‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 41 sur 58 · L'AMBITION DES CLERCS · texte numérisé non relu

L'AMBITION DES CLERCS

PREMIi: RK REFLEXION.

Qu'est-ce que l'honneur du sanctuaire? Cai" pour savoir s'il est permis de le désirei", il faut examiner d'abord ce qu'on désire. C'est premièrement, dit saint Paul, une servitude honorable, qui, nous établissant sur tous, nous rend redevables à tous; c'est une sollicitude laborieuse et universelle, qui nous met entre les mains les passions, les besoins, les foiblesses et tout le détail des misères humaines; c'est un poids accablant, ({ui nous oblige déporter dans notre sein tout un peuple, coinine une nourrice porteroit son enfant; d'essuyer sans nous rebuter ses inquiétudes et ses caprices; de soull'rir, sans l'alxuidonner, ses ingratitudes et ses murmures; de réunir au devoir et à l'observance des lois cette dilï'érence infinie d'humeurs,

^^'^ coxi'i: n i:n(;|' s di: massi i.lox.

d'csprils, (l"mt(''r(Ms, de (alciils, de roiidltioiis (|ui le c tiiiposeiit, cl de rcd(Md)li'r nos soins à inc'snrc (|n'il s'(''lndi(' à les rendre inntiles; c'est nn(! élévation incommode, qui nous expose an\ re^^ards publics et fait que font ce qui nous est permis ne nous est j)as expédient, à cause de la foiblesse de nos frères; c'est une inspection pénible, qui nous oblige de reprendre à temps et à contre-temps; ([ui devient plus difficile et plus périlleuse à mesure que les mo'urs des siècles se corrompent; ([ni, en nous conliant le dépôt des règles, nous revêt d'une autorité f[ui se fait presque toujours plutôt sentir par les refus que par les grâces, et nous expose à la haine de ceux mêmes que nous voulons sauver; c'est-à-dire, c'est un état dont les soins sont infinis et ingrats, dont les seuls privilèges sont des exemples qui puissent servir de modèle, dont toute l'autorité et les plus sages ménagements du zèle se bornent à faire des murmurateurs ot des mécontents. Mais ce n'est pas là le plus terrible.

Une dignité sacrée est, en second lieu, une charge périlleuse, qui nous rend devant Dieu responsables d'une inlinité d'âmes dont le salut ou la perte est, pour ainsi dire, notre ouvrage, et qui, outre nos propres péchés, rend encore notre négligence coupable de ceux des fidèles sur lesquels nous sommes établis; c'est une dispensation formidable, qui nous met entre les mains les mystères de Dieu et tout le fruit de la mort de Jésus-dhrist, de sorte que la plus légère infidélité est un aluis criminel de son sang et rend inutile le bienfait inestimable de la croix ; c'est un ministère qui nous partage entre la prière et les sollicitudes; qui nous fait un devoir essentiel de conserver le goût de la retraite et du recueillement au milieu des soins et des embarras, de conserver cette fleur de réputation, cette

s ri; 1. AMiM rid.N m: s cuiucs. .{.j.-,

innocence ut celte jxuleui' sacerdotiilc, pai'nii les passions et les secrètes Ibiblesses dont nous sonnncs les n'inoins et les dépositaires; ([ui nous nièle |)anni les lioiunies et (pn'l([nelbis dans les palais des rois; et nous ()l)lij:;e ce[)(;ndant d'y porter tonte la simplicité, toute la ,ti;ra\ilé, toute la nioi'tilication des déserts, et d'y condannicr par notre exemple la mollesse et ranihillon de ceux f[ui les liahilenL ; c'est nn poste de \igilance, où il faut a\oir sans cesse à la main les armes spirituelles d'une milice sainte, le glaive de la parole, le bouclier de la loi et de la doctrine, pour cond)attre contre la chair et le sang, contre les puissances invisibles, contre les erreurs qui altèrent le dépôt sacré, ou les préjugés et les maximes du siècle qui corrompent les règles ; de sorte ([ue les abus que nous tolérons ou que nous ne corrigeons pas deviennent nos crimes, et que les désordres [)ul)lics nous sont comptés connne nos vices particuliers. Or, est-il sur la terre de condition plus périlleuse? un état qui, dans l'allbiblissement presque universel des règles et de la loi , met sur nous les abus publics , et ne compte notre innocence personnelle que comme le point le plus facile de nos devoirs. Mais ce n'est pas encore tout.

Un rang d'honneur dans l'Église est une médiation entre le ciel et la terre ; une royauté sacerdotale, qui nous met entre les mains les sources des grâces , les trésors de l'Église , les clefs de la vie et de la mort , du ciel et de l'enfer; qui /dit courber sous notre autorité ceux qui portent l'univers • qui laisse aux anges mêmes des ministères inférieurs au nôtre, et nous élève au-dessus de tout ce qu'on nomme dans le ciel et sur la terre; c'est un caractère divin , qui nous donne autorité sur Jésus-Christ même, qui nous le rend obéissant jusques à la mort mys-

33(i CONKÉKHNCRS I)K MASSILLON.

