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l'ont un cd'ur inoiidalii , cl y l'orincnt un état de mort et (le \)vchù qui nous sépare de Dieu et nous prive de son esj)rit, comme la vie la plus criminelle.
Ainsi j'ap[)el!e un co'ur mondain et vide de l'Esprit de Dieu, dans une vie même d'ailleurs réglée, un co-ur immortifié, ennemi de la violence, et qui, sur tout ce qui regarde ses désirs, ou indilTérents, ou légèrement mauvais, ne cherche qu'cà se satisfaire, et ne sauroit rien prendre sur lui-même; un cœur qui ne veut s'interdire que ce qui l'éloigné visiblement de Dieu, et qui encore, sur les devoirs essentiels, pousse la paresse et l'indulgence pour ses passions jusqu'aux dernières bornes qui l'approchent du crime et de la transgression, si même elles ne forment pas la transgression aux yeux de Dieu; un cœur qui se livre à ses animosités et à ses antipathies, pourvu qu'elles n'aillent pas jusqu'à une haine amère et furieuse; à ses impatiences et à son humeur, pourvu qu'il ne les porte pas jusqu'à l'éclat et au scandale; aux dissipations et aux plaisirs, pourvu ({u'on en bannisse les excès et le crime; aux désirs de plaire, pourvu qu'ils n'aient pas de suite marquée et criminelle; à l'amour de l'élévation et de la fortune, pourvu qu'on n'y emploie pas des mesures ou odieuses ou injustes; à la recherche des aises et des commodités, j)ourvu qu'on n'y mêle pas des voluptés coupables; à la vanité et à la magnificence, pourvu que le monde lui-même n'en soit pas blessé et (ju'on y ajoute quelques largesses saintes; enfin à tous les adoucissements possibles sur les devoirs, pourvu qu'on paroisse sauver les devoirs eux-mêmes.
Voilà ce que j'appelle un cœur mondain, et où l'Esprit de Dieu n'habite pas, parce que tous les penchants du monde y subsistent; au lieu que l'Esprit de Dieu fait en
cAiiACTi'.iii.s i>i'; I. i:si'i;iT ni': .iKsrs-ciiiiisT. .u»;;
nous, clil r.Vpùh'c, (li's dixisioiis cl (\['<: s(''|)ar;il'K)iis doiiloiireuses; retranclic , cuiipc au \it, va jusque daus les \)\\i<. secrets pencliauts de notre co'ur sé[)arer la cliair de l'esprit, les all'ections humaines des mouvements de la fui, l'artifice des passions des opérations de la grâce : Virus cl i'ffu'iia\ pcrlingcus u.squc ad divisiuiwni animœdc spin'/iis (^lli;r,u., iv, \'l].
Or, est-ce là l'esprit que nous avons reçu? Notre vie est présentement exempte de grands crimes; mais quelle violence l'aisons-nous à tous nos penchants? (pje nous en coùte-t-il |)our nous combattre à tous moments et pouinous vaincre? que rerusoiis-nous à iioti'e co'ur et à nos désirs? {[u'avançons-nous, par l'usage de la piété dont nous faisons profession, sur nos inclinations mondaines et déréglées ? où plaçons-nous les sacrifices et les violences dans le détail de notre vie? Le monde nous en ménage; la situation de notre fortune nous en fait naître ; la nialice des hommes nous en fournit des occasions : où sont celles que nous nous ménageons à nous-mêmes? où sont celles que la foi nous rend nécessaires et où l'Esprit de Dieu nous pousse? que soulfrons-nous pour être à Dieu? qu'en coûte-t-il à nos passions, h nos commodités, à notre paresse? La régularité de nos mœurs est peut-être une suite du tempérament ou une bienséance que l'âge et le monde lui-même nous impose ; nous n'avons eu rien à prendre sur nous pour en venir là : ainsi, ne refusant rien d'ailleurs à toutes nos inclinations, toute notre vie est une vie d' immortification et de paresse; nulle violence, nul renoncement, nul sacrifice de nos afléctions mondaines; et par conséquent nous appartenons encore au monde, et l'Esprit de Dieu n"est point en nous.
