I. Tant que
2o4 S i: li MON s Dl". M A SS 1 I.I.OX.
Aiis^i le iiiiiiisirn' (lii Wrhc liic;irii('' csl un iiiinislrre (le cioix cl (le soiilli'iilicc. I)rs le prciliicr ilisl.iiil (le son nnlon a\(M: noire nalni"!' dans le sein de Marie il renonce à Ja joie sensil)le dont il pouvoil jouir, dil l'ApoIre, et embrasse la croix (|uc la jnslice de son l'ère lui pri'seiile; dès lors, viclinic de nos |)(''cli(''s, il baisse son clief sacré sons la \erL;"e de la colère (li\ine (!t sent les premiers coups de la sévérilé due à 1" homme pécheiii'. Mais des rii^uenrs pins réelles rattendeni encore an sorlir de cet linmilianl séjoni'. A |)cine ses u.'ux s"ou\ riront à la lumière, (pTon en verra déjà couler des larmes précieuses; ses travaux croîtront avec ses années; la faim, la soif, la lassitude, (jui sont les peines de notre crime, deviendront l'exercice de son amour: il n'annoncera ([ne des croix et tles tribulations: il ne promettia son royaume qu'à la Aiolence; il maudira les plaisirs: il n'appellera heureux que ceux qui soull'rent; et, de peur que dans la suite des temps les hommes, toujours int^énleux à se llattcr, ne donnent à ses maximes des interprétations favorables à leur amonrpro[)re, il expirera entre les bras de la douleur, et sa doctrine ne sera que le récit de ses exemples.
Oi', je dis ([ue depuis que le Verbe incarné, pour nous montrer la voie du ciel et satisfaire ])0ur nous à la justice divine, est venu mener ici-bas ime vie triste et soulli'ante, le chrétien ne peut plus sans crime vivre au gré de ses sens, et se llatter d'arriver au salut par des routes douces et aisées. En ellét, depuis (pie [)ar ce mystère Jésus-Christ est devenu nouveau chef d'un peuple saint et source d'une nouvelle vie, nous ne pouvons prétendre au salut que comme membres de Jésus-Christ, c'est-à-dire comme faisant une })ortion de ce corps uiysti([ue et di\in ([u'il est venu former sur la terre : car ce corps mysti({ue tout seul
iMii i; I. A ir.Ti; di: i, i m: a m \ aï ion. .:!;i.")
|)(''ii(''(r(M';i les ciciix. dil r\|)(Hi(', cl ciil ii'i;i :i\('i- son clici et son poiilir»' dans le \ ('lilaMc sancliiairc Or. nies IVrn's, (|n"t'sl-((' (|n'('li(' nicinhic de .h'sus- (ihrisl? c'esL (Hi'c aninu' (le son es[)riu r"('sl \\\i\t de sa vie; <-"('s(, n'a^'ir qnc puises iinj)ressions; (-"csl ne l'oinicr an dedans de soi <|nc ses désirs et ses senlinicnls : //oc scnlilc lu rohis (jiuxL cl iii Chrislo .Icsii [Vww.ww, ii. W). (l'csl, m nn mol , sni\ l'c lu deslinée du dicr cl lui l'Irc conroianc : nionrir à ton! a\('c lui, être crncilii' a\cc Ini. ne [)us chei'cliei' su coiisulutioii en (•(; monde (■i)mme Ini.
Or, je \ons demande, mes IVèi'es. Iani;nlr tonte la \ie dans des muMirs indolentes et sensnelles; se Jivrer sans cesse ù tons ses i^oùts, poni'vn ([n'ils n'ollVent ])oinl tie crime: n"ètre occnpé qn'ù éga\ er rennni de la \ie mondaine, |)ai' lu vuriété des pluisii's et des spectacles agréables aux sens, et couler doucement ses jours sans autres soucis que ceux ([ni iiaissent de la satiété elle-même et de l'abondance , est-ce être membre de Jésus-Christ et animé de son esprit? Eh! qu'a de commun l'esprit de .lésus-Christ avec cette sagesse de la chair, qui n'est ingénieuse qu'à, se justilier à elle-même la mollesse des uKeurs, qu'à condamner l'obligation des souiTrances connue une invention humaine et une loi injuste: qui réduit toutes les maximes de l'Evangile à n'être ni im[)ie, ni ravisseur, ni l'ornicatrnr, ni adultère; qui confond la nature avec la grâce, et regarde la croix de Jésus-Christ comme un objet éti'anger à la foi et à la piété?
Ah! ce n'est pas- ainsi que ces hommes apostoliques, qui les premiers vinrent annoncer Jésus -Christ à nos pères, leur en parlèrent, mes frères : ISon ita didicisUs Christum (Éphés., iv, 20). L'esprit de Jésus-Christ est une sainte avidité de sonllrances, une attention continuelle à
2o(; Si: 15 MO.NS Di; M A S S I I.I.O.N,
iii()iliiici- r;iiin)iii--|)i'()|)i"(', ;i l'omprc s;i noIoiiU', ;i ri'priiiicises désirs, à icdaiiclicr à ses sens tous les adoiicissciiiciils iiiiililos : \()ilà le loiid du christiaiiisine e( ràiiie de la j)iélé. Si \()iis n'aAe/ [)as cet esprit, \oiis n'appartenez pas à .lésns-dhrist , dit l'Apùlre: en \ain vous n'êtes pas du noinhi'e de ces inij)ndi(pii'S et de ces saci"iléges (pii naiil'oiil point de part à son ro\annie, \(jns nc.w êtes pas moins étrangers par rapport à lui , vos sentirnenls ne sont pas les siens, ^ous \ivez encore sons la nature, vous n'aj)partenez pas à la grâce du Sau\'eLn': \ons |)éi'irez donc, puis([ue c'est en lui seul, dit rApùlrc (pie le l'ère a mis le salut de nous tous.
On se plaint ({uelquel'ois que nous rendons la piété rebutante et impraticable, en interdisant mille plaisirs que le monde autorise. Mais, mes frères, que vous disonsnous? Permettez-vous tous les plaisirs que Jésus-Christ lui-méjne se lut permis, la foi ne vous eu permet point d'autres; mêlez cà la piété tous les adoucissements que Jésus-Christ lui-même y eut pu mêler, l'Évangile ne pousse pas plus loin la condescendance; suivez tous les usages que Jésus-Chiùst lui-même eut pu suivre, la religion n'a pas d'autre règle : tout ce qui n'est pas expression des mœurs de Jésus-Christ, tout ce qui n'est pas impression de l'espi'it de Jésus-Christ, n'est ])as toujours, à la vérité, une œuvre qui donne la mort, mais ne sauroit être aussi une œuvre de vie, et est du moins toujours une démarche étrangère à ses membres, de laquelle il leur fera rendre compte.
Voilà, mes frères, le fondement de toute piété , l'Evangile du courtisan comme du solitaire, du prince comme du peuple ; voilà la source principale des règles des mœurs , et où il faudroit remonter pour trouver le point li\e qui
roi K i.A 1 i; I 1. m; i. i .m;.\k.\ a i id.n. 2;;:
rc'suiil loiilt's les (liriiciilti's (|iic \(mis nous propose/ s;iiis cesse poiil" ;iii(orist'i' ions les ahiis de la \ ic inondaiiic. ('."t'sl par \(>li'(' (diironnilc a\('c Jésus-filirisl (pi'il faut décider si \o(re étal est clii'étiun on piolanc, innoccnl on ctiluinel; toute autre règle est lausse pour vous, |)nis(pie. Jésus-Christ seul est votre voie; les usages, les cliaiigeuieiUs des ino'urs el des siècles, les 0[)iinons des lionuues, ne changent l'icn à cette règh.', pnisrpie Jésns-dlirist étoit hici'. est anjoiud'hui et sera toujours le même. Mon Dieu! que les décisions du monde sur les devoirs seront un jour étrangement renversées 1 et qu'on verra la |)robilé, la régularité mondaine, ([ui l'assnre ici-bas tant d'âmes abusées par une apparence de vertu, bien changer de nom, lorsqu'on les placera à côté de Jésus-Christ crucifié, qu'on y cherchera sa ressemblance et qu'on les jugera sur ce modèle !
Il est vrai que ce qu'il y a ici de consolant pour nous, mes frères, c'est que Jésus-Christ, en nous faisant une loi, j)ar le caractère seul de son ministère, de la violence et du renoncement, nous rend en même temps aimaljle la croix dont il niKis charge. SoulFrir ici-bas étoit pour nous un sort inévitable; mais, sans lui, l'homme eut sonllért sans consolation et sans mérite: il vient donc adoucir et sanctifier nos souffrances, et, loin de nous imposer un nouveau joug, il vient rendre dou\ et léger celui sous le({uel nos pères gémissoient depuis tant de siècles.
Premièrement, son exemple ôte aux soulfrances tout ce qu'elles avoient d'abject et d'humiliant : il est beau de souffrir après lui, il est glorieux de marcher sur ses traces. Jésus-Christ a pleuré, les larmes sont donc honorables à ses disciples; Jésus-Christ a souffert la faim et la soif, les saintes rigueurs de l'abstinence consacrent donc le corps n. 17
2;>S si; KM ON s ni'] MASSI l,i,().\.
du (idcio; Jésus-Clirisl a été humilié, caloiniiié, méprisé, les saintes luimilialions des disciples de la croix sont donc devenues d(!s tilr(!S d'Iionueu)', cl il (;st des iL!;nomini(^s soullertes j)0ur la jusiice plus ^loritMises même devant le monde f{ue toute la gloire du monde même.
