nous sauver; s'il nous épargne, c'est encore pour nous sauver; s'il nous humilie, il ne se propose ({ue notre salut; s'il nous élève, c'est notre salut encore qui le fait agir; enfin, en quelque situation qu'il nous place, c'est toujours un père qui nous conduit, un ami qui nous gouverne, un protecteur qui nous soutient, un guide qui nous précède et qui nous montre les voies. Hélas ! mes frères , nous nous croyons si fort en sûreté, quand nos intérêts et notre fortime sont entre les mains d'un ami fidèle depuis longtemps éprouvé, et sur lequel nous comptons connue sur nous-mêmes; nous ne daignons pas môme nous informer des raisons qu'il a dans

Sri{ I. A SOIM ISSION A l,A VOI.ONTI': Dl'. DW.V. l'.il

les partis (|iril imtikI par lappoil à nous; loiil <•(• (jiril fait, nous l'appi-onvons, nons y sonscr'nons, nous le Irou- \ons bon poni" nons. Va xoilà la consolation d'une àme lidùie (pii a mis son soi't entre les mains de Dieu; elle n'examine pas les raisons que sa bonté paternelle a pu avoir dans k's situations qu'elle lui ménage; il lui suiïit de savoir que c'est un Dieu f[iii n'a (jue des vues de bonté et de miséricoi'de pour sa créature ; un père qui ne se pro- |)0se ([ne le salut de son enfant : un ami tendre et fidèle, et (pii n'a rien tant à cœur que les intérêts de ce qu'il aime. Quelle situation, mes frères! en est-il ici-bas même de plus désirable pour la créature? et quand la religion n'auroit ([ue ce seul a\antage, le parti (Injuste et du fidèle ne seroit-il pas le ])lus lieurt.'ux et le plus sensé que riionnne j)ùt choisir sur la terre"/

Enfin, les regrets sur le passé forment la dernière source des inquiétudes humaines : nous ne rappelons les événements fâcheux de notre vie qu'avec des retours amers qui en empoisonnent le souvenir; nos pertes passées nous tourmentent encore par les réflexions inutiles sur les mesures qui auroient pu nous les épargner ; nous nous repi-ochons sans cesse d'a^oir été nous-mêmes les auteurs de notre infortune; nous nous redisons éternellement ([u'une telle précaution prise nous eût épargné bien des larmes et des chagrins; nous ajoutons à nos malheurs de les attribuer à nos inq)rudences: nous nous représentons après coup les moyens de les éviter très-faciles, connne pour sentir plus vivement le désagrément d'y être tombés; et loin d'y voir la sagesse et la volonté de Dieu, qui ont tout conduit, et qui, seules, devroient nous faire oublier nos peines, nous n'y voyons que nos méprises, qui augmentent nos regrets, et qui rendent nos peines éternelles.

232 SI KM ON S l)i: M A S S I 1. 1, () .\.

Or. (-"('sl ciicdrc ici (|iit! la soiiinissioii de Marie csl pour nous 1111 Jiiodèle : elle no \(ù\ (|ii<' Dieu seul dans Ions les (''véneiiieiils de sa vie passée, dans ranihassadc de l'ange, dans le prodige de son eiiranleinent , dans la foi des paslenrs, dans radorallon des mages; elle conipare. dit l'Kvangile, et conserNc dans son cœiii' loiiles ces niciveilles, et tonte la conduite passée de Dieu sur elle: lattente et le langage })ropliétifpie de la veuve Anne et (^n juste Siniéon lui ra])])el]ent tout ce rpie le Seigneur a lait jusqu'ici de grand pour elle et pour cet Enfant : Conferi'us in corde suo (Ln:, n, U)); elle n'y voit rien d'humain ; tout y est de Dieu ; et ne pouvant douter que la main du Très-Haut seule ne l'ait jusqu'ici conduite, elle n'a pas de peine à se persuader que c'est lui-même qui la conduit au temple, et à se soumettre au sacrifice et à riiumiliation qu'il demande d'elle.

Voilà, mes frères, la grande science de la foi : le passé devroit être pour nous une instruction continuelle, où nous devrions étudier les ménagements et les volontés adorables du Seigneur sur les destinées des hommes ; nous devrions rappeler sans cesse tout ce qui s'est passé à nos yeux, à la cour surtout, où nous vivons, et qui est connne le théâtre des révolutions humaines : tant de changements soudains; des morts si terribles, et si peu attendues; des accidents si funestes; les prospérités ou les malheurs de l'Etat, l'élévation ou la décadence de ceux qui occupoient les premières places, que sais-je? tant de variations dans la faveur, dans les fortunes, dans le crédit, dans la chute ou l'agrandissement des famUles; nous ne devrions, dis-je, le rappeler que pour y voir la sagesse de Dieu, qui se joue sans cesse des passions humaines, et qui élève ou renveise en un instant, ])oiir nous faire

Sri{ l.\ SOIMIS^ION A |.\ NOI.ONTK Dl'] 1)1 1! T. i33

sciilir la l'ia!:;ililt'' de loiil ce (|ni p-issc. cl nous apprciKli^,' (|ii(' toute la saj^^'ssc Iniinaiiic ne saiiioil nous samcr (In moindre eonti'e-leinps . ei (juil n") a [)oiiit tie conseil contre les conseils de Dieu.