tique des mystères saints; qui nous met, si j'ose le dire, ù la place du Père céleste, et nous fait engendrer son Fils sur les autels et dans les splendeurs cachées du sanctuaire ; ('11 un mol, qui nous établil les dieux visibles de la terre. Or, csL-il rien de si grand, de si sublime et de si saint? Recueillons tous ces caractères : de tous les états, c'est donc ici le plus pénible, le plus périlleux, le plus divin. Or, en premier lieu , je pourrois vous demander : Ktesvous assez laborieux pour aspirer à un ministère si environné de soins, de travail et de peines? ètes-vous né pour vous faire une violence continuelle, pour rompre tous vos penchants, pour sacrifier au devoir les plaisirs les plus innocents , pour être tout aux autres et ne vivre pas un seul moment pour vous-même? Saurez- vous, comme l'Apôtre, être dans la faim et dans l'abondance, dans la réputation et dans l'ignominie; vous naturaliser' avec le sérieux de vos occupations; vous roidir contre le peu de succès de vos travaux, et parvenir jusques à vous faire un délassement même de vos fatigues? Hélas! élevés la plupart dans des mœurs douces et tranquilles , dans une vie qui n'a jamais connu de règle que l'humeur, toute contrainte vous tyrannise ; la seule uniformité inséparable de ces maisons de retraite est une gêne qui vous paroît insoutenable; et vous en souhaitez la lin comme le terme heureux de vos ennuis et de vos peines. Tout ce qui demande de la règle, des attentions, ne vous convient pas; tout ce qui est sérieux vous fait peur; tout ce qui n'est pas plaisir est pour vous un supplice. Si, dans un âge où la dépendance est encore naturelle, où les passions plient

1. Signification vieillie pour din; : vous familiarisur. On trouve dans le îTiéme sens : « Je voudrois ([u'un si grand homme (Aristoto) eût un peu j)Ius naturalisé l'art et les règles.» (MÉr.É, OEuvres, t. I, p. 21'2.)

srii I. A M lii rioN i)i;s cli; iu;s. .{.n

t'iicore sous la K'^ic cl sons la tlisci[)liiie , \uiis prenez si peu sur vous-même, rpie serez-vous lorsrpio, ayant secoué tout joug, vous n'aurez plus (pic vos peucliants pour la règle (K> vos mirurs el de vos désirs? \ ous allez être dans le temple du Dieu vivant une idole qui aura des yeux, et ne verra pas; une langue, et ne parlera pas; des mains, et ne s'en serxira pas: des pieds, et demeui'era oisive et iuunobile : P^/.s7or r/ idolum (Zachau., xi, 17). Le siège (jue vous occuperez dans le sanctuaire sera pour vous un lit d'indolence et de mollesse; vous regarderez une dignité sainte connue la lin de vos peines et le lieu de votre repos; \ ous croirez l'axoir assez achetée par un peu d'assujettissement et de contrainte ; vous n'en prendrez pour vous que les Heurs et les roses, et en laisserez aux autres les épines; vous entrerez dans l'héritage de vos saints prédécesseurs, et vous n'entrerez pas dans leurs travaux; vous serez jaloux des honneurs du ministère, et vous en mépriserez les fonctions; en un mot, vous ferez servir h vous seul un titre saint, qui n'est établi que pour les fidèles. Ainsi, quanti l'honneur du sanctuaire ne seroit qu'un ministère laborieux et pénible, vous seriez téméraire d'y prétendre.

Mais, en second lieu, c'est un ministère environné d'écueils et de dangers. Or, je vous demande : Étesvous assez aiïermi dans la piété pour aspirer à un état si périlleux, où toutes les fonctions sont si délicates et si dangereuses, et où ceux qui nous paroissent les plus forts font tous les jours de si tristes naufrages? Hélas! vous ne savez pas encore gouverner la maison de votre âme ; comment gouvernerez-vous l'Église de Dieu? Vous êtes encore un roseau qui plie à tout vent; comment serezvous une colonne sur qui doit reposer le temple de Dieu?

;j;}S CONFÉHlî.NCKS 1)1'; M \SS II.I.OX.

Vous donnez et laissez cmître des ronces et des épines snr la tcïiTe de votre crur : connnent v(;illei'ez-vous sur tout le champ de Jésus-Christ, |)our empêcher (jue l'homme ennemi n'y sème de l'ivraie? Peut-être chancelez-vous encore (huis les xoies de Dieu, et il faut qu'un guide sacré vous tende les mains de temj)s en temps pour vous relever de vos chutes; comment soutiendrez-vous et alîermirezvous ceux qui sont foibles? Peut-être une occasion vous entraîne; un souille vous renverse; le moindre silllement du serpent empoisonne votre cœur et y fait expirer tous vos projets de vertu; un seul regard vous souille; un seul entretien mondain et licencieux détruit en vous le fruit de trois mois de retraite; une seule raillerie d'im contempteur de la piété vous arrache des complaisances criminelles; en un mot, à peine avez-vous fait quelques pas dans la voie de Dieu que vous retombez lâchement sous le poids de vosfoiblesses et de vos passions : comment porterezvous sur vos épaules, comme un bon pasteur, les brebis, ou languissantes, ou égarées? Si les travaux du ministère condamnent de témérité votre paresse qui les désire, ses écueils et ses périls, mis en parallèle avec votre fragilité, rendront-ils vos désirs plus légitimes?