Secondement, l'onction de sa grâce adoucit ce (jiie la violence et le renoncement avoi(;nt d'amer. Je conviens (pie se renoncer sans cesse soi-même, s(; disputer tout ce qui llatte, régler par la loi rigoureuse de l'esprit les désirs les plus innocents de la chair; être né vain, magnihque, fastueux, et se réduire à une modestie simple et chrétienne; aimer la joie, les plaisirs, les amusements de la société et des commerces,' et renfermer la vivacité de ces penchants dans le silence, dans la prière et dans la retraite; avoir reçu de la nature un caractère mou, indolent, ennemi de la contrainte, excessivement amoureux de soi-même, et asservir une chair qui se refuse au joug, aux devoirs les plus gênants et les plus tristes; je conviens, dis-je, que cette situation est pénible, et que cet état de violence, s'il n'étoit mêlé d'aucun adoucissement, lasseroit bientôt la foiblesse de l'honnne.
Mais la source des plaisirs véritables n'est pas dans les sens, elle est dans le cœur; or c'est là que Jésus-Christ
1. Au dix-septième siècle, commerce s'employait souvent au jjluriel dans le sens de relations.
« Il me semble que vous avez bien des commerces. » (M""^ de SÉvlG^É, Lettres, à M"'"^ de Grignan, 5 juin 1G80.) — « J'ai passé une jeunesse douce, libre, pleine d'études agréables et de commerces avec des amis délicieux. » (FÉNELOX, Lettres spirituelles, XXIX, édit. de Saint-Sulpice.) — « Les commerces du dehors perdent tous les couvents. » ( M'"^' de Maiintekon, Leitt'es historiques à M""-' de Saint-Pars., 1G89.) — « La passion de M. de Nemours pour M"'° de Clèves fut d'abord si violente, qu'elle lui ôta le goût, et même le souvenir de toutes les personnes qu'il avoit aimées, et avec qui il avoit conservé des commerces pendant son absence. » (M""^ de La Fayette, La Princesse de Clèves, l.)
l'Olii I.A llVri- Itl- l.l XCA I5\.\TI0\. 259
porte le remède et la (loiicnir d(î sa grâce. Tandis ([u'au dehors tout paroît triste, rel)u(ant, douloureux pour l'ànie lidèle, un consolateur invisible reiii|)lace ces amertumes par des tiélices (pu; le cu'ur tie riioiiunt; charnel n'a jamais goûtées, et lui dit sans cesse au loud du cu'ur, comme autrefois le père de Samuel disoit à son épouse ailligée : l*oui(pioi NOUS laisseriez-vous abattre par des maux qui ne sont (ju'a[)parents? retenez vos soupirs et essuyez vos larmes; ne puis-je pas moi seul \ous tt'iiir lieu de tout ce qui vous manque? et ma tendresse pour vous ne vaut-elle pas mieux que tout ce que vous j)leurez? Anna, rur /les? nuïnquid non ego nwlior tibi suni , quant decnn fdii? (I RiiG., I, S.) lui un mot, les [)laisirs des sens la laissoient toujours triste, \ide, inquiète; les rigueurs de la croix la rendent heureuse ; les pointes de la pénitence qui percent sa chair portent avec elles leurs remèdes; et semblable à ce buisson mystérieux, tandis qu'elle ne paroît oll'rir aux yeux des hommes que des ronces et des épines, la gloire du Seigneur est cachée au dedans, et avec lui il n'est plus rien qu'elle ne possède. Saintes douceurs des larmes et de la tristesse de la pénitence ! divin secret de la grâce, que n'ètes-vous plus connu de l'homme pécheur ! Troisièmement enlin, les promesses de Jésus-Christ ôtent aux soutlrances tout ce qu'elles avoient d'inutile et de désespérant. Avant sa manifestation dans notre chair, on soullroit pour la gloire, pour la patrie, pour la fortune, pour l'amitié ; mais l'orgueil étoit un Ibible dédonnnagement dans les souffrances, pour l'homme surtout qui veut être heureux : les applaudissements publics pouvoient charmer la douleur dans ces premiers moments, où l'ivresse et la nouveauté de la gloire et d'un vain héroïsme surprend l'àme et la tire comme d'elle-même; mais,
200 si;i{.M (>.\s i)i; massi i.i.o.n.
J'i\ rosse passrc, riioininc sciiloil l)icii son iii;illi<'iir et sa l'olic ; loin (les J('i;ai(ls |)iil)lics, Ions ces lici'os de pai'ade, CCS iiiaihrs de; Ja>aiiit('', rctoiiihoiciil sur ciix-iiiciiios et clicrclioiciit danlrcs adoiicissciiiciils à leurs iii;ii]\ (|iie ceux de la l'épiilalioii cl de l;i gloire: ainsi riionnne sonfiVoil alors sans l'ossonrce, pai'ce (jn'il ne sonllroiL (|ue pair les hommes.
Mais le lidèle (jni soidlVe, ([ni se pnnit lui-incmc. (pil polie sa croix, qni mortilie ses sens et répriu)e ses désii's, a un avenir éternel ponr lui. Quand même ses peines seraient ici-bas sans consolation, l'espérance seule, (pii est cachée dans son sein, les adoucirait; un couj) d'ieil sur les années éternelles rend à l'instant la joie et la sérénité à son âme ailligée ; un Dieu manifesté en chair est le garant de sa confiance ; en Jésus-Christ, ses soullrances trouvent un prix et un mérite digne de Dieu; par Jésus-Christ, elles sont présentées comme un sacrifice de bonne odeur au Père céleste; avec Jésus-Christ, elles ont déjà reçu en sa personne la gloire et l'immortalité qu'il leur a promise.
Que ces vérités consolantes vous soutiennent, vous, mes frères, qui êtes entrés de[)uis longtemps dans les \ oies de la justice et du salut; ne laissez point ralentir votre foi sous la pesanteur tle la croix que vous avez embrassée ; ne vous découragez pas des rigueurs et de la durée du chemin; ne vous lassez pas dans ces routes saintes. Ah! les jours de votre pèlerinage vont bientôt fuiir; vous touchez déjcà à la couronne immortelle, ces moments rapides de tribulation passeront comme un éclair: attendez encore un peu, le Seigneur ne tardera pas et il va paroître: nous le voyez aujourd'hui descendre dans notre inhrmité; ah! vous le verrez bientôt venir dans sa gloire. Qu'est-ce que le court espace de quelques jours de larmes et de deuil,
l'orn I. \ iFTi'; \)i: i; i m: a mnatk» \. it;\
(jul \(»iit ;iiissll(~il se perdit' et s"aii(''aiilir daii^ rahîiin' dt; rétt'i'iiitc? mais (jm- dis-jc, se [X'i'drc? se cliaiincr en iiiic vif iioiiNt'lie. l'ii lin jour serein et éternel, où les lainies seront essuyées et le deuil consolé? IVien ne péril pour U; juste: \i\ez(loiic de la foi: attende/ l'iinisible coninie si vous le voyiez déjà; pensez (pie toutes vos \iolences les plus secrètes sont remarquées par le témoin lidèle que vous avez dans le ciel, que toutes vos œuvres les plus légères sont com[)lées. (pie toutes vos peines sont mises en dépôt dans les tabernacles éternels, et que vos soupirs fervents sont conservés parmi ces parfums précieux rpie les \ieillards présentent autour de l'autel. Ainsi, plus \ons avancez vers le ternie. [)liis nous sentez votre ardeur croître et vos forces se renouveler. ()uel ])()iilieur de voir dans peu, et connue en un clin d'œil, ce nuage de notre mortalité disparoître, et le jour de l'éternité commencer! .Nous n"a\ons pas les mêmes paroles de consolation pour NOUS, mes frères, (pii \i\ez encore selon la chair: il seroit inutile de vous montrer des biens à venir, que vous ne goûtez pas, que vous ne connoissez pas, que vous ne croyez peut-être pas. 11 auroit donc fallu ici vous alTermir dans la doctrine de la foi , et finir en vous montrant cpie l'union incompréhensible de l'homme avec Dieu dans ce mystère confond la raison humaine et rend la foi, nonseulement néces.saire, mais encore l'aisonnable ; mais j'abrège. . ;' /. .,,':'
- ■ . TROJSTK.MF. PARTIE. j . ■
En elfet, mes frères, ce n'étoit pas assez que la sagesse de Dieu dans ce mystère eût confondu l'orgueil de l'homme, en ne lui faisant trouver son saint que dans les humilia-
"2(i2 si: inioNs dI'] m as si 1.1,0 x.
lions et rahaisscMiiciil ; ([ircllc cùl mis un (rein an\ (Irsirs (I(''r(^f^lés lie sa cliair, en ne Ini Jaissaiit, i)oni' partat^c que 1rs croix et les soullranccs; il falloit encore, pour l'eniédicr à toutes ses plaies, f|ircll(' captivât sa raison (qui dcj)nis tant de siècles TaAoit fait si tristement épjarei' dans ses pensées), en lui proposant pour l'objel, unique de son culte, de son espérance, de sa consolation, de sa science et de sa sagesse, l'union du Verbe avec notre chair; c'està-dire Jésus-Christ la Iblie de la raison humaine, et de toutes les contradictions la ])]ns incompréhensii)h' et lapins insensée en apparence.
Le moyen le plus sûr d'arrêter ces désirs insatiables et inutiles de tout savoir et de tout comprendre qui jusque-là avoient al)usé les maîtres tant vantés de la sagesse humaine, cette vaine confiance qui promettoit la découverte de la vérité aux seuls eiïorts de l'esprit, cette licence efl'rénée qui tous les jours enfantoit de nouveaux monstres en croyant trouver de nouvelles vérités, le moyen, dis-je, le plus sûr de l'arrêter étoit la folie de l'Évangile, je veux dire le Verbe fait chair, et la sagesse de Dieu inconnue aux puissants et aux sages du siècle dans ce mystère.