Cependant le soinenii' du passé, loin de lions instruire, nous séduit et ne fait que ré\eiller en nous des passions injustes: nous iaj)pelons la décadence de ceux que nous avions vus à la tète de tout et les arbitres de la fortune publique: et ce sou\('nlr. loin de nous désabuser de tout ce que nous avons vu ibndi'e et s'éclipser en un instant, et nous apprendre que les prospérités temporelles ne sont rien, si l'usage cbrétien qu'on en fait ne les rend immortelles, réveille plus notre ambition ()ar les obstacles qu'avoit toujours mis à notre fortune leur grande autorité, (ju'il n'instruit notre foi par l'inconstance qui, en un clin d'd'il, l'a renversée. Enfin, nous ne voyons Dieu nulle part: tout })asse, tout disparoît, tout s'écroule à nos yeux: un nou\eau monde s'élève insensiblement sur les débris de celui que nous avons vu en y entrant ; une nouvelle cour reparoît à la place de celle que nos premières années ont vue ; de nouveaux personnages sont montés sur le théâtre; de nouvelles scènes occupent tous les jours l'univers; nous nous trouvons presque seuls et étrangers au milieu du monde, parmi des hommes que nous avons vus naître , séparés de ceux avec qui nous a^ ions d'abord vécu; tout nous échappe, tout fuit, tout coui't rapidement se précipiter dans le néant; et. au milieu de ces révolutions éternelles, où Dieu seul, qui ne passe point, pai'oît si grand; où Dieu seul, qui, changeant sans cesse la lace de l'univers, demeure toujours le même, paroît si digne de nos honuuages, nous ne le voyons pas, nous ne nous élevons jamais jus([u';i lui: nous tenons encore anv débris

r^'^ si: i{ .M ON s dk m assi i.lon.

(riin iiiondt' (|iii s'csl (h'i'ï à (Icini (''croiih'' ciilrc nos mains; nons rappelons mènie, par rinia^ination , ce (jni nous en est échappé; nous donnons de la réalllé à ce qui n'esl |)liis; nos j)reniières années souillent encore notre cœur par des souvenirs lascifs et injustes; nous faisons sans cesse re^i\re nos jours [)assés, en ce qu'ils ont de criminel ; il semble que la vie est trop courte ])our olTenser Dieu; nous revivons sans cesse par des iniaejes qui l'cnouvellent nos ini(juités passées, c'est-à-dii'c, nous vivons doublement poui' le crime, n'ayant jamais vécu un instant ()oiii' la vertu. Ainsi le passé nous souille ou nous séduit, loin de nous détromper et de nous instruire; nous n'y voyons que les révolutions humaines, nous ne remontons [)as ])bis haut, et nous vivons connue si le hasard conduisoit l'univers, et qu'il n'y eût point d'autre raison de ce ([ui arrive que l'événement lui-même.

Ah ! mes frères, les patriarches, dont la vie étoit si longue sur la terre, n'avoient point d'autre occupation que de méditer, dans les grands événements qui avoient lempli leur longue carrière, les merveilles du Seigneur et Tordi'e de ses ^()lontés adorables; ils repassoient sur les dillérentes voies par où sa sagesse les avoit conduits; ils y admiroient les ménagements inefl'ables de sa providence; c'étoit là le livre où ils étudioient sans cesse les grandeurs de Dieu et ses miséricordes envers les créatures : c'étoit la plus douce consolation de leur pèlerinage; ils voyoient Dieu partout; l'invisible étoit conuue visible pouieux dans tous les accidents divers et merveilleux (pii avoient partagé leur vie; ils ne voyoient que Dieu dans l'univers, et ne comptoient pour rien les honnues dont sa sagesse se servoit pour accomplir ses desseins adorables.

Et voilà, mes frères, la grande science que nous

sri; i.A sor.M issioN \ i,\ \(ii,(>\ii; di; i)ii:r. r.v.}

apprennent nos dix Inès l'xillnies. Dans les antres liistoires (|ne les lioinnies n(»ns ont laissées, on n'y voit at^ir (|no les hommes : ce sont les lionnnes ((ni remportent îles \ictoires, qni j)rennent des villes, qni snbjnguent les empires, ipii détrônent les souverains, qni s'élèvent en\inènies à la siq)rème pnissance ; Dieu n'y paroit mdle part ; les lionnnes en sont les seuls acteurs. Mais dans riiistoiie des livres saiuts, c'est Dieu seul qni l'ait tout; Dieu seul qni fait régner les rois, qui les place sur le trône ou qni les en déi^rade; Dieu seul qni condjat les ennemis, qui renverse les villes, qui dispose des États et des empires, qui donne la paix ou qui suscite les guerres; Dieu seul paroît dans cette histoire divine; il en est, si je l'ose dire, le seul héros; les rois et les conquérants n'y paroissent que comme les ministres de ses volontés saintes; enfin ces livres divins tirent le voile de la Providence. Dieu, qui se cache dans les autres événements ra})[)ortés dans notre histoire, paroît à découvert dans ceux-ci; et c'est dans ce livre seul, que l'Esprit de Dieu a laissé à la terre, que nous devons ap])rendre à lire les histoires que les hommes nous ont laissées, à suppléer par la loi ce que l'esprit humain a omis, et à ne regarder les dilïerentes révolutions qui ont agité l'univers que comme l'histoire des desseins et des volontés du Seigneur sur les hommes. Telles sont les instructions que trouve une âme fidèle dans le souvenir du passé. Aussi une des plus grandes consolations des saints dans le ciel sera de voir à découvert l'ordre admirable des volontés du Seigneur dans tons les événements de leur vie passée : l'énigme sera alors dévoilée; ils verront comment tout ici-bas se rapportoit à leur salut , avec quelle bonté et quelle sagesse adorable Dieu taisoit tout servir à la sanctification des siens, c'est-

230 si: li MON S i)i; m \ss i i.i, on.

;i-(lii-(' loiil ce (jiii se passoil sur la lerrc, toute riilsloii-e (le leur siècle, Ja i)iété ou le dérégleuiciit (\t:<. piiuccs, le <i;aiu ou la ])erte des batailles, le bunlicur ou riiifoi-lune j)ul)li(iue; ils ven-oiit coiiiiiient tout cela, ])ar des rapports secrets et inerveilleiix , (|ui leur seront alors claireuieiit couuiis, de\oit coiitrihuer à la coiisomiuation des élus: et coinuieut, jus(ju';i leurs chutes mêmes, tout dexoit (Hre utile à leui' salut.