Mais , en troisième lieu , l'honneur du sanctuaire , auquel vous prétendez, est un état angélique et divin. Or, êtes-vous assez pur et assez saint pour aspirer à des ministères si sublimes? quelle est l'histoire de vos mœurs et de votre vie? quelles ont été vos premières années? qui êtesvous encore aujourd'hui? Jugez-vous ici en présence de Jésus-Ch'ist, et tirez du trésor de votre cœur l'ancien et le nouveau. A peine capable de connoître Dieu, vous avez été capable de l'olïenser; vos inclinations naissantes ont été des crimes; si haut que vous remontiez dans votre pre-

s i ' H I . A M it I T I () \ I » i; S ( ; [. I-: n es. 3;59

inier âfj;(', vous \ Iioiimtc/. les naissances de voiro corruption: \()ti'c souNcnii- 11') pent reposer (pie sur des souillures; \ons êtes de cimix dont parle le Prophète, (jui se sont égarés di's le sein de leiu" mère. Sans [x'-nitence , sans retoiu'. sans interruption, vous \ons êtes roulé de précipice en pré(i[)ice; \ous nous êtes traîné sur les passions les plus sales, et vons avez mille lois prolané le temple de Dieu en vous, (le n'ont point été là de ces chutes rares, où la li-agilité et l'occasion nous aient conduit (pielcjuel'ois, et d"où un fonds de religion et de crainte de Dien vous ait d'abord letiré; c'a été un état fixe, tranquille, la profondeur de l'abîme, une situation où le crime entroit dans vos mœurs ordinaires, et dans le plan, pour ainsi dire, de votre vie; et si la vigilance des maîtres et des considérations humaines vous ont obligé de donner quel- (jnefois des marques extérieures de religion , dans la participation des sacrements, vous y avez peut-être comblé la mesure; et, de simple pécheur rpie vous étiez, vous êtes devenu profanateur.

Or, je vous demande, tout couvert de lèpre comme vous êtes encore, et indigne de paroître même au pied des autels avec les simples lidèles; exhalant encore la puanteur de vos passions et une odeur de mort; n'ayant pour toute marque de vocation aux honneurs du sanctuaire qu'un grand noin dans le monde , le second rang dans la maison de votre père, les désordres d'une jeunesse licencieuse et des désirs criminels de vous élever, vous avez la témérité de prétendre à l'honneur suprême du ministère saint , pour lequel les anges mêmes ne seroient pas assez purs! de prétendre à la récompense de la piété et de l'innocence; à un état divin, où les larmes mêmes et le mérite de la pénitence la plus longue et la plus sincère

340 coM' ki{|':n(:i:s I)I<; massii.i.on.

110 [)()iiMH('iil aiilrclois ;Ut(!iii(li'(! ! L'Iioiiiiiii; (|ui su [)i(''scnle ;iu rcstiii (le l'I^NaiiLçilc, ;ive(" une robe; oi'diiiaii'c en osl, rejeté, quoiqu'il y IVil appelé et qu'il ne [)réteiidît que s'asseoir dans la l'oule des autres conviés; et vous y viendriez témérairement, non avec des mœurs communes et ordinaires, mais tout couvert de vos souillures; non pour NOUS y asseoir a\ec le l'este des fidèles, mais pour y [)résider, pour y distribuer Ja viande sainte et la sanctilier par des paroles de bénédiction ! De quel œil le ])cre de l'amille vous verra-t-il entrei'? et que \enez-vous l'aire dans le tem[)le de Dieu, dont les murs mêmes fremii'onl de voir l'idole placée avec honneur dans le lieu saint?

Quand je n'aurois que ces raisons personnelles, il est clair que vos désirs seroient, ou des témérités, ou des crimes. Mais je vais plus loin : je suppose en vous toutc^s les qualités que vous n'avez pas, tout l'amour du travail qu'exige un ministère laborieux, toute la solidité de vertu que demandent des fonctions périlleuses, et enlin toute la sainteté et l'innocence qu'on doit a])porter à une dignité sainte; et je dis que si vous aspirez à l'honneur du ministère, vous n'en êtes plus digne, et toutes vos vertus, qui auroient pu vous y préparer, deviennent des vices qui vous en éloignent. Ecoutez , et vous en serez convaincu. Un clerc, disent les lois des empereurs, doit être si éloigné de tout désir et de toute brigue , qu'il faut qu'on le cherche pour lui faire violence : Quœratur cogeiidus; qu'il résiste aux prières et aux sollicitations de ceux mêmes (jui ont autorité sur lui : Rogalus recédai; qu'il se cache et se dérobe aux poursuites et aux instances : Inritatns rcfngidt; que la seule nécessité de se rendre excuse son cojisentement : Sala illi sit/fn/gd/ir iwcc.ssiùffi c.irustindi ; car il est assurément indigne de l'honneur du sacerdoce, s'il ne le