Parla, vous comprenez d'abord, ô homme! que l'Auteur de votre être ne veut pas vous sauver ])ar la raison, mais par la foi; qu"il se cache à vous; qu'il ne faut plus le cherche)' par les vains elTorts de l'esj^rit, mais yinr les mouvements du cœur; que la vérité, qui doit vous délivrer, ne vous est ici-bas montrée qu'en énigme, et qu'il faut croire pour comprendre : Crcdiic et inicUigctis. Ce n'est pas que la religion ne nous pi'opose que des mystèi-es qui nous passent, et qu'elle nous interdise tout usage de la raison : elle a ses lumières comme ses ténèbres, afin
PO ru i.A iiVii: Di-: i;i nca h nation. ■hv.)
<|in' d'um' pai't l'obrissuncc! du litlùle suit r;iis()nn;il)le, cl qui', (le Taulrc, elle ne soit ])as sans mérite. Nous voyons assez ])our éclairer veux ([ui veulent eonnoître: nous ne voyons pas assez |)our l'orcer ceux ({ui refusent de voii": la religion a assez de i)reiives pour ne pas laisser nne âme lidèlc sans assurance et sans consolation ; elle n'en a pas assez pour laisser l'orgueil et l'incrédulité sans réplirpic. Ainsi la religion pai- sou côté hunineux console la raison, et son côté obsciu" laisse à la foi tout son mérite.
dépendant tout est plein aujourd'hui de chrétiens philosophes et de fidèles juges de la foi. On adoucit toiil, on domie un air de raison à tout; en retenant le fond de la doctrine chrétienne et de l'espérance en Jésus-Christ, on croit se faire une religion jilus saine eu se la faisant plus clain; et plus intelligible; tout ce qui tient tant soit peu du prodige et du surprenant, on s'en dehe; on forme des doutes sur ces llan^imes éternelles que la justice divine a préparées à l'impudique et à l'impie; on veut entrer dans les desseins de Dieu sur les destinées des hommes, et, p;udes idées tout humaines de sa bonté, réformer ce qu'ils ont, ou d'eiïrayant, ou d'incompréhensible; on ose examiner si nous pouvons être les héritiers de la faute ou du châtiment de nos pères, et si notre profonde corruption n'est pas l'ouvrage de la nature, plutôt que du péché; on demande sans, cesse pourquoi des penchants de plaisii-, qui semblent être nés avec nous, peuvent nous être imputés comme des crimes: on trouve des inconvénients dans l'histoire vénérable de nos livres saints; on s'érige en censeur de ces faits éclatants et merveilleux, que des hommes inspirés nous y ont conservés, et que le bras du Seigneur opéra autrefois pour la délivrance de sou peuple; on cherche comment il a })u créer un monde qui n'étoit pas ;
"icv si:i!M()\s ])]■: massi i.i.ox.
l'Xlcniiincf loiilc clKiir (Lins les ciiiiv du .[('■lii^c, s.'iiivcr la race des lion unes cl des animaux dans un scnl asili'. (mi\ rir cl Icrnicr la nici' poni' lacililcr la l'nilc à son pcnpic, le nonirii" dans le (N'sci't d'un pani nrM'acn!:'u\ . le condiiii'c dans une nnéc (''clalanlc . et oi'donncr in<~'nic an soleil de pi'olont;"er sa coni'se pour a.cliever de le rendi'e \ain(pienr d(\s ennemis de son nom : (pie dirai-je? on Ncnl tr()n\('i' dans les r()r(a's de la nature la possihilih' de ces prodiges ('clatanls , on la loi di' nos ])(''i"es a lonjoiu's r(^c()iinn le doigt (le Dien ; et l'on (•liaiige l'Iiistoii'c de la feligioii et (les manifestations duSeignenr aux bonmies en des ('V('ncments presfpie tout naturels et des monuments trop vant(''S d'inie |)ru(lence tout liuniaine. C'est ainsi, (') mon Dieu! (jue riionnne insensé se dispute à lui-m(^'me la consolation de croire que vous avez o])éré des merveilles en sa faveur, et qu'il se fait une étude d'inlirmer les plus beaux titres de sa gloire et de son espérance.
Mais, mes frères, depuis (jue vous adorez un JTieu fait liomme, c'est une folie, dit un Père, de vouloir raisonner sur tout ce (pie la religion nous propose d'inaccessible à la raison. I! n'est [)lus rien d'incompréliensible que Jésus- Christ Homme-Dieu n'aplanisse et ne rende croyable : ou renoncez donc à Jésus-Christ, ou avouez cpie Dieu peut faire ce que vous ne pouvez comprendre ; ou blasphémez avec l'impie qu'il n'est plus que le fds de Marie et de Joseph, ou, si vous confessez avec la piété qu'il est le Christ Fils du Dieu vivant, cessez de trouver des difficultés dans les autres mystères de la foi, un chrétien ne doit plus rai-onner sur les voies de Dieu, s;'il raisonne conséqueimnent. Ainsi rA})(jtre appelle Jésus-Christ l'auteur et le consommateur de notre foi : Aiictorcui fidci cl ro))sii)iini(itorcni Jcsiim (Hi:r.R., xii, '2) : il en est l'auteur, parce qu'il nous
l'oi i; i.A I i: I !•■ 1) I-; i,' i nca i; .\ ai ion. it;:)
riiispirc : il cii csi le (•oiisomiiialciii' . \KWcr (\\\"\\ en est, |)(iiir ;iilisi diic. I;i pclTcclioil fl le |»lll^ ll.ml pniiil, cl (|ii';i|)i(''> lui, la lui ne peut rien nous pi'dposri- de pins (■'l('\i' cl (le plus inaccessible a la l'aisoii liiiiiiaiiie.
Mt'diloiis donc sans cesse, nies l'ièfcs, le ni\sL(''n; de .lesns- CIn-ist llonnne- Dieu : en lui nous trouverons le denoùnieni de (oiites les diUicnllés, parce (n^ru lui nous IrouNcrons un mcud encore plus inexplicable : il éclairera noire raison en achevanl de la confondre, et nous coiidnli-;i à rint('lliti;ence en nous faisant s(;nlir la necessilé de la loi. Imitons la docilité de Marie, devenue aujourd'hui la mère (\\i Wrbe Incai'ué. l/en\o\ (' du ciel lui ainionce (pTelle scM'a vierge et féconde; que ce (pii naîtra en elle sera le fils (In Très-IJant et l'ouvrage uni([iie de l'Esprit-Saint : cpioi de [)lus ])ropre à révolter la raison tout entière? (If^pendanl sans hésiter, sans examiner, sans demander de signe pour garant d'un mystère si incroyal)le, elle croit, et adore la puissance et les desseins de Dieu sur elle. Zacharie avoil trouvé, dans l'âge et dans la stérilité d'Elisabeth, des raisons spécieuses pour douter de la promesse divine, et, malgré les exemples célèbres de Sara et de la mère de Samuel, il hésite et se déhe. Marie au contraire, dans un mystère où tout est nouveau et incompréhensible, oîi elle ne trouve rien dans l'histoire des merveilles du Seigneur (pii puisse la rassurer par la ressemblance, ne veut point d'autre garant de sa foi que la toute-puissance et la vérité de celui qui l'exige. Une vierge simple et innocente croit sans hésiter; un prêtre instruit dans la loi doute et se délie de la promesse divine. Les grandes connoissances oient toujoiu's quelque chose à la simplicité de la foi, et, par un destin inévitable à la recherche des sciences humaines, inséparable d'ordinaire de complaisance et d'orgueil, la, soumis-
ixif, si;k.M(»\s I)i: m ass i ij^o.n.
sion (|iii nous i'oik] lidrics sombU; |)(!r(li"(> d'un rôtr ce que l(>s Imiiifrcs qui nous rendent lial)i]es f^af^nent de l'antre; conunc si plus on cloil ('claii'é, plus on ne d(!Voil pas voii" clair dans la roihlcssc de la raison cl d;nis rinccrlilndc et rohscui'lli' (le ses lumières.
l'^t cerics, mes Crères, que servent les vaines l'rJlcxions sur la doclriue sainte? Si le salut éloit le fruit de la raison, \()us auriez sujcl de \ous di'liei' de ton! ce rpie xous ne; pouvez conq)rendre; mais la, justice vient de la foi et se perreclionnc |)ar la loi : ])oui"quoi craignez- vous donc, comme un écueil, de saintes obscurités, qui sont devenues votre voie et votre remède?
Vivez donc de la foi, mes frères; commencez par purifier votre cœur , l'innocence est la source des véritables lumières; rappelez Jésus -Christ au dedans de vous, avec lui vous avez tous les trésors de la doctrine et de la sagesse; établissez -vous dans la charité, c'est le seul moyen de trouver la vérité; on ne connoît Dieu que lorsqu'on l'aime. Souvenez-vous qu'un corps corrompu ne sauroit aM)ir une raison saine et épurée; que plus vous appi'ocherez de Dieu par la grâce, plus vous partici})erez à ses lumières: plus vous avancerez dans la voie de ses commandements, plus vous croîtrez de clarté en clarté; plus enfin vous sentirez s'éclaircir dans votre esprit ces vérités divines que nous verrons un jour à découvert, lorsque nous lui serons devenus semblables, comme il devient aujourd'hui semblable à nous.
A iiisi soi /'il.
si: KM ON
inssioN i)K \()TI!i:-si:i(;m:i r, .ii';si s-cniiisï
r.ijo in hoc iinlins .sioh, d nd hnc roil hi iinindinii , lit Icsliiiioiiiuin pn-lii!>i'(iiii jvcilali.
C'est pour cela que je suis né, et que je suis venu dans le momie , afin de rendie tiMiioigiiagf» à la vérité.
( .!OAN., XVIII, :n.)
