SUR LA MORT
Cum appivpini/uaiel Jésus porlœ cicilatis, ecce defunclus e/ferebatar fdias unicu^ iiialris suœ.
Jésus étant près de la porte de la ville, il arriva qu'on portoit en terre un mort, qui étoit le fils unique de sa mère.
( Luc, vu, 12.)
Jamais mort l'ut-elle accompagnée de circonstances plus touchantes? c'est un fils unique, le seul successeur du nom, des litres, de la fortune de ses ancêtres, que la mort enlève à une mère veuve et désolée : elle le lui ravit dans la Heur de F âge , et à l'entrée presque de la vie; en un temps où échappé aux accidents de Tenfence, et parvenu à ce premier degré de force et de raison qui commence l'homme, il paroissoit le moins exposé aux surprises de la mort, et laissoit enfin respirer la tendresse maternelle de toutes les frayeurs qui suivent les progrès incertains de l'éducation. Les citoyens en foule accourent mêler leurs larmes à celles de cette mère désolée : assidus à ses côtés, ils cherchent à diminuer sa douleur, par la consolation de ces discours vagues et communs qu'une tristesse profonde n'écoute guère ; ils entourent avec elle
SI l; I.A M(t|{T 19
If triste (•i'i-cii('il : ils parent les ()l)S(''(|ii('s de leur detiil et de leur prt'seiice : l'appareil de cette pompe juiièhi-e est, pour eii\ iiii spectacle: mais est-il une instruction? Ils en sont l'iappés. alleiidris; mais en sont-ils moins attachés à la vie? et le sou\enir de cette mort ne va-t-il pas péi'ir dans leur esprit, a\ec le bruit et la dt'coi'uliou des l'iiuérailles?
A de semblables exemples, mes frères, nous appoi'tons tous les jours les mêmes dispositions. Les sentiments qu'une mort inopinée réveille dans nos cœurs sont d(;s sentiments d'une journéi! , comme si la mort elle-même devoit être l'aiïaire d'un jour. On s'épuise en vaines réllexions sur Finconstance des choses hinnaines; mais l'objet ([ui nous fra])p()it une l'ois disparu, le ca'iir redevenu tranquille se trouve le même. Nos projets, nos soins, nos attachements pour la terre, ne sont pas moins vils ([iie si nous travaillions |)Our des années éternelles : et au sortir d'un spectacle lugubre, où l'on a vu quelquefois la naissance, la jeunesse, les titres, la réputation fondre tout d'un coup, et se perdre pour toujours dans le tombeau, on rentre dans le monde, plus occupé, plus empressé que jamais de tous (-es vains objets dont on vient de voir de ses propres yeux et toucher presque de ses mains le néant et la poussière.
Cherchons donc aujourd'hui les raisons d'un égarement si déplorable. D'où \ient que les hommes s'occupent si peu de la mort, et que cette pensée fait sur eux des impressions si peu durables? Le voici : l'incertitude de la mort nous amuse, et en éloigne le souvenir de notre esprit; la certitude de la mort nous elTraye, et nous oblige à détourner les yeux de cette triste image : ce qu'elle a d'incertain nous endort et nous rassure; ce qu'elle a de
20 Si;inin\S 1)1'. MASSII.I.ON.
tcrrihic et de cciiaiii nous en l'ail craiiidi'c la pcDSPc. Or, ]i] veux aujoiiid'lini coiiihatlrc la clan go re use sécui'ité des premiers, e( l'injuste IVayenr des antres, La mort est incertaine; vous êtes donc ti'niéijiire de ne ])as \()iis en occuper, et de vous y laisser sui'pi'endre : la mort (!st certaine: vous êtes donc insensé d'en craindre le souvenir, et vous ne devez jamais la perdre de vue. Pensez à la mort, parce que vous ne savez à (pielle heure elle arri- \era; pensez à la mort, parce ([u'elle doit ari'iver; c'est le sujet de ce discours. Implorons, etc.
Arc, Maria.
\' lî E il I !•; i; !•: r a h j i e .