Au couti'aire, la sur[)iise la plus désespérante des pécheurs sera de voir que dans le temps même qu'ils croyoient vivre sans joug et sans Dieu dans ce monde, ils étoient entre les mains de sa sagesse, qui se servoit de leurs égarements mêmes pour raccomplissement de ses desseins élerjiels; qu'en croyant vi\re pour eux seuls, ils n'étoient entre les mains de Dieu que des instruments utiles à la sanctification des justes: qu'ainsi leurs actions les plus éclatantes étoient utiles aux desseins de Dieu, mais imitiles à eux-mêmes; que les grands spectacles qu'ils ont donnés à l'univers, et qui flattoient si fort leur vanité, n'avoient aucun ]-apport avec eux; qu'ils n'ont vécu que pour les élus, et qu'ils sont les seuls à n'avoh' aucune part à tous les grands événements dont ils ont été les pi'incijwux acteurs et qui rendront leur nom célèbre dans les histoires; en un mot, qu'ils ont fait beaucoup de bruit dans runi\ers, mais que c'étoit Dieu qui se gloi'ifioit par eux, et qu'ils n'ont rien fait pour eux-mêmes; semblables au tonnerre, qui donne un grand spectacle à la terre et fait sentir aux homtnes la grandeur et la puissance de Dieu, mais qui n'est lui-même qu'un vain son et ne laisse après lui que l'infection de la matière dont il étoit le seul ouvrage.

Et c'est cette réilexiou, mes frères, (fui (hn roit ra])peler

sru i.\ si>r MISSION a i.\ voi.onii: \)i: i)ii:r. 2.t7

loiis k's lioimiu's à une somiiissioii coinimicllr aii\ noIoiiIi's du Seigneur : car l'iiliii, (pTils se soiiinctlçiil ou non à sa \olontt'' sainte, il est certain (jii'ils agissent toujours sons la main tle Dieu: (|n'ils ne luul ([ne ce (jiie permet je souverain tUspensateur : (|u"ils ne viennent à l)out de leurs desseins (|u'aiitant (|iie le trouve à propos sa sagesse adorable: (pi'ils ne peinent se soustraire aux ordres de sa puissance, et (ju'en se révoltant contre lui, ils ne cliangent pas les événements, ils ne l'ont (pie multiplier leurs crimes,

Noilà les avantages (pie lrou\e le (idèle dans sa soumission aux ordres de Dieu. Non, mes fr(''res. tournez-vous de tous les c(jtés, il n'y a dans toute la \ie humaine que ce point fixe, que cette consolation solide, se soumettre à Dieu, ne vouloir ({ne ce (pie Dieu veut; c'est là le grand secret de la piété chrétienne, le plus précieux avantage de la loi et la grande science du fidèle. Hors de là, mes frères, qu'est-ce que la vie humaine, qu'une mer lurieuse et agitée où nous sommes sans cesse à la merci des (lots, et où chaque instant change notre situation et nous donne de nou\ elles alarmes? Que sont les hommes eux-mêmes, que les tristes jouets de leurs passions insensées et de la vicissitude éternelle des événements? Liés par la corruption de leur cfrur à toutes les choses présentes, ils sont avec elles dans un mouvement perpétuel: semblables à ces ligures que la roue rapide entraîne , ils n'ont jamais de consistance assurée ; chaque moment est pour eux une situation nouvelle; ils llottent au gré de l'inconstance des choses humaines; voulant sans cesse se fixer dans les créatures, et sans cesse obligés de s'en déprendre: croyant toujours avoir trouvé le lieu de leur repos, et sans cesse forcés de recommencer leur course: lassés de leurs agita-

238 si; MM ON S DI'! .M A S S I L LON.

lions, cl (•('|)cii(laiil loiijoiii's ('iii|)()i1(''S par le toiirhillon : ils n'ont rini (|ui les lixc, (|iii les console, (|iii les pay(3 dt; leurs ])cin(.'s, qui l(3ijr udoncisse le cliai^i'in des événements : ni le inoiuN; (|ui le cause, ni leur conscience qui le rend plus amer, ni l'ordre de Dieu contre lequel ils se i-évoltcnt. Ils boi\ent jus(|u"à la lie toute l'amertume de leur calice; ils ont beau le verser d'un vase dans un auti'e vase, <lit le Prophète, se consoler d'une passion })ar une passion nouvelle, d'une ])erte par un nouvel attacliement, d'une disgrâce par de nouvelles espérances : l'amertume les suit partout ; ils changent de situation , mais ils ne changent pas de supplice : Et ùicli/uivit c.v hoc in lioc; vcrirmUimcn ftr.r cjiis non est cviiuinita (Ps. lxxiv, 9).

Grand Dieu! pourquoi mon âme ne vous seroit-elle donc pas soumise? iSomu- Dca sifbjccid en'/ (iinnui mea? (Ps. Lxi, "2.) Êtes- vous donc un maître si cruel, qu'on risque de laisser sa destinée entre vos mains? Que puis- je craindre, grand Dieu! en me reposant sur vous seul de tout ce qui me regarde? Ah! tandis que j'ai voulu être moi-même l'arbitre de ma destinée, je me suis confondu dans mes propres projets; les événements n'ont jamais répondu à mes souhaits et à mes mesures; je n'ai réussi qu'à me former tous les jours à moi-même de nouveaux embarras et de nouveaux chagrins; en voulant chercher des sûretés, je me creusois des précipices; ce que je regardois comme mon appui se tournoit ensuite contre moi-même; vous vous plaisiez, grand Dieu! à renverser rédifice à mesure que je l'élevois; vous vouliez m'apprendre qu'en vain la main de l'homme édihe la maison, et que si votre main adorable ne la soutient et ne l'élève, il ne se prépare que de tristes ruines! Qu'il est bien plus sûr, ô mon Dieu! de vous laisser faire tout seul, ou de

Sl'li l.A SOI M ISSIO.N A LA \ ( H.O.N l' K Di: 1)11' L\ IV.)

n'aj^ir (jiu! sous nos ordres! (Mic (l'iiHinn'iiKlcs je iiio si'i'ois (''[)ari;iu''es, si j'a\ois ('té lidrlc à ce devoir! ma destinée aiiroit été semblable, mais mes cliaiiiiiiis n'eussent pas été les mêmes, eLJ'aufuis tfouvé dans ma soumission à votre volonté sainte la paix ([ne j(^ n'ai jamais pu truu- M'r dans le monde, ni dans mon propre (-d'ur, et ensuite la récompense (pie \ous [)i'omettez à ceux (pii n'ont souhaité sur la tei're (pie raccom[)lissement de vos volontés éternelles.