L"op|)()sirioii à la \<'Mil('' a tc^njoiirs été le caractère le plus essculit^l (lu monde, vt la peine la plus universelle du péché. Depuis qne l'homme eut eiïacé de son cœur la loi éternelle, cjue la main du Seigneur, en le formant, y avoit gravée pour Téclairer et jioiir le conduire, et rpi'il eut substitué à cette lumière divine, née avec lui, ses passions et ses ténèbres, il se forma entre lui et la vérité une opposition invincible, qui alloit toujours croissant à mesure que le monde, toujours plus corrompu, s'éloignoit de la pureté de sa source , et que la malice des hommes se multiplioit sur la terre.
Il est vrai , mes frères, qu'au milieu des ténèbres qui couvroient la face de l'univers, Dieu faisoit luire encore de temps en temps sa vérité et sa lumière. De siècle en siècle paroissoient des hommes justes suscités d'en haut, pour rendre témoignage à la vérité et empêcher les erreurs
-2(58 si:ini(>\s Di-; m \ssi i.i,()N.
cl l(S |ia«;si()iis de prcsciii-i^ coiilrc clic. Depuis le sanij; d'Abcl iiis(|n'à .Icaii-l'aplislc . le ciel a\()il loiiiaii à la l(MTe liiic tradition non inlcii'onipnc de inoplirlc- , de niailyrs el de ti'niolns de la \(''rit('' : les nns aNoicnl rendu h'nioi- U'iia<ro à la v(''rit('' par leur santr, connnc Alxd: les anli'es par lenr roliiiion, coinnie Knos ; qnclrjncs-inis par leur innocence, coniine Noé : d'anires pai' la loi, connnc Abraham; Isaac , par son olx'issance : .loi), |)ai' sa palicnce: Moïse, ])ar ses p)i'odiges: cnliii, poin' rendre le monde inexcusable, la vérité ent dans tons les siècles des témoins études défenseurs qui s'élevèrent contre le monde et qui conservèrent parmi les hommes le dépôt de la docti'ine et de la vérité, que le luonde, lualgré ses pi'écautions, ii'avoit jamais pu éteindre tout à fait sur la terre.
Cependant cette nuée de témoins, connue pai-le l'Apôtre, qui de siècle en siècle avoient rendu témoignage à la ^érité, avoient pu, je l'avoue, condaimier le monde par la vérité, mais ils n'avoient pas délivré le monde par clic, ha vérité avoit donc besoin d'im plus grand témoignage ; il falloit que celui qui est la sagesse et la lumière du Père M'nt lui-même nous rendre témoignage de ce qu'il a\oit vu: qu'il confiruuit sa doctrine par son sang; que sa doctrine purgeât la terre des eri'eurs qui jusqu'alors l'avoient inondée, et que Jésus-Christ crucifié fût, jusqu'à la lin des siècles, le grand témoin de la \érité contre l'aveuglement fin monde et l'erreur de ses maximes.
Le mystère des douleui's et des ignominies du Sauveur nous oll're donc aujourd'hui deux spectacles bien dilVérents : d'un côté le nionde si aveugle et si opposé à la vérité, qu'après a\oir rejeté dans tous les siècles le témoignage des justes et des prophètes, il rejette encore anjouid'hni celui de .lésus-Christ lui-même; d'un antre côté,
PASSION i»i: -NO I i;i:-si:i(iM;ri; .ii;si s-ciiius r. wj
Ji'siis-C.lii'ist siii- la croix dcM'im le ^raiid Iriiioiii de la vt'rilr. |)(uir coiirniKlic jiis(|ir;ï la lin Iju cii^lciiiciiL du iiioiidi-, (•"('S(-;'i-dii(' la iimmI de Ji-siis-Clirlsl dcvciiiio la plus grandi' (mciinc de roppositimi du iiiniulc pour ia Noritr, cl le plus i^raiid Irnioi^-iiat;!' dr la xiM'ili' coiilrc le monde.
0 niou SaiiNcui' I jusfpu's ici nous axons olVcrl, coiiinic le monde, un nviiv rebelle à la xérilé de Notre docti'ine; nous avons écouté votre parole sainte, durant ces jours de pénitence et de salut, avec la même insensibilité que Jérusalem vous écouta autielbis durant les jours de votre ministère. Mais aujourd'hui, Sei<2;neur , où vous ne parlez plus ([ue [)ar \()s douleurs et [)ar vos opprobres, où vous ne laites plus ententlre ([ue la voi\ de votre sang, aujourd'hui où. attaché à ce troue d'ignominie, vous êtes deveiui le grand témoin de la\érité contre le monde, ne pei-mettez pas (pi'uue instruction si nouvelle et si touchante nous trouve encore insensibles. Nous venons mettre au pied de votre croix des cœurs à la vérité encore pleins de passions et d'attachements injustes, mais laissez couler sur nous une seule goutte de ce sang que vous oil'rez aujourd'hui pour nous à votre Père, et nous serons purifiés; jetez sur nous, comme sur ce pécheur heureux qui expire à vos côtés , un regard de miséricorde , et nous serons sauvés ; délivrez-nous parla vérité, dont \ous êtes aujourd'hui le grand témoin, et nous passerons de la servitude du monde et du péché à la sainte liberté des enfants de Dieu. C'est ce que nous vous demandons prosternés au pied de votre croix : O crn.i., arc.
270 si-:i;.MONs \)i: m assi llo.n.
1' 1! !■. \i 1 i:iU': l'A ni I !•;.
Le, iiioiidc ii"a jamais aliiir la vt'ril»', parce (jur la M'i'itr a loiijoiii's coïKlaiiiiK'' lu iiioiidc : les lioiiiiiK's mmiIciiL jouir ti'aii(|ui!l('iii('iil du leurs erreurs el de leurs ciiiiK's; el coiiime celle l'auss*; traii([iuHilé ne peut durer (iiTaussi l()ui;-teiii[)s ([u'ils peux eut réussir à s'aveugler eux-inêiiies, toule lumière qui ouvre leiu's yeux à la \ériié les blesse el les révolte.
De là les justes et les prophètes, que le Seigueur, dans sa miséricoi'de , suscita de siècle en siècle à la terre, pour être les témoins de la vérité , furent toujours odieux aux hommes et réprouvés d'un monde dont ils venoient condanuier les maximes. Isaïe, malgré le sang des rois dont il étoit issu, vit tout Jérusalem conspirer sa perte, et vouloir éteindre dans son sang la vérité , qui ne meurt pas avec les justes qui meurent pour elle. Jérémie ne l'ut pas plus favorablement traité de son peuple , et les chaînes et les prisons devinrent })our lui le })rix de la vérité, dont les persécutions des méchants sont toujours ici-bas la récompense. Élie ne trouva dans Israël que des cœui's rebelles à la vérité, et les montagnes les plus inaccessibles purent à peine lui servir d'asile contre les end)ùches des impies. Enhn le monde, toujours opposé à la vérité, s'est toujours élevé contre ceux qui venoient le troubler dans la possession paisible où il étoit de ses erreurs et de ses maximes.
Cependant il est vrai rpie c'est par la condamnation et la mort de Jésus-Christ que le monde donne aujourd'hui la plus grande et la plus éclatante preuve de son opposition pour la vérité, c'est-à-dire pour la vérité de sa doc-
l'AssioN Di'i NO ri{i:-si';ii iM:rii .ii:si s-ciiuisi. r.i
trille, des Ecriliircs, de ses miraclos, tic son iiiiiocciicc cl (le sa royauté. Sui\oiis toutes ces circoiistanecs.
Je dis, |)i'eiui(i'eui('ul , une opposiliou à la \éri!('' de sa doclriiie; et c'est le respect liiiuiaiii <|iii la luiiiic. cette o[)i)ositiuii, inèiiie tlaus ses disci[)les. En \aiii le Saii\<Mir les a\oit |)ré|)arés au scandale de sa croi\, eu leiu- aiiiioiiçaut soin eut ([u'il lalloit (|ue le (llirist soull'rit et (ju'ij eiiuàl ainsi dans sa t^loire; (|u'ils ne dc\oieiil se |)i-oiiielti"e de [)art à son rojauine, ([u'autant ([u'ils eu auroieut à rainertuiiie tic son calice, et que bienheureux ceux qui soullrent et qui sont persécutés; en vain tout(; sa doctrine ii'étoit (jn'unc prc[)aralioii aux croix et aux souIIVances : dès que le monde se déclare contre lui, ([ue les prêtres s'assemblent, que les docteurs conspirent, que le peuple murmure, que tout Jérusalem le rejette, ils chancellent , ils sont découragés, et voici jusqu'où le respect humain et la crainte du monde les aveugle sur la \érité de sa doctrine.
Dans Judas, elle forme un periide qui trahit son di\in Maître et qui se joint à ses ennemis pour le perdre; ce disciple infortuné, intimidé par le déchaînement des principaux de Jérusalem contre le Sauveur, ne se contente pas de l'abandonner; il s'adresse aux princes des prêtres, il devient le principal ministre de leur jalousie et de leur fureur : Que coulez-vous i/w donner, leur dit-il, et je cous le lirrerai? (Matth., xxvi, 15.) Mais que peut vous donnei' le monde, disciple infidèle, qui puisse remplacer ce que vous allez perdre et ce que vous aviez reçu de Jésus- Christ? Quoi? la gloire et l'esprit des hommes? mais votre nom étoit écrit dans le ciel, et il va devenir à jamais l'opprobre et l'horreur de toute la terre; le monde autorise le vice, mais au fond il n'estime que la vertu. Quoi?
27^2 si:iiM().NS ni-; massi 1,1,0 N.