Le premier pas que l'homme fait dans la vie est aussi le premier qui ra})proche du tombeau : dès que ses yeux s'ouvrent à la lumière, l'arrêt de mort lui est prononcé; et comme si c'étoit pour lui un crime de vivre, il sulFit qu'il vive, pour mériter de mourir. Ce n'étoit point là notre première destinée : l'Auteur de notre être avoit d'abord animé notre boue d'un souille d'immortalité; il avoit mis en nous un gei'me de vie, ({ue la révolution des temps et des années n'auroit ni alToibli ni éteint: son ouvrage étoit concerté avec tant d'ordre, qu'il eût pu défier la durée des siècles, et que rien d'étranger n'en eût pu jamais dissoudre ni altérer même l'harmonie. Le péché seul sécha ce germe divin , renversa cet ordre heureux, arma toutes les créatures contre l'homme; et Adam devint mortel, dès qu'il devint pécheur: C'est par le péché, dit l'Apôtre, que la mort est entrée dans le inonde (Rom., V, 12).
SI |{ LA M OKI. i\
Nous l;i |)()i(oiis (|(iii(- Idiis, en ii;iiss;ilit. dans le sein : il st'iiihlt' (|iit' lions a\()iis siict' dans les entrailles de nos mères un puisiiii lent , avec le([uel nous xciions au monde, ([ni nous fail lan,t;-uir iri-bas, les nus pins, les antres moins, mais ([ni liiiil toujours |)ar le trépas; nous mourons tous les jours; clia([ue instant nous dérobe une portion de notre \ie. et nous avance d'un pas vers le toiid)eau : le corps dépérit, la santé s'use, tout ce qui nous enxlroime nous détruit; les aliments nous corrompent, les remèdes nous allbiblissent ; ce feu spirituel qui nous anime au dedans nous consume, et toute notre vie n'est (pTune lont2:ue et pénible agonie. Or, dans cette situation . quelle iniauf (le\roit être plus familière à r homme ((ue celle de la mort? In criminel condamné à mourii-, quelque part (pi'il jette les yeux, que peut-il voir que ce triste objet? et le plus ou le moins que nous avons à vi\re fait-Il une dilTérence assez grande pour nous regarder comme innnortels sur la terre ?
Il est vrai que la mesure de nos destinées n'est pas égale : les uns voient croître en paix , jusqu'à l'âge le plus reculé, le nombre de leurs années, et héritiers des bénédictions de l'ancien temps, ils meurent pleins de jours, au milieu d'une nombreuse postérité; les autres, arrêtés dès le milieu de leur course, voient, comme le roi Ezéchias, les portes du tombeau s'ouvrir en un âge encore florissant, et chcrrliciit en raitt , comme lui , le reste de leurs (innées (Is., xxxviii, 10^; enfin, il en est qui ne font que se montrer à la terre , qui finissent du matin au soir , et qui , semblables à la lleur des champs, ne mettent presque point d'intervalle entre l'instant qui les voit éclore, et celui qui les voit sécher et disparoître. Le moment fatal marqué à chacun est un secret écrit dans le livre éternel que
22 SRimONS I)K M ASS I f.I.OX.
l'Agneau seul ;i dioil (ToiiNrii'. Nous \i\()iis donc tous incertains de la diiiét! de nos jours; cl. cette incertitude, si capable tonte senl(> de nous rendre attentifs à cette dernière heure, endort clle-niènie notre vigilance. iNous ne songeons point à la mort, parce que nous ne savons où la placiîr clans les dillerents âges de noti'e vie. Nous ne regardons pas même la vieillesse comme le terme du moins sur et inéxitable : le doute si Ton y j)arviendra, (pii tlevroit, ce semble, borner en deçà nos espérances, l'ait ([ue nous les étentlons même an delà de cet âge. Notre crainte, ne pouvant poser sur rien de certain, n'est plus qu'un sentiment vague et confus, qui ne porte sni- rien du tout: do sorte que l'incertitude, (pii ne devroit tomber que sur le plus ou le moins, nous l'end trantfuilles sur le fond même.