sri; I. AM itiTKtN iti:s cliihcs. :^4i

rccoil ni;ilL;r('' lui : l^rofcrlo cnini iiu/if/ni/s csf s/ifcrdc/io , nisi JNcrit nriluuitns iiirilns. (le ne soûl point ici les scrupules el les IVayeui's de (|U('I(|U(' àuic icliréc; ce ne sont point les expressions ()uti(''es de (pielcpie serviteur (le Dieu, pénétré peut-être trop \i\enient cltî la grandeur et de l'excellence de sa vocation; ce n'est pas un discours d'insti'uctioii, où la \ivacité et la \éliénience du /Me \\\ ((url(|uel'ois plus loin (pn' la rè<j;lc et la \ériié:ce sont des lois où cJKupie ternie est mesuré, poin" inarrpier robligalion précise; ce sont des princes, des césars qui parlent, peu accoutumés à surfaire, à exagérei" les (le\()ii's de la relii^ioii, et à (pii on ne l'eproche guère, en fait de mo'iu's et de discipline, la rigueur et les excès. iMais il ne se trouveroit plus personne, dites-vous, pour remplir les places, si l'on ne choisissoit (pu; ceux qui fuient et qui refusent. Il ne s'en trouveroit plus, il est vrai; mais c'est parce qu'on ne choisit que ceux qui s'onVent, qui s'empressent, et qui font plus de démarches et d'elforts pour parvenir aux honneurs du sanctuaire que les clercs n'en faisoient autrefois pour les éviter. Il ne se trouveroit plus personne pour rem[)lir les places, dites-vous : mais l'Esprit de Dieu n'a pas abandonné son Église; mais il s'y forme encore tous les jours et il s'y formera jusques à la fin des vases d'élection pour porter son nom devant les peuples et les rois; mais la succession intérieure de la foi, delà piété, de la charité ne manquera pas plus dans ses ministres que la succession extérieure du ministère même : laissez-lui le soin de se choisir lui-même ceux qu'il a destinés à l'œuvre de l'Évangile; il saura bien les manifester. Ne ju-évenez pas ses choix par vos démarches téméraires; ne venez pas vous oiïrir à la place de ceux qu'il avoit choisis; ne venez pas usurper un rang pour lequel il préparoit en secret un

:VV2 CO.NI- i: R KNCnS DI' MASSI I.I.ON.

iiiinistrf IkIMc: ne dr ranimez pas l'ordre di; sa vocation el (le SCS desseins éternels; attentiez qu'il vous appelle. L'Kglise ne manque de pasteurs que lorsque l'ambition en usui-])e les places.

Or, si les lois des césars sont si sévères sur rand)ition des clercs, jugez quelle doit être là-dessus la doctrine et la sévérité des saints docteui's. Saint Chrysostorne , saint Grégoire le (ii\iiid établissent d'abord , comme un principe incontestable en cette matière, que tout désir de s'élever tlans la maison de Dieu est une dis})osition criminelle qui nous en ferme l'entrée, et la marque la plus infaillible, la plus évidente qu'on n'y est point appelé. Une charité éclairée, dit saint Augustin, choisit d'aborti la sûreté de l'obscurité et de la retraite ; ce n'est que la charité forcée qui subit comme un joug l'honneur et le péril du travail et de la sollicitude. Tous supposent qu'on ne doit entrer dans l'Église, dans ce royaume de Jésus-Christ, que par la voie et le mérite de la violence : leurs exemples confirment leur doctrine. Quelle résistance ne hs-je pas, dit saint Ambroise, lorsqu'on m'éleva sur la chaire de Milan? ne pouvant rien gagner pour le fond , je demandai au moins du délai; mais la force l'emporta : s'il y a eu de la précipitation , c'est la faute de ceux qui m'ont fait violence : Vis cogcntis rsi. Quel fut le torrent de larmes, dit saint Augustin, que je répandis au pied des autels, lorsque Valère m'ordonna son coopérateur dans l'Eglise d'Hippone! la violence qu'on me lit alors ne put être que la peine de mes péchés. Aloi qui suis un ver, et non pas un homme, disoit saint Paulin en racontant l'histoire de son ordination, je fus traîné à l'autel malgré moi, environné d'une foule de peuple cpii m'accabloit; et malgré le désir ardent que je sentois de faire passer ce calice loin de moi, je fus

SI K I. A .M i;i 1 i(i.\ i)i;s cm; iîcs. ;ii:{

poiil'laiit coiili-aliit (If dire an Seigneur: (jiif votic Noloiih'; s'acc()in[)lisse , et non pas la niicinii'l (le ne seroit jamais lait, si j't'nli-ej)ien()is de r, inasser ici ton! ce (jn'on ponrroit rapporter sur cel article; toute l'antiquité est remplie de ces sortes de traits : on y a vu de saints solitaires, vous le savez, attenter, pai- un excès de zèle, sur leur proprci personne, pour s'evclnie à jamais des lioiinnirs de l'Eglise qu'on leur oUroit. Noilà les règles des saints, les exemples de nos prédécesseurs et l'esprit de l'Eglise dans tous les siècles.

Ce n'étoit point alors une vertu héroïque de craindre, (le refuser, de fuir; c'étoit une loi reçue , une maxime commune, ime règle uniM'rselle, un usage aussi établi que l'est aujourd'hui celui de solliciter et de s'oll'rir soimême ; et l'on portoit si loin cette sainte frayeur, que l'Église d'Afrique fut obligée d'ordonner des peines contre les clercs qu'une humilité excessive empêcheroit de consentir à leur ordination , lorsque leur évéque les appelleroit. Siècles heureux! hélas! il ne faudroit plus aujourd'hui que des foudres contie les usurpateurs et des barrières pour arrêter les empressements téméraires! Et ce qui surprend, c'est que dans un siècle où l'on ne parle plus que le langage des anciens; où l'on paroît si désabusé des ignorances et des crédulités des siècles postérieurs: où l'on se fait honneur de rapprocher nos mœurs et notre discipline de celle de nos pères; où la critique, poussée plus loin que jamais, a éclairci tout ce qu'il y avoit de plus obscur dans les annales de l'Église, on s'abuse sur un point si évident , marqué en caractères si lumineux dans tous les écrits des anciens; on regarde comme douteuse, ou comme outrée, la règle la plus dominante, la plus universellement pratiquée, la plus constamment éta-