Aiii.si soit-il.

s nui ON

LA FiVrE DK L'TXC AU NATION

Loquiniiir I)ci SKpii-iiliiiui in. iin/sinio, r/iac fihscondilit est, (/udin ncnio /irincipiiiu hiijiis sœnili coijnovit.

Nous annonçons la sagesse de Dieu cachée dans son mystère, que nul des princes de ce monde n'a connue.

(I COK., II, 7, t>. )

Si les voies de Dieu sont d'ordinaire éloignées de celles de riionnne, et si, dans ses desseins, la sagesse éternelle se plaît toujours à confondre les vains préjugés de la sagesse humaine, c'est principalement dans le mystère ({Lie l'Église honore en ce jour. Oui, mes frères, un Dieu qui descend de sa gloire poui' nous y élever, qui se charge de nos infirmités et de nos soulTrances pour nous en soulager, qui s'unit à l'homine pour réconcilier l'homme à Dieu, a été dans tous les temps un scandale ou une folie à la prudence de la chair; et encore aujourd'hui, la sagesse de Dieu dans ce mystère est tout à fait inconnue au siècle : lAUiHuniir Dci saplviilunit in i/ti/sfci-io, qiuc (ibscondllu csL qniun iicmo princijiimi hiiJKs sœctili coynoril.

En eilèt, le monde ne connoît de véritable grandeur que celle qui frappe les sens ; le monde ne compte de vrai bonheur que celui de vivre dans les plaisirs et dans rabon-

iMM II LA I i;ii'; iti: i. i nca una rioN. l'ii

(lance: le iiioiidc croit aNnirsciil la raison en paiiatiic, cl rappelle loiijonrs an jni;-einenl de ses proj)res Ininières les <en\ l'es du Sei^nenr.

(l'est snr ces trois erreurs (pic ronloit toute la sagesse (les lionunes. avant ffu'il |)irit an Trd's-llant ([(! les visiter dans sa inis('i-icoi(le. Les .Inils ne sonplroient ((n'après la i;-loire et la i;randenr temporelle d'nn Messie charnel, (pii devoit snbjngiier tous les empires et rendre toutes les nations tributaires de Jérusalem; les philosophes n'attendoient le remède de leurs maux, que des vains eOorts d'une raison malade: les pi-inces, les [)uissants et le peuple cherchoient dans les plaisirs des sens ce (pie l'Auteur de la nature n'y a point mis et la ielicit('3 la plus indigne de l'honnne. Et tel est encore, après l'accomplissement du grand mystè-re de piété, l'état déplorable du monde.

Mon dessein donc aujourd'hui est de montrer comment la sagesse de Dieu, cachée dans ce mystère, confond ces trois erreurs principales, (jui Ibrment proprement toute la sagesse humaine. Premièrement, le Verbe s'y anéantit; et cet anéantissement nous apprend (pie l'homme ne peut plus aimer l'élévation sans injustice. Secondement, le Yerbe s'y charge de nos douleurs et de nos soulîrances; et ce ministère nous décou\re que l'homme ne peut plus aimer les plaisirs sans crime. Enfin, le Verbe s'y unit h notre chair, et, en nous proposant cette union incompréhensible comme l'objet de notre culte et la seule ressource de nos maux, il nous laisse comprendre que l'homme ne peut plus compter sur sa raison sans témérité. Un Dieu anéanti rend les humiliations honorables; un Dieu chargé de nos douleurs rend les soulfrances aimables: un Dieu uni à l'homme fait taire la raison et rend la foi même raisoiiu. 16

242 Si;iiM<)NS Dl- .'MASSIM.OX.

liahli". |)r\('l<»|)|)Oiis ces li'ois \ (''i'il(''S: elles l'elireiiiieiil loiile la (loctriiie du L,M'aii(l inyslèfe de |)i(''t(''.

Are, Maria.

V li K M I î; K 1 : l' A lî r i k .

L'orgiicd a été de loiit lonips la ])lai(! la plus daii.gereuse de riioiiiinL'. Né jxjur (Mrc grand cl. maîli'e de loiiles les créatures, il a toujours conservé au dedans de lui ces premières impressions de son origine; trouvant sans cesse dans son cœur je ne sais quels sentiments secrets de sa propre excellence, que sa chute n'a point elFacés, il se prêta d'abord à ties penchants si doux ; il ne chercha plus qu'à s'élever de degré en degré, et, ne rencontrant rien ici-bas qui pût satisfaire la grandeur d'ime ànie, laquelle n'avoit été créée que pour régner avec son Dieu, il monta jusques au-dessus des nuées et se plaça à côté du Très- Haut; de là l'homme se fit rendre les honneurs divins; l'homme se rendit' à l'honnne même, et l'univers adora, comme ses auteurs, des insensés que runi\ers avoit vus naître et qui étoient venus tant de siècles après lui.

Cependant l'hounne, depuis le péché, n'est plus qu'un vil esclave ; tout ce qui l'élève le tire de la situation naturelle, puisque l'honneur n'est dû qu'à l'innocence et que l'abjection doit être le partage tlu vice; et s'il lui reste encore quelque esj)oir de recouvrer sa première grandeur, ce ne peut être (jue dans l'humble a^eu de sa bassesse.