Or, je dis d'abortl, mes frères, que de toutes les dispositions, c'est ici la ])Ius téméraii'e et la moins sensée : j'en appelle à vous-mêmes, lin malheur qui peut arriver chaque jour est-il plus à mépriser qu'un autre qui ne vous menaceroit qu'au bout d'un certain nombre d'années? ()uoi ! parce qu'on ])eut vous redemander votre âme à chaque instant, vous la posséderiez en paix, comme si vous ne deviez jamais la perdre? parce que le péril est toujours ])résent, l'attention seroit moins nécessaire? Et dans quelle autre allaire que celle du salut l'incertitude devient-elle une raison de sécurité et de négligence? La conduite de ce serviteur de l'Evangile, qui sous prétexte que son maître tardoit de venir, et qu'il ignoroit l'heure de son arrivée, usoit de ses biens comme n'en devant plus rendre compte, vous paroît-elle fort ])rudente? De quels autres motifs Jésus-Christ s'est-il servi pour nous exhorter à veiller sans cesse? et qu'y a-t-il dans la l'eligion de plus ])i'0])re
>l l{ I.A MOUT. r.i
à n''\i'ill(M' noire \ l^ilaiicc . (|iit' riiiccrtlliKlc de ce dernier jour?
Mil mes frères, si l'henre (''loil in;ii'(|n('M' a cliacnn de nous; si le ro\annie de Dieu \enoil a\('c ol)seiAation : si en naissant nous porlions ('crit sur notre iVonl le nonihi'e (le nos aimées et le jour fatal ([ni les verra linir, ce point de vue li\e et certain, (|nc](iiie ('doigné qu'il put (Mre , lions occnperoit , nous trouhleroit , ne nous laisseroil pas un moment irainpiilles : nous trouverions toujours trop court riutervalle que nous verrions encore devant nous; cette image, toujours |)ivsente malgiv nous à notre esprit . nous d(''o;oùteroit de tout, iious rendroit les |)laisirs insipides, la fortune ludin'énMiie , le monde entier à (diarge et ennuyeux: ce moment terrible, que nous ne pouirioiis plus perdre de vue, réprimeroit nos passions, éteindroit nos haines, désarmeroit nos vengeances, calmeroit les révoltes de la chair, viendroit se mêler à tous nos projets: et notre vie ainsi déterminée à un certain nombre de jours précis et connus ne seroit qu'une préparation à ce dernier moment. Sommes-nous sages, mes frères? la mort, vue de loin à un point sur et marqué, nous elTrayeroit . nous détacheroit du inonde et de nous-mêmes, nous rappelleroit à Dieu, nous occnperoit sans cesse: et cette même mort incertaine, qui peut arriver chaque jour, chaque instant: et cette mort (jui doit nous surprendre, qui doit venir (juand nous y penserons le moins: et cette mort qui est peut-être à la porte, nous laisse tranquilles: que dis-je ? nous laisse toutes nos passions, tous nos attachements criminels , toute notre vivacité pour le monde, pour les plaisirs, pour la fortune: et parce (pi'il n'est pas sûr si nous ne mourrons pas aujourd'hui, nous vivons comme si nos années dévoient être étei-nelles.
u s i: UMo.N s i)i: \i.\ssi i.i.on.