(les lilrcs cl des lioiiiiciii-s? mais .U'siis-dlirisl nous axoil ('•laltli paslciif de son I i(iii|M'aii , coloiiiic de son l'^;^lis(,', niincc (l'nn non\can pcnpic; cl ponr remplacer ces titres ani;'nstcs, le monde \a \ons d<\nra(lcr jns(|n'an\ minis- Icres les pins \ils et les pins inlànies: (|n'on est gi'aiid , (piand on e.st à Jésus-dhrist I cl (piOn est iiiéj)risal)le et (l(''\()né à tont ce (jii'il y a de pins bas et de ])lus lâche, (piand on est cscla\c dn monde! (hioi? des biens et des richesses? mais Jésus-Christ xons a\oit conlié les trésors du ciel, il vous avoit donué toute la terre pour votre partage; tout étoit à \ous: et le monde ne nous paye en échange (pic d'ww \il prix, ({ii'll vous iait attendre longtemps, et doni le premier instant de possession vous dégoûte : le monde j)roniet beaucon}) et ne donne rien ; Jésus-Christ donne toujours au delà de ce que nous attendons, et ses dons surpassent toujours ses promesses. Quoi encore? des plaisirs réels et une félicité durable? mais Jésus-Christ vous auroit laissé la paix du cœur qui est l'héritage de ses disciples et la seule source des vrais plaisirs; et le monde ne va vous laisser que des remords cruels, un all'reux désespoir et tout le })oids de votre crime : le monde mène par les plaisirs aux amertumes des passions; Jésus -Christ mène par la croix à la paix du cœur et aux plaisirs ti'anquilles et solides de l'innocence. Que voulez-vous donc qne \ous donne le monde? Connue on n'en peut rien espérer, on n'en devroit aussi rien craindre.
Mais la crainte des hommes, qui avoit été la première soui'ce de la perlidie de Judas, devint celle de la défection des autres disciples. Le pasteur frappé, les brebis sont dispersées. Ils l'avoient suivi généreusement tandis qu'ils l'avoient vu maître de la mort et de la vie, et attirer après
PASSION 1)1-: N()Ti;i: si;ii;M;ri; .iKsrsciiiiisr. ■>::]
lui les |;-r;ui(ls cl le peuple |);il" l'ecliil de ses prodi^n--; ; Il leur paioissoil henii alofs (rèli'e (h; ce pclil imiiihic de disciples (pi'il a\()il choisis; ils ne l'Oiigissoieiil pas de lui appaiieuir, et ils s'eu l'aisoieul uit'uie une gloire de\ a ul les lidunues : u)ais dès ([u"il est saisi, lié, méprisé, ils su cacluMit; ils ue le c()uui)isseul plus: sa folblcsse les scandalise: ses opprobres tani de l'ois aunoiicés les dccoiira|i;ent. La verdi applaudie. Iiouorée, favorisée, ue uiaurpie jamais de sectateurs; la \ertu méprisée ou persécutée ne troine [)lus personne (pii ose se taire un liouneur de se déclai'ei" tout haut [)Our elle.
Pierre lui-même, (pii, loin des dangers, se promettoiL tout de son courage, n"est pas à Tépreuxe d'une si dangereuse tentation. On lui demande s'il n'est pas disciple de cet homme : Xnuup/id et tuer disripulis es /tcnaiiu's ia/iifs? (JoAN. , xviii, 17.) C'est-à-dire, s'il n'est pas du [)etit u(unl)re de ces lionmies henreux à qui le Père céleste avoit révélé le mystère du Christ; c'est-à-dire, s'il n'est pas de ces dépositaires de sa puissance auxquels il a confié les clefs du ciel et de l'enfer, le pouvoir de marcher sin- les serpents et de disposer à leur gré de toute la nature ; c'està-dire, s'il n'est pas de ces fondateurs de son Évangile ({ui vont planter la foi au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, conquérir tout l'univers, renverser tous les autels })rol'anes, confondre toutes les sectes, éclairer toutes les nations, rendre nuiette toute la science des philosophes, soumettre les césars, porter le salut à toute la terre, et qui doivent à la ihi paroître au milieu des airs sur douze trônes de lumière, pour juger les douze tribus d'Israi'l: c'est-àdire enfm , s'il n'est pas de ces nouveaux ministres de son sacerdoce qui vont être les premiers pasteurs de son Église, les pontifes des biens véritables, les Melchisédech
274 SKiniDNS Dl'] MASSILLON.
d'un peuple saint, les médiateurs d'une alliance nouvelle, les conciliateurs des hommes avec Dieu, aux pieds desquels les princes et les rois de la terre viendront courber leurs têtes su])erbcs et nieltrc. leurs sceptres el leurs couronnes? JSumqiiid et lu ce discipidis es lunninis istiiis? Est-ce donc d'avouer tant de gi'andeur, tant de gloire et de magnificence, que vous rougissez, foible disciple? Nnuiquid et In ex discipulis es lioiniids istins? (hteik; i'oliu de se l'aii'e une honte devant les hommes du titre de disciple de Jésus- Christ! Le monde, avec toute sa gloire, a-t-il rien de si grand , de si haut , de si estimable , de si digne de la raison, que la vertu véritable?
Cependant Pierre n'ose s'avouer disciple du Sauveur; une lâche timidité l'aveugle; il déclare qu'il ne connoît point cet homme : Non novi liominetn (Matth., xxvi, 72); il afl'ecte d'ignorer jusqu'au nom de son divin Maître. Lâche disciple! Mais c'est là ce Jésus, (|ui de pécheur de poissons, vous avoit fait devenir pêcheur d'hommes, et qui pour votre barque et vos fdets vous avoit établi le chef et le principal ministre de son Eglise : Aon noci liominnn -^ il ne le connoît plus. Mais c'est là ce Fils du Dieu vivant que vous aviez confessé si généreusement et pour qui vous aviez tant de fois protesté ({ue vous étiez prêt de ' mourir :
1. Prêt de. pour prél à, Otait d'un usage très-fréquent au xvii'' et même au xviu" siècle :
Comment faut -il ècoutcîr la vérité? — W la faut écouter avec docilité, et avec un cœur prêl de la recevoir. (Nicole, le Décalogue, sect. l''".) — C'étoit la coutume d'instruire les catéchumènes dans les cimetières des martyrs, afin qu'écoutant ce qu'ils avoient dessein d'apprendre, ils vissent au môme temps à quoi ils dévoient être prêts de s'engager. (Fléchii:r, Panég. de saint Ignace, I.) — M. le marquis de Volory, ci-devant envoyé auprès de Sa Majesté le roy de Prusse, est prêt de déposer qu'il vit en •1752 cet écrit infâme. {Voltaire et le Président de Drosses, Voltaire au roi de Prusse, lettre xxxvi, p. 62.)
l'ASSION hi; NOTUIl-SI- KlMil K .1 î:Sl S-CIUUST. nii
Non nori lioNiinnn : il ne nciiI plus le coiiiioiirc. M;ii.s c'est là ce bon inaîti'c (|iii nous ;i\()ll lniiKtir (h? s;i |)liis Iciidre laniiliarité, (|ui \uti.s uNoit admis ;i ses [)liis secrèles faveurs et toujours préféré à tous les aiiti-es disciples; il allecte d'en ignorer jusqu'au nom : Non nori hoininnn. Mais c'est là ce Seigneur (|ui vous s()ut(;noit sur les Ilots, à qui les vents et la nier obéissoient, et (pie vous aviez vu sur le Tliabor environné de tant de gloire et d'immortalité ; il ne le connoît plus : Non noci Jioniineni. Mais enfin, c'est là le Christ à qui tous les proj)liètes ont l'cudu témoignage; cet Agneau de Dieu que Jcan-lJaptiste vous a montré; que tous les sacrifices avoient figuré; que tous vos pères avoient demandé; que les hommes appeloient, il n'y a ([u'un moment, les mis l'^lie et les autres Jean- Baptiste ou quelqu'un d'entre les prophètes, et que vous aviez reconnu vous-même pour le Fils et l'envoyé de Dieu, qui seul avoit les paroles de la vie éternelle; il ne le connoît plus : Non nori Jioniinnn. 11 oublie ses bienfaits, ses miracles, sa doctrine. Jus(pi'où le respect humain n'aveugle-t-il pas un cœur foible et timide ! et quand on craint encore les hommes, de quoi peut-on répondre de soi-même à Jésus-Christ?
Quelle foiblesse, mes frères! craindre les yeux du monde, quand on obéit à Dieu! se glorifier de servir les rois de la terre, et avoir honte de servir celui que les rois eux-mêmes servent et par qui seuls ils ont droit de régner! avoir eu la force de vieillir dans le ser\ice d'un monde misérable, d'en soutenir les amertumes, les caprices, les assujettissements, les dégoijts, et n'avoir pas le courage de consacrer publiquement à Jésus-Christ les restes d'une \ie mondaine, et de remplir à la vue des hommes la grandeur des devoirs qu'il nous impose et la
27(i Si:U .M(».N> l»l'; M ASS I IJ.O.N.
noblesse de ses iii;i\iiiies ! (hielle loihlessel s'èlre l'.iit lioiliiciii- (le sacrilier au monde, et souvent à des maîtres injustes et l)izaiTos, son repos, sa santé, sa conscience, et n'oser pas même sacrilier du monde à Jésus-CIirist ses discours lVi\oles et ses vaines censures I 0 uion Dieu, le monde aura-t-il toujours des partisans déclarés de ses illusions puériles? et la sublime sagesse de votre doctrine ne trouvera- t-elle jamais que des disciples tremblants et timides? Foiblesse et timidité dans les disciples, qui les aveugle sur la vérité de la docti-ine de Jésus-Ciu-ist. En second lieu, jalousie dans les prêtres et les docteurs, qui les aveugle sur la vérité des Écritures. (î'est là que Jésus-Clirist les avoit souvent renvoyés, comme au témoignage le moins suspect de la vérité de son ministère : Lisez les fù-rif lires, leur disoit-il souvent, ce soiil elles qui rendent témoignage (le uu)i (Joan., v, 39). Le sceptre de Juda entre les mains d'un étranger ne leur permettoit plus de douter que les temps marqués ne fussent arrivés, et que celui ({ui devoit être envoyé ne dût enfin paroitre ; les aveugles éclairés, les boiteux redressés, les pauvres évangélisés, et mille autres traits de son ministère, leur disoient assez que c'étoit de lui dont' Isaïe et les autres prophètes avoient parlé lorsqu'ils avoient annoncé le Christ. Mais l'envie qui les aveugle l'emporte sur la vérité qui les éclaire ; la grande réputation de Jésus-Christ et son zèle contre leur hypocrisie forme en eux un aveuglement de jalousie qui ferme les yeux à tout ce qu'ils doivent à la vérité; plus la sainteté de Jésus-Christ éclate, plus leur injuste passion s'aigrit et s'allume, et en voici toutes les démarches et tous les caractères.