La seconde disposition de cet esprit de renoncement
:]i\^ si: i{ M ON s i)i«: i\i.\ssi li.on.
cL de ])(''iill(Mic(', ((iii est le cai'afli'i'u de ri'lspi'il de l)i(!U, est de venger la justice de Dieu, ((ue le désordre de nos passions a outragée : c'est-à-dire que ce qui nous rend la violence indispensable n'est pas seulement le besoin que nous avons de régler et de réformer notre cœm", en réprimant ses aiïections déréglées , mais encore l'obligation où nous sommes de satisfaire à la justice de Dieu , que nous avons irritée par le dérèglement de nos allections. Aussi est-ce le premier sentiment que l'Esprit de Dieu opère dans une âme renouvelée; il la feit enti'er dans les intérêts de la justice divine contre elle-même ; il la ])énètre de la crainte de ses jugements; il l'anime d'un saint zèle contre une cliair qui a servi à l'iniquité. L'esprit que je vous promets, disoit Jésus-Christ à ses disciples, convaincra le monde touchant la justice et touchant le jugement -.Argiict mundwn dejusiltia et judicio (Joan., xvi, 8); c'est-à-dire, il fera connoître aux hommes combien ils sont devenus redevables à la justice de Dieu par leurs égarements, ce qu'ils doivent souffrir pour la satisfaire, ce que j'ai soullert moi-même pour les réconcilier avec elle, et jusqu'où la justice demande que le pécheur se punisse lui-même pour expier ses crimes et pour prévenir la sévérité des jugements du Seigneur, qui ne peut les laisser impunis : Argucl nmndiim de justitia. et judicio . Pour connoître donc si nous avons reçu l'Esprit de Dieu, il n'y a qu'à rentrer dans notre cœur. Sentonsnous ce zèle de pénitence que les larmes, que les gémissements , que les violences ne sauroient satisfaire , parce qu'il ne croit jamais lui-même avoir assez satisfait à la justice de Dieu? Faisons-nous des devoirs de notre état, des incommodités inséparables de la vie humaine, de toutes les créatures qui nous environnent , autant d'occa-
r.AHAi ii;i{i;s ni': i,i:si'iiit di; .ii:si s-ciiiiisi. a-iz
sioiis (Ir sacrilicL's cl de soiiniaiicc? Nous plaigiioiis-iioiis (levant Dieu de la r()ii)lesse do noire chair, et de ne pou- V()ii- en l'aire, ])ar des satisfactions rif^oureuses , l'instruinenl de noti'e |)(''iiilence, connne elle l'a été de nos crimes? La punissons-nous du moins selon ses forces, si notre lâcheté et sa foiblesse ne nous permettent pas d'allei' au delàV Nous ret^ardons-nous comme des criminels à (pii tous les plaisirs sont interdits, et qui ne penxent éviter la mort éternelle ([u'ils ont encourue par leurs crimes qu'eu se condamnant à nue moi't tempoi-elle, c'est-à-dire en mourant tous les jours pai' la ])énitence au monde, à leur cliair, à ses désii's et à toutes les créatui'es?
Hélas! tous nos soins se bornent à llatter une cliaii' que la justice de Dieu ne regaide plus qu'avec horreur et d'un œil d'indignation et de colère; uous ne sommes ingénieux qu'à nous justifier à nous-mêmes notre immortilication et notre mollesse; nous regaidons l'obligation de la pénitence, que nos crimes passés nous rendent si nécessaire et si essentielle, comme une obligation indifférente et de surcroît. Loin d'être animés d'un saint zèle contre notre corps, nous a\ons horreur de tout ce qui le gène et le mortifie ; loin d'entrer dans les intérêts de la justice de Dieu, nous plaidons sans cesse pour nous contre elle-même. Nous trouvons mauvais qu'elle exige tant de notre foiblesse ; nous soutenons qu'on pousse trop loin la sévérité de ses prétentions; nous adoucissons la rigueur de ses maximes; nous leur donnons des interprétations favorables à notre amour - propre ; nous diminuons ses droits pour augmenter ceux de notre cupidité : enfin notre corps nous est plus cher que la justice de Dieu, qui demande sa punition; et l'esprit qui nous anime n'est pas un esprit de zèle et de pénitence inséparable de l'Esprit
32S sinmoNs i)i<: massim.on.
(le Dieu, c'est un (^sj)i'il de cliair cl de s;in^, ((ni ne [)0.ssédera jamais le royaiinie ])romis à Ja croix cl à la, violence.
TROISIEME HKFI.KXION.