344 C 0 N V k n V. .\ (1 i: s D I". i\i a s s i i, i.on.

blic dans Idiil»' la Iradilioii. (le (|ni siirprciid , c'est (lu'oii écoute des iiiaxinies si sûres, si iiicontesla])Jes, comme des discours édiliaiits, que la piété et le zèle nous font tenir dans ces maisons de retraite, mais qui, dans l'usage, ne doivent ])as ser\ir de règle. Ce ([iii surprend ciiliii, c'est qu'on a laissé à certaines âmes d'un goût de veilu plus relevé, ou plus farouche, toutes ces pieuses délicatesses (le frayeur et de résistance, comme si c'étoit ici une singularité et non pas l'esprit essentiel de notre vocation ; comme si ce n'étolt qu'un i-affmement de jiiété, et non pas la piété et la religion elle-même.

Après cela, je ne m'arrêterai ]ias à exposer ce que dit l'Apôtre sur le désir de l'épiscopat : c'est une objection basse et vulgaire et qui ne mérite presc[ue plus de trouver place que parmi les proverbes du bas peuple. Il est vrai qu'on ne voit pas que saint Paul ait recours à ces mouvements divins d'une sainte éloquence pour combattre ce désii-, et qu'il en parle avec modération. Mais donnez-moi des tyrans et des persécuteurs, des dignités pauvres, laborieuses, méprisées, obligées à vivre du travail de leurs mains; donnez-moi une Eglise naissante et dépourvue d'ouvriers; donnez-moi de ces honunes apostoliques qui avoient reçu les prémices de l'Esprit; en un mot, donnezmoi un titre d'honneur dans le sanctuaire, qui n'annonce et n'assure que le martyre; et, dans toutes ces circonstances, désirez à la bonne heure de vous immoler pour vos frères, je vous le permets ; et vous désirerez une bonne œuvre. L'Apôtre parle à Timothée effrayé de la grandeur de son ministère, et qui avoit besoin d'être rassuré : s'il eût parlé dans ces derniers temps , il eût bien cJunigê s(i voi.v, comme il nous assure lui-même que les dispositions différentes de ceux qu'il instruisoit l'obligeoient quelcfue-

Sri! i; \ M lîlTIOX ni.S CI.HIUIS. 345

fols (le 1,1 cliaiijj.ci'. Je irajoiilc pas, a\('C sailli .Irroiiio, que sailli l'aiii assure à la xrrih' (lu'oii (li'sirc iim; cIkjsc saillie;, mais (|ii'il iTajoiik' pas (pic le (liVslr en soil saint; avec saint (ilir\ sosloiiie , (iiic, de peur d'aiiloiiscr raiiihilioii et la témérité de ceux ipii piuinolciil désirci- riioiiueur du sacerdoce, il eiilre dans le détail des vei'tns épiscopales, |)()iir faire conipreiidre , par la diUiculté de les acquérir, h (pie! poiiil (le présomption il l'aiidroil être par\enn poiii" souhaiter une |)lace à hupielle tontes ces veitus doi\eiit être inséparablement attachées; avec saint (lypi-ien, ([n'en demandant qu'un ministre soit iri'épréhensihle, chaste, doux. Iem[)éraiit, saint l*aiil semble se relâcher, se contt'iiter d'exiii-cM" des vertus comnmnes, et n'oser proposer les vertus ani2,éli(jues et supérieures, nécessaires aux premiers pasteurs, de peur que le désespoir d'y j)uuvoir atteindre ne rebutât, ne décourageât ceux qu'on appeloit au ministère, et que les églises ne lussent sans pasteurs. Voilà comme l'Apôti'e parle du désir de Tépiscopat, en rassurant le zèle et les pieuses frayeurs des ministres inférieurs, et les exhortant de ne pas se refuser à une œuvre si sainte , lorstpie l'Église auroit besoin de leur secours.

Mais on n'aspire point aux premières dignités de l'Eglise, me direz -vous; on ne souhaite cp'un titre qui donne un revenu modeste et de quoi soutenir la bienséance du caractère dans une condition privée.

A cela, je ])Ourrois vous dire d'abord f{ue c'est là le langage ordinaire de ceux mêmes qui veulent aller à tout, mais qui rougiroient de manifester des désirs plus hauts et moins modestes. Je pourrois vous dire encore que c'est un piège de Satan ; que la cupidité ne se prescrit pas aisément des bornes; que le tentateur ne vous propose d'abord que du pain, pour vous mener ensuite plus loin par degrés

346 ('.ON K[';ii KXCIIS l)K M A S S I I, [.0 N.