I. On dirait aiijnurd'luii que. mais le tour serait moins énergique.
PASSION Ith: NOTIii: -Si;i(i\ i;r|{ .IKSIS-C IlItlSÏ. :>77
l'iciMirrciiiciil , la iiiaiiNaisc foi : fine /'cnnis - tiaits'/ (lisfiil-ils , rttf Cil liinniNc j'iiil /ilifs/ii/rs /irod/f/cs, cl loi/l le peuple eoiiii après lui. Ils ne |ii'ii\ciil se (lissiiiiiijcr à ('ii\-inrm('s la M'ritf (k' ses iiiiiaclcs : (Juin hic Inniiii )inillii siyiKi fiicil (JoAX., XI, hl): ils en coiix icniiciU L'iisciiililf . mais c'est cela iik'iiic (|iii les ai!;j;ril et les a\('iii;lt' : ils se sentent diiiiiiiiM'i' dans rcsiiinc du peuple à niesnic (|ne la répnlatioii de .It'siis-Chiisl sélabiit et s'augmente. Que ferons-iions? disent-ils : ()uid facimus'.' Aveugles et condnctenrs d"a\eiiglesl ce (pie nous lerez? c'est de \(>ns écrier a\ec le peuple : ()hc le Seigneur a visité Israël el (pi'nn (jnnul prophète a été suscité parmi roiis (Luc, vu, l(i); c'est de lui dire a\ec le scribe instruit dans le royaume des cieux : Maître, nous saroiis cjue rous clés c/iroi/é de Dieu : car personne ne j)enl faire les o'urres (pie rous faites, si Dieu iiest avec lui (Joan,, ni, :2). Ouid facinms? ce. que vous ferez? c'est de dire avec l'aveu glené : Seigneur, nous croyons que rous êtes le Fils de Dieu (Ihid., IX, 38); avec une femme tyrienne : Fils de Darid. ai/e: pitié de nous (.Mattu., \v, '1'2): avec le juste Siméon : ^ous mourrons en pai.r inaintouint , puisque nos ijeu.v ont vu le st/lut de Dieu (Luc, , ii , "29, 30); avec les disciples : A qui pourrions-nous aller désormais , puis<pie vous ave: les paioles de la vie éternelle (Joan., vi, (iV))? enfin du moins avec les dénions : iSous savons qui vous êtes, ô saint de Dieu'. (Marc, i, 'Ih.) Ouid facinuis? ce que vous ferez? Ah ! Tyr et Sidon, où il n'a jamais opéré des prodiges, pourroient dire : Que ferons-nous? et qui nous montrera le salut promis à la terre? Les nations qui le désiroient depuis tant de siècles auroient eu le droit de dire : Que ferons-nous? nous avons attendu la lumière, et nous voici encore dans les ténèbres. Les rois et les pro-
278 SKIJMONS DE MASSFIJ.ON.
phètes, qui avoicMil laiil souliaitr de le voir, anroiciil pu sV'crier : Que fei-ons-nous, puisqu'il larde taut de veuir? et (\\n nous apprendra le jour de son arrivé(3? Mais vous à (pii la i;ràce de Dieu, notre Sauveui', a apparu; vous dont les yeux ont été assez lieureux pour \oir ce; que tant de j)ropliètes avoient prédit, ce que tant de justes avoient désiré, ce que tant de nations avoient attendu, ce que le ciel avoit promis depuis tant de siècles à la terre; vous à f|ui le Père céleste a nionti'é son Filsbien-aiuié, que pourriez-vous avoir à faire que de l'écouter et recevoir le salut depuis longtemps promis à vos pères?
Et voilà le premier caractère d'une injuste jalousie, la mauvaise foi. On dispute tout haut à ceux dont on regarde l'élévation avec des yeux d'envie des talents et des qualités louables, qu'on est forcé de leur accorder en secret; on trouve à leurs vertus mêmes un mauvais côté, quand on ne peut les travestir en ^ices; la môme jalousie nous éclaire sur ce qu'ils ont d'estimable et nous le fait mépriser ; on est ravi de mettre le public contre eux, tandis que notre conscience mieux instruite les justifie; ainsi le ])laisir qu'on a de tromper les autres à leur égard n'est jamais parfait, parce qu'on ne sauroit réussir à se tromper soimême.
Secondement, la l)assesse. Ils chei'chent eux-mêmes en secret un faux témoignage contre Jésus-Christ, et ils n'en sauroient trou^ er : l'J/ qiKrrcbdul fals/nu /rstinioju'inn contra Jcsum, et non inrcncrnnt (Matth., xxvi, 59, 60). S'ils en eussent cherché de véritable, ah ! tout eût répondu en faveur de l'innocent; le peuple se fût écrié que Dieu nuirait juuuiis donné u)ic telle puissance aux hommes (Ibid., IX, 8). Tant de morts ressuscites, tant de malades guéris auroient protesté qu'il est la résurrection et la vie
i'\ssioN Di' NOTijF.-si' ii;Ni:rK .ii:sis-(:nr.iST. 579
(J(»\N.. \i , '2.")). Taiil (le |)(''cIi(M"t'SSCS coiivcrlies ;iiiriilciit publié fjii'on ne pi'iit résister (ni.r piirolcs de f/ràrc cl de sifliit qui .sorfr/i/ de st/ hoiirhc [Iac, iv, '2'1). l-es pierres elles-mêmes du temple auroient crié à leur manière que le zrlc de la iniiison de son Pire le dirore ^.lo.vx.. ii, 17). Que de lumière, s'ils avoient voulu \(iir ! et sur combien de vérités faut-il s'aveup;ler, et à coml)ien de bassesses est-on réduit à se livrer, quand on s'est une l'ois livré à cette passion injuste!
Kt c'en est le second caractère. Les voies que prend la jalousie i)Our nuire sont toujours secrètes, parce qu'elles sont toujours basses et rampantes. On se glorifie des autres passions: un ambitieux se lait honneur de ses prétentions et de ses espérances; un vindicatif met sa gloire à faire éclater son ressentiment; un voluptueux se vante de ses excès et de ses débauches. Mais il y a je ne sais quoi de bas dans la jalousie, qui fait qu'on se le cache à soi-même: c'est la passion des âmes lâches; c'est un aveu secret qu'on se fait à soi-même de sa propre médiocrité: c'est un aveuglement qui nous ferme les yeux sur tout ce qu'il y a de plus bas et de plus indigne : on est capable de tout, dès qu'on peut être l'ennemi du mérite et de l'innocence.
Troisièmement, la dureté. Ces juges corrompus livrent le Sauveur à l'insolence et à la fureur de leurs serviteurs et de leurs ministres, et la jalousie, toujours cruelle, leur fait voir avec un plaisir inhumain les opprobres et les crachats dont on le couvre : le sanctuaire même de la justice, et la majesté du tribunal sur lequel ils sont assis, ne peut servir d'asile cà un innocent contre les indignités et les outrages. Ah ! l'arche d'Israël fut en sûreté dans le temple même de Dagon, et l'idole elle-même respecta, en tombant à ses pieds, la majesté et la gloire de celui qui
280 Si;ii.M().\> l)i; M A SS I l.l. ON.
rcsidoil cil clic : cl .Icsiis-C.lii'ist , larclic du N(iii\c;iii TcslaiiiciiL, est, an joiii-d'Iiiii onli-a^-c an inilicn iiiciiic di' son sanclnalre cl du ses ministres; cl si l'on loiiihe à sesj)ic(ls, cw se |)i-osternanl dt;\aiiL lui, ce soiil des liuninia,ti;es de (I 'l'ision, (jui iiisidlent uses donlenis cl uses ii^noininics.
(Miil reste peu de senrniieiit (riininaiiité dans un cn'iir. lequel, après avoir regardé (riiu o'il {reu\ie et de tristesse la prospérité de sou frère, \oit ses inallieurs d'un œil d'allégresse et de coui|)]aisauce! Troisième caractère de cette injuste i)assioii : la dureté. Llic enduicit le C(eur et le l'ernie à tous sentiments de j)itic et de tendresse ; on \ oit avec une joie secrète les malheurs et la décadence de ses frères; on ne peut être heureux que par leur infortune. Un aii- de jubilation et de réjouissance étoit réj)andu dans la maison d'Aman, au seul spectacle des malheurs et du supplice de Mardochée. C'est la passion d'un mauvais cœur; et c'est poui'tant ce qui se passe tous les jours à nos yeux, et la passion dominante des cours; cette passion ci'uelle fait de la société un théâtre alTreux, où les hommes ne semblent paroître ensemble que pour se dévorer et se détruire, et où la décadence des uns fait toujours le triom[)he et la victoire des autres. Quel a\euglement ])our des chrétiens qui doivent se regarder comme frères et comme héritiers des mêmes biens et des mêmes promesses!