Mais comment persuader au monde une vérité si nouvelle , démentie par la doctrine de toutes les sectes , par

1. Se fil rendre... se rendit. Que de négligences ])areilles dans un orateur qui cependant a tant poli son style I

l'oi i; i,.\ l'KTh: i)i: i, i nca i; \ AT i on. 24.}

Il■^ ()|-('jii^'(''s (le (oiilcs les iinlioiis cl pal' \('< sniliiiiculs les plus \its (lu cMMir humain? Les jnsics, dans ces Icinp.s recuh's (pii pi(''C('(l(''r('nt raxrncnifnl (\\i l/ilx'ratcui', en avoient, jt; l"a\uiiu, laissé de j^i'aiids ('\('ni[)les aux lioiiniH's. (hiV'st-ce ((uu riioniiiie, ô mon J)it'u ! s'rcrioil, un saint roi, cpir xons (laii;ni('z \ous al)ais.S('r jiisipi'à lui el le \isilcr? A\oz-vous onbliT' rpic jo suis devant \()us connue une bête .saus raisou, et (jue le néant est le seul appui sur lequel toutes mes forces se soutiennent?

Mais ce n'étoient là que des instructions, et il falloit à riionuue des remèdes; ces modèles étoient insuClisants, car, outre ([ue les hommes ne pouvoient pas inspirer l'amour d'une vertu dont ils étoient eux-mêmes touchés, un coupable qui s'humilie peut, à la vérité, faire haïr ses ci'imes, mais il ne fait pas aimer ses humiliations: l'orgueil humain avoit donc besoin d'un exemple (pii fût en 'même temps son remède, et il falloit l'instruire et le guérir à la fois. Et voilà, mes frères, le grand mystère que la sagesse de Dieu, après l'attente de tant de siècles, les vœux de tant de justes, les oracles de tant de prophètes, opère aujourd'hui à Nazareth, dans le .sein de Marie.

Or soullrez que, pour tirer de ce mystère adorable les instructions importantes que la sagesse divine y a cachées, je vous fasse remarquer ({uels sont les principaux caractères de l'orgueil humain , et l'opposition qu'ils ont avec l'anéantissement du Fils de Dieu dans son union avec notre nature.

Le premier caractère de l'orgueil est cette erreur qui fait que nous sortons, pour ainsi dire, de nous-mêmes, et que, pour nous étourdir sur le sentiment intérieur et humiliant de notre misère, nous cherchons avec complaisance dans les choses qui sont hors de nous, dans les

-24i S \'A\ M ON S 1)1', M A SSI 1,1, (I.N.

l)i('iis, les tilrcs, les {|ii;iiiti's, l;i l't'piilalioii , r<''cl;il de la naissance, mu; j^loirc don! la soiu'cc ne dcNroll ('■Ii'c ([iic dans n<)ns-ni("'nit's.

Or, mes lièfi's, les circoiislances extérieures de l'incarnatioii dii \ ei'he corrigent les hommes de celte premières erreiH'. Va\ ellet, ne send)l()it-il pas (jn'nn mystère doni les lignres mêmes avoient é(é si pompi-uses, l(;s pi'éparatifs si augustes, Jes promesses si magnili([ues, Jes ombres, pour ainsi dire, si brillantes, auroit dû s'accoinplir dans la plénitude des temps avec encore plus d'éclat ([u"[\ n'avoit été promis: et (pie, puis(pie des signes si illustres avoient annoncé tlepuis tant de siècles au.\ hommes (pie le Très-Jlaut devoit les visiter, sa venue auroit dû être accompagnée de tant de gloii'e et de majesté ({u'on n'eût pu le méconnoître?

dépendant rien de plus obscur aux yeux des sens que ce (pii se passe aujourd'hui à Nazareth. La sainte Fille, préférée à toutes les autres lilles de Juda, et claus le sein de qui s'opère le secret inefi'able de l'abaissement d'un Dieu, n'a rien qui la distingue dans sa tribu que sa pudeur et son innocence. L'éclat du sang qu'elle tire de David est obscurci par la bassesse de sa fortune; son obscurité a presque fait oublier son origine. Les cieux ne s'ouvrent pas, connue autrefois sur le mont Sinai, poiu' frayer une route de lumière au Dieu qui descend sur la terre; les anges ne l'environnent pas pour annoncer aux hommes son avènement au bruit des éclairs et des trompettes; les montagnes ne retentissent pas; des nuées de gloire ne s'abaissent pas pour enfanter le Juste; la maison même de Marie ne s'ébranle pas jusqu'aux fondements, connue un autre Cénacle, pour marquer la sainte horreur dont elle est saisie à la présence du Dieu (pi'elle reçoit.

l'OlK I.A l'I'.TI': Di; I. I M'.AUNATIO.N. 2^

I II seul ciiMiNc (In ciel. iiiNisiMc .'i Ions les lioiiiincs, ;i|)|);iloit ;'i Marie dans le silence, sons la siinpiicih'' (rime luiiiie Imniaiiie, coniiiie pour honorer liii-iiiènie, en cacliaiil sa gloire, raïK'anlissc^iiient du Dieu doni il esl le minislre. Nazareth . la plus nu'piisahle \ille de jnda, el d'où r()[)inion piil)li(|ue étoit ([iTil ne poiixoil lieii soi'lir (pii fît honneur à la .ludée, Nazareth, dis-je , oii ce myslère se consoinine, n'en esl pas plus instruite (pie Jérusalem. Joseph lui-nH'ine ignore le secret de l'ambassade céleste, et le réduit où Marie est cachée est le seid confident d'un prodige où le monde entier a tant de ])art. Dans tous les autres myslèi'es, les abaissements du Verbe sont mêlés d'éclat et degrandenr: ici tout est obscur, rien ne parle aux sens, parce qu'ici k; dessein de la sagesse divine est d'en corriger les erreurs, et de substituer les nouvelles vues de la foi aux anciennes illusions de la sagesse humaine. En elï'et, mes frères, jusque-là les hommes avoient cru que les prospérités temporelles étoient des faveurs du ciel: que la réputation étoit un bien solide; que les grands talents étoient d'heureux regards d'un Dieu favorable ; que les distinctions du rang et de la naissance avoient un éclat véritable et n'étoient pas indignes des soins et de l'estime des hommes. Mais dans ce mystèie la sagesse de Dieu nous découvre un nouvel ordre de choses; elle étale à nos yeux un monde nouveau tout spirituel, de nouveaux biens, de nouveaux honneurs, une gloire nouvelle, et, réformant nos jugements, elle nous apprend cpie l'innocence et la vertu sont les seules richesses de l'homme; que tout le mérite de l'âme fidèle est caché dans son cœui'; qu'un seul degré de charité élève plus haut le chrétien que l'empire du monde entier; (jue la patience, riiuniilité, la douceur, sont les plus