lî('lli;ir(|iH'Z en rWrl, mes l'rri'cs, (|Ur celle iiicerlll ilde o.s[ ;i('C()iii|);ii;iiée de loiiles les clrcoiistaiiccs les |)lus capables (ralaniier, on du moins (roccnper un lioiiinu,' sage et ((ni l'ail (|ne](|iie nsagc de la raison. IM'emièiXMHcnt, la snr()rise de ce dernier jonr, i\in' \ous avez à craindie, n'cisl pas nn de ces accidents rares, nniqnes, (pii ne tombent (|ue sur ([uekjiies maliieurenx, el (|u'il est plus prudent de niépjiser (jue de jM'évoii'. Il ne s'agit pas ici, pour (|ue la mort vous surprenne, (jik; la foudre tombe sur vous, que vous soyez ensevelis sous les ruines de vos palais, qu'un naufrage vous engloutisse sous les eaux, ni de tant d'autres malheurs que leur singularité rend plus terribles, et cependant moins appréhendés : c'est un malheur familier; il n'est pas de jour qui ne vous en fournisse des exemples ; presque tous les hommes sont surpris de la mort; tous l'ont vue approcher, lors- ([u'ils la croyoient encore loin; tous se disoient à euxmêmes, connue l'insensé de l' Evangile : Mon (hue, reposez-vous^ vous avez du bien pour plusieuis uii/u'cs (Luc, xTi, H)). Ainsi sont morts vos proches, vos amis, tous ceux presque ({ue vous a\ez vus mourir; tous vous ont laissé vous-même étonné tle la promptitude de leui' mort : vous en avez cherché des raisons dans l'imprudence du malade, dans l'ignorance de l'art, dans le choix des j-emèdes ; mais la meilleure et la seule, c'est que le jour du Seigneur nous surprend toujours. La tei're est connue un vaste champ de bataille où l'on est tous les jours aux prises avec l'ennemi; ^ous en êtes sorti heureusement aujourd'hui; mais vous ) avez vu périr des gens (|ui se promettoient d'en sorlir conu)ie vous ; il faudra demain rentrer en lice: (pii vous a dit que le sort, si bizarre pour les auti'es , sera toujours conslammeut lieni-en\ pour vous
SIM; I \ M i)i; I . r.;
seul'.' fl |)ins(|irt'iiliii \(»ii^ (l('\f/ \ |)crii'. ("'t('s-\oiis l'jiisoiiiial)lc (In hàlir une (li'iiinirc sl.ihlc cl ixtiiimiiciiIc sur le lii'ii nit'Uir dcsliui' pcul -("'Ire ;'i nous sciau" de S('|)ull urc '.' .\l('llt'/-\ous dans idlc silualiou (|u"il \ ous plaira , il nCsl [xtiul (le nionit'Ul (|ui ne puisse elre pour \(»us le dernier, et qui ne l'ail, et('' à \ os \eu\ de (pi(d(|ues-uns ' de xos l'rèi'es : point d'action d'éclat (pii ne piiiss(! cli'e terminée [Vdv les ténèbres éternelles du tontheau ; et llérode est frappé au milieu des applaudissements insensés d(! sou peuple : pointde jour solennel (pii ne puis-.e liuir par \ otr(3 pompe Inuéhre: et .ji'/aliel lui pr(''cipilee le joiu' même qu'elle axoit choisi poui" se montrer avec plus de faste et d'ostentation aux fenêtres de son palais : point de festin d(''licieu\ qui ne puisse être [)our vous une nouriilure île mort : et IJaltliasar e\[)ire autour d'une table somptueuse : poiul de sonnneil cpii ne puisse mjus conduire à un sommeil éternel; et llolopherne, an milieu de son armée, vainqueur des royaumes et des provinces, expire sous le Li,Iai\e d'une simple femme d'Israël : point de crime ([ui ne puisse linir vos crimes; et Zanibri trou\e une inoil ini'ànie dans les tentes mêmes des lilles de Madian : ])oint de maladie c{ui ne puisse être le terme fiital de vos jours; e( \ous voyez tous les joui's les inlirmités les plus légères tromper les conjectures tle l'art et l'attente des malades, et tourner tout d'un coup à la moii : en nu mot, représentez-vous dans quelque circonstance de Notre \ie on vous puissiez jamais vous trouver, à peine pourrez-vous compter ceux qui y ont été surpris; et rien ne peut \ous garantir que \ons ne le serez pas vous-même. \ous le dites, vous en convenez, et cet aveu si terrible n'est
I. Il Pût éW' plus rorriTt iIh dire : iioiir qiipiqii.ps-uns.
2« SI- l{ MON S I)i: M \SS I II, ON.
f|i]"iiii (llscoiiis (|ii(' NOUS (joiiiic/ à l'iisnij;!'. cl ne vous coiidiiil ' jjiiiiais ;'i une seule |)i'(''c;iiirioii r|ni puisse \(iiis iiH'lll'e à couxerl (\\i péi'il.