Quatrièmement enlin , le sacrifice des intérêts de la patrie. Nous n'avons point tfaulre roi que César, s'écrientils : ^os reyoji non luibcnms insi ('(rsurcni (Joax., xix, 15). Eux qui se vantoient auparavant de n'a\oir jamais été sujets ni esclaves de personne : \cutini .scrvirunns iinqiitini (Ibid., vjii, 33): ({ui détestoient le joug des incirconcis: (|ni a\ oient l'avantage d'être h^ peuple de Dieu et
l'AssioN Dr: N(>Ti!i:-si;i(iM:i I! .iksis-ciihist. -si
tir n'avoir (|iH' le Sci^iit'iir pour i"ol et pour pci'i' : ciiy (|ui rt'i;-ai"t!o"u'iit le -cfiurc des nations conunc une lu'aiinic, (.'t (|iii croyoienl (|ue ions les rois el tons les ])en[)les de\ien- (Iroienl trihntalres de Jérnsaleni, ils sacnfient cette gloire, ces a\ania^i;es ([ni les disllnu-uoieiit de tons les antres peuples de la terre, au plaisir allreux de voir périr celni avec la réputation durpiel une secrète jalousie les rendoit irréconciliahles : ^os rcgnn non luibcnuts nisi Cœsarcm \ ils renoncent à la gloire d'être le l'oyainne du Seii^nenr, à l'espérance d'Israël et an\ proinesses faites à leurs pères, pourvu que l'innocent j)énsse. 0 ])assion détestable, coninienl étes-\ous née dans le ca'ur de l'hoinme! et faut-il (|ue la ruine du ])euple et île la patrie \ous touche moins (pie le plaisir allreux tie vous satisfaire'.'
Oui, mes frères, c'est ici son dernier caractère. Ou saciilie tout, la religion, l'Etat, les intérêts publics, la gloii'e de la patrie, à la bassesse de son ressentiment; tout ce (|ui faNorise les personnes ({ue la jalousie nous rend odieuses nous tlevient odieux: s'ils proposent ■ des avis utiles aux peuples et à l'État, nous les rejetons; s'ils en rejettent d'injustes et de pernicieux, nous les approu^ons. Cette passion aveugle se glisse jusque dans le sanctuaire des rois et dans le conseil des princes , di\ ise ceux que l'intérêt connnun , le bien public, l'amour du prince et de la patrie devroient réunir; on cherche à se détruire aux dépens des alfaires et des nécessités publiques; les malheurs publics ont pi'is mille fois leur source dans les jalousies particulières; on oublie tout ce qu'on doit à la patrie et à soi-même, et il n'est plus rien de sacré pour un c(eur que la jalousie aigrit et infecte. Telle est l'opposition que la jalousie des prêtres met dans leur co'ur aux promesses et à la véi-ite i\k'> Kcritures.
282 SI'.liMONS !)!•; M A S S 1 I. 1,0 N.
I''il Irolsiriiic lieu, rii)i;i'alllii(l(' poiissrc jiisc|ii";'i l;i riircnr iiicl (I.miis le jjouple une opposition iiis(']is(''(; à la \('V[{(' (1rs miracles du Saiiveiif. 'rôiiioiiis de tant de prodjf^es (pi'ij a\()it oprirs à leurs yeux, ils paroissoieiit en foule à sa suite; avec ses discij)les; ils l'avoient nième accompagné depuis peu dans son entrée trionipjiante à Jérusalem, faisant retentir les airs d'acclamations et de louanges, et couvrant le cheniin de branches d'olivier, comme pour on faire un trophée au roi pacifique qui venoit poiter la paix et le salut dans Sion : cependant ce môme peuple en furie se déclare aujourd'hui contre Jésus-Christ, le suit comme un séditieux, et demande sa mort à Pilate. (hi'il soit crucifié, s'écrient-ils : I\oi(,s ne roulons pas que relui-ri rèf/iie sur nous (Luc, xix, l/i). Quelle ingratitude! ils vouloient l'établir roi sur eux dans le désert, lorsqu'il les rassasioit d'une nourriture miraculeuse, et au milieu de Jérusalem ils ne le connoissent plus, et regardent son joug comme une indigne servitude.
C'est l'ingratitude, mes frères, qui forme toutes nos inconstances dans les voies de Dieu. Touchés quelquefois de sa grâce et des bienfaits singuliers dont il nous a comblés en })articulier, en nous ménageant mille événements hein-eux pour notre salut, nous avons voulu le faire régner sur notre cœur; nous l'avons suivi quelque temps; nous avons été touchés de reconnoissance sur les attentions de préférence et de bonté qu'il avoit eues pour nous. Mais le monde, mais notre foiblesse, mais des occasions pas assez évitées, ont bientôt effacé ces sentiments de notre cœur; nous avons oublié ses bienfaits et nos promesses, et comme l'ingratitude et l'abus des grâces en va toujours tarir la source dans le sein de Dieu , il nous a li\ rés à toute la corruption de notre cœur: nous nous sommes déclarés sans
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iiiénagenicnl conti-c lui. nous n'avons pins ^ard('! de, mesure dans le désoidic, et. pour élonller les l'cslcs de nos anciens sentiments de \erln, nous a\()ns montré nne noiiNclle audace dans le crime.
Ainsi, mes IVères, l'inconstance dans les voies du salut est 1(^ pins grand obstacle ({ue la grâce trouve à combattre dans nos cœurs. Nous ne sommes jamais un instant les mêmes : tantôt touchés de Dieu, tantôt enivrés du monde; tantôt Ibrmant des projets de l'etraite, et tanloi damhilion; tantôt fatigués des |)laisirs, tantôt sentant renaître un nouveau goût pour eux. Notre co'ur nous échappe à chaque instant: rien ne l'arrête, rien ne le fixe; notre inconstance nous (h'\ient à charge à nous-mêmes. Nous voudrions pouvoir lixer notre ca'iu', et lui faire prendre une consistance durable dans le vice ou dans la vei1u, et le preuier objet le saisit et l'enti^aîne; nous vivons dans une variation perpétuelle, sans règle, sans maxime, sans principe, ne pinivant nous répondre de nous-mêmes pour un moment, et ne prenant que dans les inégalités de l'humeur et de l'imagination les règles de notre conduite.
Et voilcà ce qui nous rend si peu capables de vérité et de vertu : c'est C[ue la vertu demande une vie unifoi-me, et sacrifie constamment à l'ordre et au devoir les inconstances d'une imagination légère et variable. Nous avons beau nous lasser de notre propre inconstance, nous nous lassons encore bien plus de l'uniformité de la vertu ; une vie toujours la même, toujours assujettie aux mêmes lois, toujours soumise aux mêmes règles, toujours gênée par les mêmes devoirs, nous décourage et nous rebute. Ah! s'il ne falloit pour être saint que faire une action héroïque de vertu, un sacrifice éclatant, une démarche généreuse,
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il (Ml coùlcfoil moins à la |)|ii|)aii ' des lioiiiincs : on troin t; (Ml sol assez de l'csolulioii pour se taii'c une L^randc \iol(M)C(' (Tnii iiioiiKMit: tontes les lorces de lame sembliMit se réniiir ;doi-s, et la courle durée dn combat en adoucit et en soula!4"e la donl(Mir. Mais ce ((iii lasse dans la \imIu. cest (ju'uii sa(M'i(ice fait, il s"(M1 ollre ini autre (ju'll l'aul lali'e; c'est (|u"niie passion vaincue r(Miaît aussitôt, et ([u'il l'aiit (Micoi'e de iionveaiiK elVorts pour la \ainci'{?. lierre aujonr- (riml trou\(^ (Ml Jni assez de g(Mi('rosit('' p(jur tirer le glaive et ((('leiidi'e son maître contre les sacrilégc>s qui r!nsnlt(Mit: mais, dès (pie la tentation reconmitMice, il se décourage et succombe : il est aisé d'être en certains moments héroïque et généreux; ce ([ui coûte, c'est d'être partout constant et fidèle. Aveuglement d'ingratitude et d'inconstance dans le peuple, qui l'ésiste k la vérité des miracles du Sauveur.
En rpiati-ième lieu, aveuglement d'ambition dans Pilate, (pii résiste à la vérité de son innocence.
Le Sauveur du monde est traîné devant ce magistrat infidèle; tontprome à Pilate son innocence, il avoue luimême qu'il ne trouve pas cet homme digne de n)ort; maiiï on le menace de César : Non es aminm ('(rsaris (Joan., xix, \'l). Et voici tous les obstacles (pi'uiie lâche am])ition met dans son co'ur à la vérité qu'il connoît, et ([u'il ne peut se cacher à lui-même.
Premièrement, un obstacle de dissimulation et de mainaise foi. Ne pouvant s'aveugler sur Tinnocence du Sauveur, à laquelle son silence, ses réponses, les accusations des Juifs, les songes mêmes de sa propre femme, tout enfin rendoit témoignage; mais, d'un autre côté, ne voulant ])as se mettre en danger d'exciter une sédition
1. Iicnouard, |)ar mit' faiitu à prine roiicevabic dans niuj l'ditioii aussi -^(liJ^•n('M', l'crit Ui i}i'ni(ii'ch>\ an lieu lic lu jiUipnrL
i'A>su).N \)i: N()Ti<K-si;i(iN i:i i; .iksls-cii uist. iho
dans Jrrusalcin, (jiii aiiroit pu dc'|)laii't' à (irsar d lui atlircr sa disj^ràcc, il {)r()|)()s(' des ('\|)rdi('iits jxxir saii\ ci' .h'siis- (liirisl; il \(Mil SI' st'ixir de la (ircoiislaiicc de la pàqiic. où c'ôtoit la coiitiiiiic d'accordt'r au peuple la \ie d nu criuiint'l, et par la il leiu- lait enteudic, ('(julre les lumières de sa conscience, que Jésus de .Nazareth a besoin de ^ràce, et (lu'il est digne de mort, si les sulTrages du peuple ne l'ont londx'i' sni' lui riudidgence toujours aci:ordee au temps de la pà(pie.