246 Si;ii.M().\S \M: .m as si LU) n.

i;Tail(l.s (alciils (rnii disciple de .Irsiis-filii'isl : ((i/c se vaiiicr(î soi-nuMiie sous les yeux de Dieu scnl csl nue i^joire plus solide et plus iuiuioilclle fpic la, (■{)U(picl(^ des pi'o\iuces et des royaiiines, et (pi'eidiii la graiideiii" qui est hors de )ious ii'esl ipi'iiu pi'esli^'e cpii nous joue, et (pi'ou n'est ij:;i'and ((u'aulaut (pi'oii est saint.

Or, mes l'ri'res, n'est-ce pas là encore aiijourd'hni une sagesse inconnue au siècle? Jhi siipicntiam , qiKiiii Hcnw prinrijyinit Inijiis saciili cocjiwril. Oîi sont ceux (jui regardent avec des yeux chrétiens le vain spectacle de la gloire humaine, et ([ul réservent toute leur admiration pour les dons de la grâce et le mérite de la sainteté? ()ui s'attire plutôt nos hommages, ou un ambitieux qui, à la tête d'un peuple d'hommes armés, remj)orte des victoires et remplit l'uiiivers du bruit de son nom et de sa vanité, ou un juste environné de sa seule innocence, qui sait soulï'rir une injure, soutenir une humiliation, étouller un ressentiment; qui sait combattre et vaincre pour le ciel? Par où cherchons-nous à nous disliiiguer nousmêmes de nos frères? Est-ce par une charité plus vive, par une foi plus abondante, ]\ar une conscience plus pure, par une lidélité plus inviolable à tous nos devoirs? Hélas! nous nous élevons d'une naissance illustre, comme si la gloire de nos ancêtres nous appartenoit, et qu'elle ne devînt pas un opprobre et une roture pour nous, dès que nous portons un nom vide de leurs vertus. Nous conq)tons nos titres et nos exploits militaires connue des distinctions glorieuses qui nous élèvent au-dessus des autres hommes, et nous ne voyons pas que le hasard, la faveur, la témérité, les conjonctures, ont eu plus de part à ces honneurs que le devoir et la vertu. Nous nous parons des dignités éminentes qui nous distinguent dans notre peuple, et nous

l'on; i.A riVri': ur; 1,1 nca ijnat ion. i47

lit' (■(tiiipiciiolis \);[< (|iic les pliis <;i;iii(lrs places SOIll (l(! |)liis |L;raii(ls ('ciiciU. cl (jircllcs iniillipliriil nos dcNoirs sans auj^incntcr noire iiktIIc. Nous nous i;loiilions du la supériorité (le nos lumières et de nus talents, et nous iiiiioroiis (jiie les coiiiioissances les plus vastes de l'c^sprit lininain sont des lumières piK'riles, si elles s(! horneiil an\ choses présentes et nous font perdre de \ue les éternelles. Oui, mes Irères. les grandeuis et les distinctions de la i;ràce el de la loi ne tonclient personne; ce qui est éternel, nous le rei;'ardons comme s'il n'étoii pas. Mais (piimporte au cliréllen d'être obscur on de briller aii\ yeux (\{'s hommes, [Xiisfpi'il n'est i-éelleinent ([ne ce (ju'il est tlexant Dieu, et rpie la loi nous dépouille de tout ce qui est hors de nous et ne voit de nous (pie nous-mêmes?

dépendant le second caractère de l'orgueil linniain est cette Ibibiessc qui ne compte pour rien le mérite de la vertu même, tandis qu'il est caché, et ({ui ne hait du vice ([ue la confusion et l'opprobre, comme si le vice et la vertu n'étoient que des opinions, et que l'homme ne put être grand ou méprisable que dans l'idée des autres hommes.

Or ranéantissement du Verbe dans ce mystère confond cette vaine attention aux jugements humains. Et certes le Fils de Dieu ne descendoit sur la terre (|ue pour glorifier son Père, et reprendre dans le C(jeur des hommes les honunages que les créatures lui avoient ravis. Ce dessein demandoit, ce send)le, qu'il se montrcàt à eux dans toute sa gloire, resplendissant comme sur le Thabor, et qu'il leur parût aussi glorieux et aussi digne de leurs hommages, qu'il se laissa voir alors aux disciples enchantés de la douceur de ce spectacle. C'est alors qu'il eût tout attiré après lui, et que Jérusalem incrédule n'eût pas vu ses citoyens se partager sur la vérité de ses pro-

'248 si: H. M ON S |) !•: M A S S I I, I, () \.

(iifjji's cl sur la saiiilclr de sa (loclrliic cl de son iiiiiiisicre.

.^calllll()ills ce n'es! |)as par r(''clal cl la inajcsh'- (|ii'il veut triompher de nos co'urs, ('"esl j)ar Jes Jiiiinilialioiis et l(?s opprobi'es; il raclKî tonl ce (ju'il est, il ne donne passa fr]()ire à ini autre», mais il la (léro])e, pour ainsi diic, à luimême. Ilien de ce (jn'il a\oit de f;-['aiid dans le sein du son J'èi-e ne l'accompagne aux yeux des sens dans celui de Mai'ie ; sa puissance se change en Ibiblesse, sa sagesse infinie n'est plus qu'une raison naissante et enveloppée, son iimnensité })aroît i"enfermée dans les bornes d'un cor|)s morlel, l'image de la substance du Père est cachée sous la vile forme d'esclave, son éternelle origine commence à compter des temps et des moments, enfin il paroît anéanti dans tous ses titres.