Enlin, le dernier caractère de l'Esprit de Dieu, c'est d'être un esprit de ibrce et de courage. Comme c'est un Esprit (pii a vaincu le inonde, qui a renversé les idoles, anéanti les superstitions, confondu les préjugés, condamné les erreurs et les sectes, combattu les passions; en un mot, comme c'est un esprit plus fort que le monde, il ne craint pas le monde. Aussi les apôtres, auparavant foibles et timides; eux que la voix d'une femme avoit intimidés ; eux que la mort de Jésus-Christ avoit dispersés, et qui, cachés dans Jérusalem, n'osoient s'exposer à la fureur des Juifs et rendre témoignage à l'innocence de leur Maître et à la vérité de sa doctrine, dès que l'Esprit de Dieu est descendu sur eux, ils ne connoissent plus ces timides ménagements; ils paroissent avec une sainte fierté au milieu de Jérusalem; ils annoncent devant les prêtres et les docteurs ce Jésus dont ils n'osoient auparavant se déclarer les disciples. i\on-seulement ils ne craignent plus les discours publics; mais ils méprisent les menaces, ils bravent les supplices, ils répondent hardiment qu'il est plus juste d'obéir à Dieu qu'aux honunes ; et comme si la Judée n'avoit pas olï'ert assez de périls et assez de persécutions à leur courage, ils se répandent dans tout l'univers; et la férocité des peuples les plus barbares, et l'horreur des tourments, et la cruauté des tyrans, et l'attente de la jnort la plus affreuse, et le monde entier révolté contre eux ne fait qu'augmenter leur fermeté et leur constance.
CAUAC, TKIU'S Dl'. I/liSPltll \)\'. .1 i:S IS - C II 15 1 ST. :{2',(
Telle est une àine pleine de ri'",s|)rit de Dieu. (À'I l']sj)|-it (]ui liiuuilie (tu (|ui élè\e à son ^ré les personnes, qui se joue des grands et des puissants, (pii l'euverse ou (pii allerinit les noms et les l'orlunes, (pii l'oinie ou (pii déti'uil les royaumes et les em|)ires: cet l'isprit, source de toute gi'andeur dans le ciel et sur la terre, el devant lequel tout est néant, élève une àme qu'il remplit au-dessus d'elle-même; il la lait partici|)er à sa grandeiu' et à sa souveraineté; il imprime en elle ses cai'actères divins de liberté et d'indépendance; il va la placer jusf[ue dans le sein de Dieu, d'où cette àme jetant les yeux sur cet uuiNcrs, les grandeurs et les puissances de la terre ne lui |)aroissent plus (pTiiM vain atome incapable de l'intimider et indigne même de ses regards et de ses attentions.
Rien n'approche donc de l'élévation, de la noblesse, de la fermeté d'une àme que l'Esprit de Dieu possède. L'élévation et la fermeté que le monde donne est toujours mêlée de ménagement et de bassesse, parce qu'elle est toujours soumise au monde et par quelque endroit dépendante de lui : autant que nous tenons au monde, nous craignons le monde. Mais une àme juste ne le craint plus, parce qu'elle n'y tient plus; ses jugements lui sont indilïêrents, ses discours et ses dérisions ne l'ébranlent pas plus que le son d'une cymbale retentissante; elle fait gloire de la vertu devant ceux mêmes qui la méprisent; elle ne défère qu'à la vérité ; elle ne ménage que la charité ; elle n'a point de ces timides complaisances dont la piété souH're, et qui, loin d'édifier les pécheurs qui les exigent de nous, les confirment dans leurs erreurs injustes. Voyez aujourd'hui les disciples : on traite leur zèle d'ivresse, et leur zèle ne fait que s'enflammer; on les prend pour des insensés, et l'injustice des discours publics ne sert qu'à les confirmer dans
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leur sainte folie ; on les reii;;ir(le roriiiiie des sédiiclciirs, et ils ne l'on! rien, poiii' niellre le monde de huji" côté, que ce ([n'ils ont i'ail poni' Je l'éNoller conti'c vu\, c'est-à-dire le condamner, l'éddiei' et le repi'endi'e.
li'esprit (In monde est nn espi'il de s()nj)lesse et de niénagenienl. Connue ramon]"-pi(»[)ie en est le principe, il ne cherche la vérité qu'autant (jue la vérité lui peut plaire, il ne se déclare pour la piété qu'autant que la piété lron\e tles partisans favorables, il ne se fait honneur de la \er(u que dans les lieux où la vertu l'honore. Et voilà l'es- })rit qui nous régit et ({ni nous gouverne, un esprit de timidité et de complaisance; on craint d'être à Dieu, et dans toutes les occasions où il s'agit de se déclarer pour lui on mollit et on se ménage; et dès (pi'il faut s'exposer pour sa gloire à la dérision et à la censure des hommes, on recule et on se fait de sa lâcheté une fausse prudence; et dès qu'il est question de déplaire pour ne pas manquer au devoir, on en croit la transgression légitime; et la première chose qu'on examine dans les démarches que Dieu demande de nous, c'est si le monde y donnera son suffrage; et pour ne pas perdre l'estime du monde, on paroît encore mondain, on parle son langage, on applaudit à ses maximes, on s'assujettit à ses usages ; et pour éviter même d'être ennuyeux, on entre dans ses plaisirs, on est de ses dissipations, on participe peut-être à ses crimes.