et r(h('illoi" en vous des préleiillons plus ivlevées, doiil il voit les semences dans Noirc cdiii-. Les Israélites ne deinandoient d'abord (|irnii(' iioiiiiiliire simple et commune, pour apaiser la faim (pii les loniinciiloit : Dieu leur envoya la u)anue. (le secours ([ii'ils aNoicnt di'sin'' leur parui sul'lisant, et ils 1(^ reçurent a\ec actions de ti,ràces ; mais, bientol a|)r('s, de nouveaux désirs s'élevèrent, et les \iandes les plus délicieuses, (pie Dieu fît pleuvoir sur eux, ne purent encore réussir à satisfaire leur avidité. Mais je vous réponds jiremièrement : Si vous tra\ aillez dans le champ de Jésus-Christ, vous avez droit aux fruits que \ous cultivez; servant à l'autel, vous devez vivre de l'autel. Oi", on })eut désirer innocemment ce qu'on peut recevoir avec justice; mais vous êtes un mercenaire, si cette juste rétribution est la lin et le motif de vos peines; il faut seulement qu'elle en soit h; soutien , qu'elle couronne le travail; mais qu'elle ne soit pas l'unique et l'indécent but de l'ouvriei'. Cependant, on ne souhaite les fonctions que pour les rétributions qui y sont attachées; les mieux payées sont les plus courues: celles où il ne s'agit que de la gloire de Dieu et du salut de nos frères ont peu de solliciteurs. Vu esprit d'intérêt sordide entre dans les ministères les plus saints; on apprécie les fonctions su])limes du sacerdoce comme des ouvrages vils et mécaniques, et on est plus occupé de ce qu'elles rendent que du fruit qu'elles peuvent faire. Ainsi, sous pi'étexte qu'il est permis de vivre de l'autel, on fait de l'autel connue un uîétier qui nourrit son artisan : et Ton accoutume les peuples à ne pas distinguer le salaire d'un prêtre du Très-Haut du salaire du vignei'on et du lal)oureur (pii défriche la terre. Je vous réponds en second lieu : Si vous ne désirez les titres et les l'evenus du sanctuaire (pie comme un moyen

Sri{ 1, A M lîITION DKS C l.l'UCS. 347

de couler nos jours avcf plus de (lonccui- d de liaiiquiHilô, vos désirs sont injustes cl ciiiiruicls; les biens de ri^<j,iis(' sont une solde sainte, et vous n'y ascz droit (luanlanl (|n(! NOUS serse/. dans cette milice spirituelle. Je \ous ri'ponds cnlin : Si nous n'aNcz aucun talent pour sei\ir IMjJiiise el (pie vous ne puissiez honorer \otre ministère ipie d'un nom disfinji'ui' dans le monde, ri'ii^lise ne connoîl personne selon la chair: ("e ne sont pas les noms, ce sont les talents et les \ertus (pii remplissent ses lonclions, et rien ne l'honore que les dons de Dieu et c(! ([ui peut contribuer au salut des fidèles. Ainsi, vous ne devez pas désirer des biens et des titres dont nous ne pouNcz jouir sans crime. Kt croyez-Nous (pi'il sul'lise d'être à portée par sa naissance d'obtenir les richesses du sanctuaire j)our éti-e en droit de les désirer? croyez-vous que les raisons humaines qui déterminent les princes de la terre à vous préférer puissent devenir des motifs de jii'éférence pour Dieu même, et que ce qui fait l'abus puisse faire votre sûreté? Or, si les désirs tout seuls sont criminels , les démarches ne sauroient être innocentes.

|)E(jxii;me ri: flexion.

L'ambition commence par les désirs: elle contimie pai' les poursuites. Le tentateur, après avoir obtenu de nous le })remier pas, élève nos désirs jusque sur le haut du temple, nous flatte de l'espoir ({ue les anges seront à nos côtés pour nous garantir de toute chute; et, couvi-ant nos démarches d'un prétexte de religion et de zèle, il nous cache l'ahîme f[u'il nous creuse, et oii nous allons nous précipiter.

348 coM'i; i{ i:.\(;i:s dp; m ass i u.on.

M;iis pi'ciiilrrciiK'iil , loiitc (l(''iii,ii'cli(' csl, Ici une iiili'iision siicrilr^'c : vous nous chii'ilicz noiis-iikmiio ; vous ii'atteiKlt'z pas (jiKî celui (|ui a|)[)ela Aaroii \ous a|)p(3llc; vous courez, et pei'sojuie ne, \ous a envoyé. Le don que vous i)riii;uez csl un don céleste et parfait; il lanl (|(i'il descende (In Péredes linnièi'es; donc, si\ous[)rét(Midez vous en rendre digne j)ar des bassesses, des soins, d(^s assiduités, des adulations, des sollicitations humainc^s, vous êtes un profane (pii achetez le don de Dieu; tout ce (|iie vous faites en vue de la (liL;"nité sainte où vous aspirez est un fonds, un ])ri\ criminel, un ari^ent sacrilège rpie vous offrez pour l'obtenir; vous trafupiez de vos soins, de vos brigues, de vos assiduités pour une chose sacrée; vous marchez donc sur les traces du profane Simon; eh I rpi'importe, dit saint (Ihrysostome, (pie vous n'oHi'iez pas comme lui de l'argent; votre argent sont vos prières, vos sollicitations, vos démarches. Il fut dit à cet infortuné : Que ton argent périsse avec toi; et on vous dira, ajoute ce Père : Que vos brigues, vos sollicitations, vos intrigues, en un mot, ([ue votre ambition périsse avec vous, puisque vous avez cru qu'on pouvoit posséder le don de Dieu par des recherches humaines : Atnbi1io hui tccinri sil iii ))crditiouvin, quoniinn ])iit(isli iinihitii huniano doniuii Jki possidcri.