Aussi, dès qu'il paroîtra dans la Judée, l'incrédulité \a lui disputer la suprême autorité de son sacerdoce : Quel esl (rliii-ri, dira-t-on, qui rient remettre les péchés'/ [hue, VII. !\9.) La crainte des puissances de la terre refusera de le connoître pour l'oi, et on lui fera payer le tribut comme à un esclave. La prudence de la chair prendra sa sagesse divine pour une folie, et ses proches eux-mêmes le regarderont comme un insensé : Quouieim in fiiroretn versus est (Maiu;, ih, 21). L'envie le dégradera de sa naissance divine , et ses citoyens vont publier qu'il n'est que le fils de Marie et de Joseph. Enfin un faux zèle lui ravira l'éternité de sa durée, et il sera presque lapidé pour avoir osé dire seulement qu'il étoit avant Abraham.

Mais l'opinion des hommes ne changera rien à l'obscurité apparente de son ministère. 11 se manifestera assez, cà la vérité, pour être connu des Juifs spirituels et fidèles; ses œuvres, sa doctrine. Moïse, les prophètes, les divines licrilnres, rcndi'ont témoignage de lui: et à (pii aimci'a la

l'oi i; I A I r. Il': hi. i. i nc. ai? nation. i'.(»

Ncriti'-. il ne sera pas possihlc de le iik'cohhoîI l'c : mais il ne se numiri'stci'a pas assez poiu' rxilcr le inépris des .Inils charnels: l'éclal de son niinistric sera sensihhi à un ((vaw JnnnhitM't iniiocciil: rohscniili'' de son niinistôre i'é\()ltera roi<;ii('ii cl riiK rédidili' : il y mêlera assez de ténèbres |)oiir récompenser la loi de ceux (|iii croiront, et assez de lumière [jonr punir rincr(''(lidil('' de ceux rpii reluseront de ci'oire en lui.

D'où vient, mes iVèi'es , une conduite si surpreuaide? Après s'être caclié durant tant de siècles, l)i(!u ne se montre-t-il enfin anx hommes (pie |)oui' n'être pas connu d'eux? ([ue ne \en()it-il dans toute sa gloiie, s'il voidoit nous sau^(n• en se décou\raiit à nous? Laissons là. les antres raisons de l'obscurité de son ministère, qui ne sont pas de notre snjet; mais celles c{ni nons regardent ici, c'est, premièrement, qu'il vouloit nous apprendre, à nous qui sommes chargés de la dispensation de son Evangile, à ne rien changer anx ordi'es de Dieu dans les ronctions de notre ministère, sous prétexte de concilier plus lacilement à sa parole les suffrages des hommes; à ne pas croire qm^ Dieu soit plus glorifié par la gloire qui nous revient à nousmêmes: à ne pas intéiesser le Seigneur, pour ainsi dire, dans notre propre cause, et nous persuader qu'il a attaché le succès de son Évangile aux applaudissements qu'il reçoit par notre bouche. Les contradictions cju'éprouxe le ministre font souvent toute la gloire et tout le succès de son nfmistère. Annonçons les vérités que l'iiglise nous a conliées; if y mêlons ni nos opinions ni nos propi'es pensées. Plantons, arrosons, et laissons au Seigneur faccroissement : sa parole ne retournera pas à lui vide, et elle sera toujours ou la condanmation de l'incrédule, ou la consolation du lidèle.

Secondement, il \ouloit \oiis a|)pi-endre à \(»us. mes

■loi) si: l{ MON s Dl' .M ASS I I.I.O.N.

frères, (jnc les jiincmcnls des liomincs ne (l(ii\ciil jamais décider de vos dcxoirs: (|ii"il ne l'aiil pas s'en Icnir. dans le sei'vice de Dieu, ;"i ce (|iic le inonde, approuve, nwiis à c(; (|ue Dieu demande; de lions; ([uc les censures et les dérisions sont tonjoni's la i"écompens(; de la pieté \(''i"ituble ; (|iril n'est pas possil)le de pJaire aux lioinnies et d'être ser\it(;iir de Jésus-Christ; ([ue le zèle qui ^ou(ll•oit concilier les sullrages publics à la veiln n'est (pi'uii ()rti;iieil (|(''L!;uisé, qui cherche à se les concilier à soi-même; que l'injustice du inonde emcrs les gens de bien fait ici-bas toute leur sûreté; que l'obscurité est le })lus sûr asile de leur vertu; que ce n'est j)as ici le temps de leur manifestation, et qu'ils n'auront droit de paroître à découvert que lorsqu'ils paroîtront avec Jésus-(Uirist dans sa gloire.

Cependant, si nous y prenons garde, quelque justes que nous soyons d'ailleurs, nous comptons les hommes pour beaucoup; nous ne vivons presque que pour les autres; ce (pie nous sommes à nos yeux et aux yeux de Dieu nous intéresse peu; nous ne paroissons touchés, occupés que de ce que nous sommes aux yeux des hommes; et, moins sensibles aux soins de notre perfection, toute notre attention se borne à embellir cette idée chimérifjue de nous-mêmes, qui est dans l'esprit des autres. Aussi il ne nous arrive guère de nous demander à nous-mêmes ce que nous sommes réellement, mais nous nous demandons sans cesse ce (ju'on croit (jue nous soyons; ainsi tonte notre vie est imaginaire et fantastique. L'erreur même qui nous prend pour ce que nous ne sommes pas ilatte notre orgueil; nous nous laissons toucher par des louanges que notre cœur désavoue ; nous nous faisons honneur de la -méprise publi({ue, et nous sommes plus llattés [)ar l'erreur ({ui nous prête de fausses vertus, ([ue nous ne sommes

POUR LA ri'/i'i'; i)i; i. i nca li nation. î:\\

Iniinilit's |);ii' la xciilc, (|ni nous lail sciilir nos (N'Iauls et n(ts misoi'i's vrrilaUK's.