Premier obstacle ((ne Taïubilion met dans un cœnr, elle nous rend faux, lâches, timides, quand il faut soutenir les intéi'èts de la justice et de la vérité. On craint toujours de déplaire, on veut toujours tout conciliei', tout accommoder; on n'est pas capable de droiture, de candeur, d'une certaine noblesse qui inspire l'amour de l'équité et ([ui seule fait les grands hoimnes, les bons sujets, les ministres lidèles, les magistrats illustres, les héros chrétiens; on met en parallèle Jésus et Barabbas, toujours prêt à sacrilier l'un ou l'autre, selon que le temps et les occasions peuvent le demander. Ainsi on ne sauroit compter sur un cu'ur en qui l'audDition domine; il n'a rien de sùi-, rien de fixe, rien de grand; sans principe, sans maxime, sans sentiments, il prend toutes les ibrmes, il se plie sans cesse au gré des passions d'autrui, il dit sans cesse, connue Pilate : Qiieni l'idiis vobis de diiobus dimilli? (Mattu.. xxvii, 21.) Lequel voulez-vous que je délivre ou que je })erde? Prêt à tout également, selon que le vent tourne, ou à soutenir l'équité, ou à prêter sa protection à l'injustice. On a beau dire que l'ambition est la passion des grandes âmes, on n'est grand que par l'amour de la \érité et lorsrpi'on ne veut plaire que par elle.
Secondement, un obstacle de haine pour la \érite, qui
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f.iil (in'cllc nous est ;'i cliart^c. l.a |)i'(''IV'r('iic(' (|ii{' les .Inii's (loimriil à J>aral)l)as sur .k'siis-CJii-ist einbari'asse l'ilale : (Juc [irai- je dune de Jhns, qu'on (ippclle le Clirist? (Mattii., x.wii, 22) leur disoit-il. Le Sauveur est |)our lui uu enil)ai'i"as; sou iimoceuec; lui pèse, il Noudi'oit l)ieu (|ue les Juifs eu lisseiil loul seuls leur ailaire : Tollilc cinii ros, cl .scciindinn kçjnu rcslniin jiidicdlc (Joan., xviii, 31); la cause de riuuocent lui est odieuse.
Second obstacle (|ue l'auibitiou met dans uu cœur, (dh) rend la justice et la vérité odieuse. On est endjarrassé du bon droit, on voudroit que ceux qu'il faut perdre i)Oiir plaire eussent toujours tort ; on regarde comme un malheur d'être chargé de leur cause ; on cherche les moyens de s'en débarrasser, et, loin d'embrasser avec joie l'occasion de prêter sou ministère à l'innocent, on fuit la gloire d'une belle action connue ou devioit fuir l'infamie d'une bassesse.
Troisièmement, un obstacle d'hypocrisie qui fait servir la vérité même aux vues de rand)ition. Pilate, ayant appris que Jésus étoit Galiléen, le renvoie à Héi'ode, sous prétexte que la Galilée obéissant à ce prince, c'étoit à lui à juger de la cause de Jésus-Christ. Ce n'est pas le désir de conserver la vie à uu innocent (jui détermine Pilate à cette démarche, c'est pour recouvi'er l'amitié d'Hérode (ju'il avoit perdue; il fait servir Jésus-Christ à ses lins, et le met à prolit pour sa propre utilité.
Troisième obstacle, un cœur ambitieux est d'autant ])lus éloigné de la vérité qu'il semble faire plus d'ostentation de l'aimer et de la suivre. C'est ce vice qui fait toutes les fausses vertus, et sous ce règne surtout où la vertu est devenue la route sûre des faveurs et des grâces; on se sert, comme Pilate, de Jésus-Christ pour gagner la bienveillance du ])rince; après avoir tenté toutes les autres
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voies, c'est I;i deiiiière ressource (jiie l'aiiibitiuii inspire; elle emploie tout ce (pril y a de plus saint et de plus sacré, les a[)[)ar('nces du zèle et de la vei'tti. (Juel uiallieur, ([uand ou est assez cori'onipu poiu' lotu'ucr Jésus-Clirist inème à sa propre perte, pour l'aire de la vertu la \oie des passions et l'attrait du vice, pour employer la religion à favoriser les désirs du siècle ([u'elle condamne, pour changer les ressources mêmes de la [)iété en des niotils de cupidité, et les armes mêmes de la vérité en des instruments de duplicité et de mensonge! Qu'il reste peu d'espérance de salut à une âme qui peut abuser du don de Dieu et ne faire point d'autre usage de Jésus-Christ, le juge et rennemi du monde, que de l'employer à parvenir aux honneurs et à la bienveillance du monde môme I
Enfin dtn-nier obstacle, un obstacle de fausse conscience qui fait ([u"en sacriliant la vérité à des intérêts humains, on croit encore n'avoir rien à se reprocher. Pilate, voyant que ses délais et ses tempéraments ne servent qu'à aigrir et allumer de plus en plus la fureur des Juifs, livre enfin le Sauveur à leur vengeance : TradicUt coluntati eonnn (Luc, xxiii, 25); mais en même temps il lave ses mains, il consent qu'on le fasse mourir, et il déclare qu'il n'est pas coupable de la mort de ce juste : Iiiiwce/is ego .snin a sanguine jiisti hujns (M.vttu., xxvn, '2!x).
Dernier obstacle que l'ambition oppose à la vérité, on se fait une fausse conscience sur la plupart des démarches les plus opposées au devoir et à la règle ; on se persuade que la nécessité, les conjonctures, les intérêts publics, les raisons d'Etat, les bienséances du nom, le devoii' des places, en rendant certaines transgressions comme inévitables, les rendent en même temps innocentes. Ainsi les complaisances qu'on a contre sa conscience et son devoir
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sont toujours nécessaires, dès là (inCllcs nous sont ntHes; elles ont lonjonrs cerlains côlés pai' on elles ne nons od'renl (|ne les dehors de la sag;esse et de la prndenre •. enlin, toni ce (|ni sert à nos projels esl hlcnlol innoceni : linio-
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Aussi lanihilion, ce \ic(; (|ni l'oinie (ant de haines, de jalousies, de bassesses, d'injustices, ce \ ice (pii infecte tontes les conrs, et (jui en est connue Fànie et le ^l'aiid ressort (|ni donne le inoiiNcnieiit à lont, ce vice, dis-je, est celui sur lequel on a le moins de remords et qu'on ne s'avise jamais de portei- au ])ied du tribunal de la pénitence. Les succès de rand)ition nous rassurent contre l'injusfice de ses voies, et il sullit d"a\'oir été heureux poui" se ])ersuader (pi'on n'est pas coupable.
.l'ai dit, en dernier lieu, un aveuglement d'impiété dans Hérode, qui tourne en risée la royauté de Jésus-Christ. 11 ne peut se dissimuler a lui-même qu'il ne soit usurpateur du trône de David et étranger dans l'héritage de Sion; les frayeurs de son prédécesseur sur la naissance du nouveau roi des Juifs, que les mages venoient adorer, n'étoient ni si anciennes, ni si oubliées, et avoient été même marquées par des traits trop publics et trop sanglants pour qu'elles ne fussent pas venues jusqu'à lui. Mais l'impiété traite toujours la vérité de superstition et de crédulité, et voici ce qu'elle produit en Hérode.
D'abord, \m mouvement de curiosité: il souhaitoit de voir cet homme, dont la renommée publioit des choses si merveilleuses; il se promettoitd'en être lui-même le témoin et de voir cpielqu'un des })ro(liges que le Sauveui' avoit opérés dans la Judée : S pc ni bat siginiiii iiUqnod vidcrc ab co fieri (Luc, xxiii, 8); il ne cherche pas des instructions. il ne veut qu'un spectacle. Il fait à Jésus-Christ mille ques-
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lions inutiles sur s;i(lo(Mriiic et siii- son niinisU'.'i'c : Inlcrrot/iihi/f (iKicin cKiii iniiUis sirinoiiihiis (Lrc,, xxiii, 9); mais (.•(' n'i'st [)as [)()ui- fonnoîla- l;i vorité, c'est |)our en l';iiœ des dérisions et se conlirnicr dans son incrédulité. IJéniarclies ordinaires de l'impiété : on voudroit des miracles pour croire; on ne se rend point à la voix de tous les siècles et de tous les |)euples, (|ui publient les prodiges éclatants auxquels l'Eglise doit sa naissance et son progrés; on ne veut pas voir que l'Évangile reçu, et subsistant dans l'univers, est le plus grand miracle que Dieu ait pu opérer sur la terre ; on veut être chrétien par les sens, et on ne peut l'être ([ue par la foi. On souhaite de voir, comme Hérode, des honnnes célèbres par la singularité de leurs lumières et par une réputation publique de zèle et de vertu; mais ce n'est pas pour s'instruire, c'est pour proposer, connue Ilérode, des doutes sans fin et des questions vaines et frivoles : Iiilcrrogabul autcni cum muliis scnnonibiis. On se fait un bon air d'avoir des difficultés sur la croyance commune ; on cherche à discourir sur la vérité, mais on ne cherche pas la vérité; on parle toujours de religion, et on n'en a point : Intcrrogabai autem cum multis sennonibus.
Ceux qui interrogeoient Jésus-Christ pour s'instruire se contenloient de lui demander : Maître, (juc faut-il faire pour mériter la vie éternelle? (Luc, x, :25.) ils en venoient d'abord aux devoirs; ils couroient au remède de leurs maux les plus pressés; ils vouloient qu'il leur apprît d'abord à vaincre leurs passions, à pratiquer les préceptes de la loi et à trouver la voie qui conduit à la vie : Ouid fadendo , ritam œtermnn possidebo? Ils vouloient aller à la vérité par les devoirs, et non pas douter de la vérité pour se dispenser des devoirs. Ceux-ci, au contraire, ne