Spcoudeiiieiil , si celle incerlltud*' ne rouloil (|ue sui" rheui'e, sur le lieu, ou sur le n-eure de xotre mort, ell(^ lie paroîtioil pas si allreuse : car culiii. (pi'iiiiporle au chrétien, dit saint Augustin, de iiiourir au milieu de ses })r()clies, ou dans des contrées étrangères; dans ](^ lit de sa doulcui', ou dans \r sein des ondes, pour\ u (pi'il nieiire dans la ])iété et dans la juslice? Mais c(^ (|u'il y a ici de terrible, c'est qu'il est inciMlain si vous mourrez dans le Seigneur, ou dans \(Hre péché; c'est que vous ignorez ce f[ue \ous serez dans cette autre terre, où les conditions ne changeront plus ; entre les mains de (pii tombera votre âme, seule, étrangère, tremblante, au sortir du cori)s ; si elle sera environnée- de lumière, et portée au pied du trône sur les ailes des esprits bienheureux, ou enveloppée d'un nuage allVeux , et précipitée dans les abîmes : vous êtes entre ces deux éternités: vous ne savez à laquelle des deux vous apj)artiendrez : la mort seule vous découvrira ce secret; et dans cette incertitude , vous êtes tranquille! et vous la laissez venir indolemment, comme si elle ne devoit décider de rien pour vous! \h ! mes frères, si tout devoit finir avec nous, l'impie auroit encore tort de dire : ^e pensons point à la lin de notre vie ; mangeons et buvons, nous mourrons demain ; plus il trouveroit de douceur à vivre, plus il auroit raison de craindre la mort, qui ne seroit pour lui cependant qu'une cessation entière de son être. Mais nous à qui la foi découvre au delà des
I. La correction demanderait : et qui ne vous conduit. '2. Entre lex mains de qui... si elle sera. II faut sons-entendre : vous it-inorez. Mai'^ r<"^prit lii''site un pen '^nr ce; nicnilircs de plira'io.
s m; I, \ \i (tu r. 27
|>('iii('s (Hi (les r(''C()iii|)('iiscs cicnicllcs : nous (|ui (lc\((iis ;irri\ Cl' à la iiioi'l iiiccilaiiis sur celle leri'ihlc alleiiiali\ c, n'y a-t-il pas de la Inlie . (|iie dis-je? de la liireiii-. en lie leiiaiil pas à la \(''rll('' le iiM^iiie discours ipie riiiipie : Mangeons cl hiiNoiis. nous iiioiiri'ons demain: mais de vivre coiiinu' si nous pensions comme lui?' l'ili I poinonsiious rtrc un seul inslanl sans nous occuper de ce inomenl (h'cisit', et sans adoucir par les précautions de la foi ce (pie cette iiicertitnde |)eut jeter de (rouble et de frayeur dans une âme qui un pas encore renoncé à ses espérances éternelles?
Troisièmement, dans tontes les autres incerliliides, on le nombre de ceux (pii paiiaji,"ent avec nous le même p(''ril peut nous rassurer, on des ressources dont nous [)oii\oiis nous llatter nous laissent pins tran({nilles, on eiilin , tout au pire, la snrj)rise n'est ([u'une instruction qui nous apprend, à nos dépens, à être une autre l'ois plus sur nos gardes. Mais dans l'incertitude terrible dont il s'agit, mes frères, le nombre de ceux qui courent le même ris(pie que nous ne diminue rien au nôtre : toutes les ressources dont nous pouvons nous llatter au lit de la mort sont d'ordinaire des illusions ; et la religion ellemême qui les fournit nen espère presque rien : enfin , la surprise est sans retour: nous ne juouri'ons qu'une fois: et nous ne pouvons plus mettre à prolit notre imjirudence pour une autre occasion. Notre malheur nous détrom|)e, il est vrai ; mais ces nouvelles lumières qui dissipent notre erreur, devenues inutiles par l'imnmtabilité de notre état, ne sont plus que des lumières ciaielles qui vont nous déchirer éternellement, et faire la matièi-e la ])lns don-