II
iiiéi'iLc que d'avuii" su èlrc les niiuistres indignes de leurs passions. Les canons apostoliques déposent l'évêque qui aura employé les puissances séculières pour obtenii- F honneur de rôpiscopal : quels anathèmes ii'auroient-ils pas prononcés contre ceux qui servent même à leurs vices pour s'élever à ce degré d'honneur? Les livres saints regardent comme des intrus et des usurpateurs les Jason, les Alcinie et tant d'autres pontifes qui n'étoient parvenus à ce rang qu'en méritant, par des bassesses, la laveur des Aniiochus, maîtres alors de la Judée; leurs noms sont en exécration dans l'histoire du ])euple de Dieu, parce que, pour obtenir le souverain sacerdoce, ils avoient favorisé l'idolâtrie et les superstitions de ces rois païens, et non-seulement imité les mœurs des Grecs et des Gentils, mais avoient même voulu ^ les introduire dans la cité sainte. On est capable de tout, dès qu'on l'a été d'entrer dans les dignités de l'Kglise par des voies criminelles. Paul n'étoit apôtre ni par la faveur des hommes, ni par le choix d'aucun honnne, et c'est par là seulement qu'il avoit droit de se dire apôtre de Jésus-Christ. Hélas! mes frères, qu'il s'en trouveroit peu aujourd'hui qui fussent en état de nous donner les mêmes marques de leur vocation et les mêmes signes de leur apostolat ! Toutes les vocations presque sont humaines et il en est peu auxquelles la faveur des hommes n'ait eu plus de part que le choix de l'Esprit de Dieu. Aussi on se plaint tous les jours de l'aflbiblissement des ministres, et des abus qui déshonorent le saint ministère. Je vous l'ai dit ailleurs, et je ne sauroistrop le redire, ce sont les mauvaises vocations qui donnent tant de mauvais ministres; quand l'Église les choisissoit autrefois, ils étoient saints et
1. La symétrie rigoureuse demanderait: et non-seulement avoient imité les mœurs des Grecs et des Gentils, mais même voulu...
Sli; I.AMUIÏKIN IHiS eu- Il es. 355
honoroieiil leur minislriL! ; depuis (|u'ils se soiil clioisis eu\-inènu's, loiil a changé.
Oserois-je l'ajouter ici, mes Ircres, et ne pas tirer le voile sur tant d'indignités (pii avilissent le sacerdoce (car l'ambition est un vice (pii mène à tout et qui fait usage de tout)? on va jusqucs à emprunter les dehors de la vertu pour s'en attirer la récompense, jusqnes à ajouter l'hypocrisie et l'imposture au crime, jusques à se parer de modestie et d'innocence , tandis c|ue le dedans est plein d'infection et de puanteur, jusques à employer la fraude et l'artifice pour devenir un ministre de la vérité, et sous un règne surtout où la piété seule donne droit aux honneurs de l'Église, et où la religion du prince va la chercher jusque dans les lieux les plus obscurs et les plus éloignés où elle se cache. Mon Dieu, les Ambroise et tant d'autres saints pasteurs qui nous ont précédés se diffamoient eux-mêmes, se couvroient publiquement de la honte du vice, pour paroître indignes du saint ministère et éviter les honneurs du sanctuaire qu'on leur oITroit; et aujourd'hui, pour y parvenir, on se prête des vertus qu'on n'a pas, on se couvre des apparences de la piété qu'on méprise en secret, on se donne le nom tle vivant, tandis qu'on est mort à vos yeux, et l'on prend la peau de brebis pour entrer dans votre bergerie, où l'on va perdre et égorger au lieu de conduire et de défendre le bercail.