\iissi le (leniicr caraclrre de l'oi';;ueil est cette imposture tle vanité rpii clierclie la t^loii'e dans les liunillialions mêmes, et <|ni ne paroîl s"a\ilii' aux \('u\ des lionuues (|u'alin (|ui' leurs a|)|)laudisseineiits aillent la placer encore pins liant ipie n'étoit le lien d'oii elle étoit descendue. VA certes, mes Trefes. il n'est prestpie })uint d'Iiumilile sincèi'e : on ne se cache (pie pour èti'c déconxcrt: on ne fuit l'éclat (pialiii (pie l'eclal nous suixe: ou ne renonce aux lionnenrs (pie pour être honoré: on ne soujlre le m(''|)ris (pie lurs([n'il nous est tilorienx d'être méprisés, l/urgueil a mille (lé(lominag(!nients im])erceptibles à nous-mêmes, et rien n'est j)lus rare (|u"une humiliation volontaire ({ni ne conduit (|u';i l'humilité.

Or, \oilà recueil que les anéantissements du Verbe dans ce mystère nous apprennent à éviter. Il se revêt de la ressemblance du péché, mais c'est pour en porter toute la honte; il se charge de nos iniquités, mais pour en être la victime: il veut passer ]:)our un Samaritain et pour un ennemi de la loi , mais c'est pour être puni comme un séducteur: enliii, il se cache lorsqu'on veut le reconnoître pour roi, mais c'est pour mourir connue un esclave. Les outrages les plus honteux vont être la récompense de ses anéantissements; les hommes le méconnoîtront jusqu'à la lin, et il mourra avec tout le mérite de son humilité.

Pour nous, mes frères, si la calonmie nous trouve patients, c'est parce que nous prévoyons que la vérité va la confondre, et qu'elle tournera à notre gloire. Les œuvres humiliantes ne nous plaisent que parce que notre rang ne permet pas d'ignorer c|ue nous nous abaissons: nous aimons les opprobres passagers et où notre vanité voit

■î")'2 S1;H.M()i\S Dl'i M ASSI M.ON.

(k's ressources proiiijjles: el ;iii\ àines les pins rulèlcs il l;iiil (|iiel(jiie ;illlre ;il(r;iil (|in leiii' .'uloiiclsse le iiK'pris (|iie le plaisir d'elle iiiépi-is(''. On pardonne, mais en l'aisanl sentir cpiOn est rolï'ensé et tpTon se relàclie de son droit: on iait nne a\anee de rt'concilialion , mais on ji'cst pas lâché ipi'on sache que la ])iété lonle senle a part à cette démarche; on dit du bien de ceux fj ai nous calomnient, uiais c'est ])()iu' ôtor toute créance à leurs calomnies, lùifm, il est diflicile de ne pas se chercher soi-même, et encore pins dans rhiimiJiatlon (jue dans l'échat, pai'ce (pie pins r homme semble s'oublier, plus l'orgueil est attentif à l'aire eu sorte cju'il se retrouve.

Piongissons de notre l'oiblesse, mes frères; jetons sou- M'iit les yeux siu- notre modèle; adorons les premières dispositions de l'àme sainte du Verbe incarné, dans ses nouveaux anéantissements; pensons ([uelf|uefois que l'orgueil est presque notre seul crime, et que si nous pou- \ions une fois nous oid3]iei" tout à l'ait nous-mêmes, nous serions exempts de mille taches secrètes que nous ne connoissons pas et qui éloignent Dieu de notre cœur. Reprochons-nous sans cesse cette alliance monstrueuse de nos misères a\ec nos \anités; cette source de corruption que nous sentons eu nous, avec ces désirs de gloire qui entrent dans toutes nos usures; cette loi de la chair qui nous huniilie, avec ces sentiments d'élévation qui nous enflent; en un mot, ce ({ue nous sonnnes, a\ec ce que nous voudrions pa)'o!tre. Et api'ès être convenus que, depuis l'anéantissement d'un Dieu, rien n'est plus injuste pour l'homme que de vouloii' s'élever, écoutez comment, depuis qu'iui Dieu anéanti s'est chai-gé de nos doulenrs et de nos inlirmilés, lien n'est ])lus honteux à rhomme (pie de ciiercher une \ie douce et heur(^use sur la teri'e.

l'Dl U 1. A I 1. I i; m- I, I NCAl} NATION. ï.i.i

i)i;i M i; \i i; i* \ un i:.

L'hoiiimc iiiiiocoiit dcNoit iihmici' une \i<' lieiireuse ot traii(|uillt'. La (erre ii'aNoit l'cni la iV'fvjiidilé ([iic pour loui-nii- à ses chasles ([('liées; ses sens n'éloieiit desiinés (jifa le porter à la <'oiisei'\alioii de sou èti'c, par des impressions douces et agréables. T(jutes les (•r(''a(ui'es dévoient servir à sa IV'licité, puisque, dans le dessein de leur auteur, elles a\ oient été toutes rapportées à son usage; et sous un Dieu juste, l'ien ne ])ou\()it le rendre niallieui'eu\. ni ti'ouhlei' ses [)laisiis, tandis f[ue' rien ne doiHieroit atteinte à son innocence. Mais riioninie [)éclieur est né pour souiïrir; tout plaisir dans la vie est interdit à un coupable, (jui ne mérite pas même de vivre; la douleur est l'état naturel du désordre, et c'est une injustice (pie les créatures servent au bonheur d'un infortuné (jui en a abusé, et qui s'est ré\oIté contre le souverain à qui elles appartiennent.

Cependant le plaisir est encore le penchant dominant de cet homme criminel: malgré sa transgression, il ^eut vivre heureux; et la faute qui lui en a fait perdre le droit et l'espérance n'a pu lui en faire passer le désir; les travaux qui sont devenus la peine inséparable de son crime n'ont pu de^enir le choix libre de son ainour: et condamné à soulTrir, il n"a jamais pu aimer les souiï'rances. Il falloit donc qu'un grand exemple lui rendît aimable ce ([ui lui étoit devenu nécessaire, et qu'un Dieu soulTrît tout pour sauver l'homnie, afin que riionnue apprit et aimât à souffrir pour apaiser son Dieu.

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