Mais on se llatte qu'on pourra être utile h l'Église. Déjà Dieu ne ménage point h son Kglise des secours qui la déshonorent; il saura bien lui en fournir d'ailleurs par les voies qu'il a lui-jnême établies. Quelle disposition pour se rendre utile à l'Église, que d'y entrer malgré elle et contre ses lois ! Quand vous auriez tous les talents les plus capables de lui faire honneur, votre seule intrusion les lui rendra non-seulement inutiles, mais scandaleux et funestes; c'est avoii-, du soin que Dieu a^de son l^glise, une

SI \{ LA M I! 1 I l()\ Dl'. S Cl, i: lies. :54'.)

idée bien prolaiit' (|iu' de se [x'rsiiadcr qu'on poiiria lui (IcM'iili- iillli' par le criiiiL'. .Mais (raillciii's, si nous seiilcz laiii (if /t'if |){)iir sunir l'Kglise , iraltciulc/ donc pas ses iioiiiu'uis et ses dignités j)Our la servir : il y a tant de niiiiistrrcs l't de besoins où \()iis |){)n\ez l'aii'c éclater votre zèle; laut-d (jne vous soyez élevé au\ premières places poiu" mettre en œuvre vos talents et votre bonne volonté? ne promettez-vous vos soins à l'Kglise qu'à ce pri\-Ià? ce n'est donc |)as son utilité (pic nous nous [)roposez, c'est la votre; ce n'est donc pas l'Église que vous voulez servir, c'est l'Église ({ue vous voulez faire servir à vos cupidités injustes.

Ainsi ne nous séduisons pas nous-mêmes, mes frères; ne prenons pas quelques Ibibles sentiments de religion, qui surnagent, pour ainsi dire, sur la surface de notre cœur, ne les prenons pas pour nos penchants intimes et réels. Car souvent, dit saint Grégoire, ceux qui veulent s'élever au gouvernement pastoral se proposent des (cuvres saintes: et quoique l'ambition toute seule soit l'àme de leurs poursuites , néanmoins ils s'abusent eux-mêmes, en se persuadant qu'ils vont faire de grands biens. Il arrive donc f[u'ils cachent au fond du cœur une intention réelle et un désir criminel de s'élever, tandis que la surface de lem* esprit ne leur représente que des intentions saintes et louables : Fitquc ni aliud in îmis intoitio s}(ppri))iat, iiUud traclitnlis nnhtKV super firics rocjilalioius os/citdat; mais l'illusion est grossière et se détruit elle-même. En eliet, si les dignités de l'Église n'étoient comme autrefois que des ministères pauvres, laborieux, sans éclat, sans pompe , exposés à la faim , à la nudité , aux persécutions, à la mort, les trouveriez-vous dignes de vos empressements ? s'il ne falloit que vaquer à la prière et au

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iniiiislrrc d»' l;i |).iii)l(" , cl poricr le poids du jour cl de lu cliidciir; si riioiiiiciir du saiicl nuire ne nous ollVoil, rien de plus llulU'cir (|iic ces deux devoii's, eiivieriez-vous beaucoup le partage apostorupie? Ilélas! on verroit bientôt vos nnpi'esseiiKMils l'aleiitis: \os l)fi<^ues el \os poursuites changées en frayeurs, en résistances, en \aines allé<^ations sur votre indignité et sur votre foiblesse : en un mot, s'il ne falloit être que pêcheurs d'honniies, la conduite de la barque ne vous paroitroit pas foil digne de vos recherches. Mais vous savez que la nier, où \ous allez entrer, cache des trésors dans son sein ; que les filets de Pierre ont la vertu de trouver une somme d'argent dans les entrailles mêmes d'un poisson ; et, sur cette espérance, vous voulez gouverner le vaisseau et succéder à son ministère.

Mais si le fond de l'intention dément ce vain j)réte\te d'être utile à l'Eglise, qu'on se forme à soi-même, les motifs publics qu'on enq:)loie pour réussir dans ses démarches et dans ses sollicitations les démentent encore plus nettement; car les raisons dont on se sert pour obtenir les honneurs et les dignités du sanctuaire sont des raisons dont l'b^glise a toujours eu hoi'reur, incompatibles avec son esprit, et dont elle a gémi dans tous les siècles. Et certes, mes frères, que produit-on aujourd'hui comme un titre qui donne droit aux honneurs et au ministère redoutable du temple? Le nom et la naissance; comme si en Jésus-Christ on distinguoit le noble et le roturier; connue si la chair et le sang dévoient posséder le royaume de Dieu et l'héritage de Jésus-Christ; comme si le vain éclat d'un nom qui n'a peut-être commencé à être illustre que par les crimes et l'ambition de vos ancêtres devoit vous donner, avec leur sang, l'hiunilité, la pudeur, le zèle,