Nous n'avons qu'à nous juger de bonne foi pour convenir que c'est là notre caractère. T(3ute notre vie n'est qu'une suite de ménagements et de complaisances que la loi de Dieu réprouve; partout nous sacrihons les lumières de notre conscience aux erreurs et aux préjugés de ceux avec qui nous vivons. Nous connoissons la vérité, et cependant nous la retenons dans l'injustice ; nous applaudissons
CAiJAr.TiiiU'is Di; i,i;si'i;ri di; j ksis-ciiimst. ;i:{i
aux iiiaxiiiics (|iii la ('(Hiihallcut . nous n'osons ivsisloi" à cv\[\ ([iii la coïKlaiiiiii'iiL luins (Nniiioiis Ions les jours à la llaltcrii' cl au (Irslr do no ])as déplaire mille choses (|U(ï notre conscience nous reproclie el d'où noire ^oùl luenie nous éloigne; en un mot, nous ne vivons pas pour Jiousniènies et pour Ja vérité, nous vivons pour les autres et j)our la \anilé, nous voulons ])laire, nous ne pouvons nous passer du monde, nous leuons à lui par des vues de gloire, de l'orluiie, d'établissement, de ciédit, de réputation, d'amusement, même d'amitié et de société; et de là \ ient ([lie dès que la vérité est en concurrence avec ([uel- (pfuue de ces passions, et qu'il faut leur donner atteinte en se déclarant pour elle, nous l'abandonnons, nous nous ménageons, nous dissimulons, nous nous faisons de fausses maximes pour justifier nos tempéraments injustes, nous nous persuadons que la vie du monde où nous sommes engagés nous les rend inévitables. Ainsi toute notre vie se passe à déférer aux autres, à nous acconnnoder à leurs passions, à suivre leurs exemples, à consentir à leurs maximes; nulle fermeté, nulle résistance, nul courage; tout nous ébranle, tout nous entraîne ; la complaisance est le grand ressort de toute notre conduite, et n'ayant peutêtre point de vices à nous, nous devenons coupables de ceux de tous les autres, et nous ne pratiquons aucune vertu. Cependant comme nous conservons dans le cœur un reste d'amour pour la vérité , que nous ne nous livrons au monde qu'cà regret, que nous en évitons les égarements, que nous nous distinguons de lui par les actions extérieures de la piété, nous croyons ne pas lui appartenir comme ces âmes mondaines qui en sont enivrées; mais nous nous trompons, il est sûr du moins que nous n'appartenons pas à l'Esprit de Dieu, cjue ce n'est pas lui qui
332 SI- H M ON S I) l", MASSILLON.
lions coiidiiil cl fini nous [)Oss('(k'. V/dV CAit Espi'il (li\iii est iiii esprit (le force, de lcnnct(''. de coiii;i!j,(' : il ne cr;iinl pas le inonde, pai'ce ([u'il méprise le monde: il ne \enl pas plaire au monde, parce f(ii'il (vsl crnt'ilié an inonde; il ne reclierclie pas les snlli'ai^^es du monde, parc(î qu'il jun;e les jugements du monde; il ne ménage pas l'amitié du monde, parce qu'il est ennemi du monde; il ne se laisse pas ébranler par les exemples du monde, parce qu'il a vaincu le inonde. Le caractère le plus op])Osé à l'Esprit de Dieu, c'est ce caractère de lâcheté et de complaisance; et la marque la plus sûre que Dieu n'est pas dans un cœur et qu'on est encore au monde, c'est lorsqu'on le craint plus que la vérité, qu'on le ménage aux dépens de la vérité, fju'on veut lui plaire malgré la vérité, et qu'on lui sacrifie sans cesse la vérité.
Grand Dieu! répandez aujourd'hui dans nos cœurs ce triple esprit de recueillement, de renoncement, de fermeté, qui, répandu autrefois sur vos disciples, en fit des hommes nouveaux, les vainqueurs du monde et les témoins de la vérité; anéantissez en nous cet esprit du monde, cet esprit de dissipation, d'immortification, de complaisance et de lâcheté, qui ferme depuis si longtemps dans nos cœurs l'entrée à votre Esprit divin; renouvelez en ce jour nos désirs, nos alîéctions, nos sentiments, nos pensées. Venez, Esprit de vérité, dans nos cœurs, prendre la place du monde miséi'ahle qui nous déplaît, et auquel nous n'avons pas la force d'oser déplaire; et après avoir établi ici-bas en nous votre demeure, faites que nous devenions les temples éternels de votre gloire et de votre vérité.
Ainsi soit-il.