si'K L'A M m Ti()\ ni; S ci.i; ucs. :v.\\

riiiiioceiicc , I;i .saiiitclr i|u il-- irniiciil juiiiais eii\-iiièmes; comme si une (lisliiictiitii loiil liiiiiiainc, (|iii traîne après soi ror^ueil, la mollesse, le lii\e. les prol'iisioiis, des iiin'iirs tonjoiiix opposées à l'esprit de noire ministère, devoit elle-même \oiis en rciidi-i' di^•ne. Non, mes l'rères, I Lglise n'a pas besoin de t^ianils noms, mais de gi'andes \ertns : la noblesse qne demande la snblimité de nos fonctions est mil' nobUsse dame, \[]\ nviw liéroï([m' , im courage sacerdotal (pie les menaces, les promesses, la faveur on la disgrâce (\\i monde trouvent également inébranlable : la seule roture qui désiionore notre ministère, c'est une vie souillée, des imeurs profanes, des penchants mondains, un cœur làrbe et rampant, ([ui sacrifie la règle et le devoir à des faveurs humaines, et qui, ne cherchant qu'à j)laire aux hommes, ne mérite plus non-seulement d'être ministre, mais même serviteur de Jésus-Christ. Depuis que les césars et les maîtres du monde se sont soumis au joug de la foi , l'Église a assez d'éclat extérieur; elle n'a pas besoin d'en emprunter de ses ministres; la protection des souverains assure sa tranquillité , et lui conserve le respect et l'obéissance des peuples : voilà à quoi les puissances de la terre lui sont utiles. Mais la noblesse et la grandeur humaine de ses ministres lui sont à charge; il faut qu'elle en soutienne le faste et l'orgueil, et qu'un bien consacré à des usages saints, et destiné à soulager des misères réelles, soit employé à décorer le fantôme du nom et de la naissance. Aussi ses fondateurs et ses plus illustres pasteurs furent d'abord pris d'entre le peuple ; les siècles de sa gloire furent les siècles où ses ministres n'étoient que la bala\ nre du inonde; elle a commencé à dégénérer depuis que les puissants du siècle se sont assis sur le trône sacerdotal et que la pompe séculière

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est ('iilri'c ;i\cc eux dans le Iciiipic. (ic iTcsl pas (|U(' la \ci1ii illiislri'c par un mraiid iioiii n'Iioiiori; h; ininisLèi'c ; elle donne du poids aii\ i-(''L!,I('s et du crédit à la piété; le rcspecl des |)('nples, si allolhli par la bassesse et rindiii;iiité de plusieurs ministres, peut avoir besoin qiieUiuefois d'être soutenu et l'éveillé par ces sortes de distinctions; et il est vrai que ceux qui réunissent la naissance et la piété, qni joi!:;iient à, un t;rand nom de ij;rands talents et des vei'tus éclatantes, méritent, sans doute, la préférence. Mais la chair toute seule ne sert de rien; elle devient môme souvent un sujet de honte et de scandale à l'Eglise : c'est l'esprit qui vivifie ; c'est la piété qui est utile à tout.

Aux raisons tirées du nom et de la naissance, on ajoute et ou fait \ aloii' les plaies et les services de ses proches ; on les allègue comme des titres ({ui donnent un droit incontestable aux dignités de l'Eglise; on veut que l'innocence, la douceur et la tranquillité du sanctuaire soient le prix des incendies et des carnages; que l'Eglise, qui a tant d'horreur pour le sang, en souille, pour ainsi dire, ses dignités et ses places ; que les guerres et les calamités dont elle gémit soient payées d'un honneui' et d'un juinistère de paix et de réconciliation ; que des plaies qui ont ])u honorer la patrie aient droit d'en faire une honteuse à l'Église, et que la valeur dans les combats donne des ministres de charité et d'humilité aux fidèles. Les services mililai]"cs peuvent nous valoir des grades dans la milice du siècle, mais non dans celle de Jésus-Christ; ils peuvent donner des chefs aux armées et des gouverneurs aux provinces, mais non des pasteurs aux Eglises; on peut décorer la valeur de ces marques extérieures d'honneur dont nos rois sont revêtus et qui forment un ordre distingué dans l'État, mais non de l'ordre et de l'honneur du sacerdoce

SI' li LA \l lil r ION l)i;S CLI'UCS. .'{.i.'î

tldiil JcMis-r.hrist est ic cher cl le (li\lii iiisliliileiir ; ('ii un mol, son s;ui^', ([iii ;i réconcilié el saii\e Ions les lioiiimes. ne (Inil pas être la récompense d'nn mi-rite (pii ne hiillc ({ne dans lenrs dissensions et (|ui se lx)rne aies exlei'miner el à les détrnire. Les gnecres on \os [)i-oclies se sont distinp;ués sonl-elles de\ennes ponr xons des marqnes de vocation à nii elal dont la pilncipah; l'onction est crannoncer la [)ai\ à la terre? Lenrs mains encore teintes du sang des ennemis ont-elles plus de droit de vous placer dans un temple ([ue le Seigneur ne voidut pas permettre au roi l)a\id d'étliliei", [)arc(' cpie ses victoires et ses guerres, (pioi([ue entreprises par l'ordre de Dieu, a\'oi('nt connue souillé ses mains, et que par tant de sang répandu elles n'étoient plus assez pures pour élever et consacrer un édifice au Dieu de paix et de sainteté? Qu'y a-t-il de commun entre la milice du siècle et celle de Jésus-dhrisl, entre les horreurs des armes et l'innocence du sanctuaire, entre les victoires qu'on remporte sur les hommes avec un glaive de nioit et de fureur et celles que vous devez remporter sur les pécheurs avec le glaive de la parole de vie et de salut? Aussi la piété du prince a senti toute l'injustice de ces choix ; les services rendus à FKtat ne sont plus payés par des dignités saintes, et les actions glorieuses des pères ne sont conq)tées pour rien dans la distribution des honneurs du sanctuaire, si les enfants ne s'en rendent dignes par l'innocence des mo'urs et par les talents utiles à l'Église.

Que dirai-je de toutes les autres voies par où cherche à s'élever une criminelle ambition ? Des services honteux rendus aux puissants; des emplois indécents occupés dans les maisons des grands. On voit, à la honte de l'Église, des clercs de\enir les ministres de Jésus-Christ, sans autre

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