‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 43 sur 58 · TROISIEME REFLEXION · texte numérisé non relu

TROISIEME REFLEXION

On est d'autant moins recevable ici d'alléguer l'exemple commun, qui semble justifier les brigues et les recherches, que c'est nous faire honneur de la honte et de l'oppiobre

3;if. C ( ) N I " K lU' N ( : !•: S I ) !■: M A s s I L L O N .

du clergé, (^ar vous dites (|u'oii ii'osl [)lus daus lus siècles où les clercs, chacun dans leur ministère, pouvoicnt, par leiu' zèle seul et par Ictn- lidélité dans les fonctions, s'attirer les regards i^t l'estinK! du clergé et du peuple et mériter leur clioiv et leurs suH'rages, et ([ue les voies de ])arvenir ont changé. Hélas! mes frères, il n'y en eut jamais pour les ministres fidèles : ils connoissoient les voies pour se dérober aux dignités saintes; ils ne connoissoient pas les voies de se les attirer. Mais d'où vient que ces voies ont changé? n'est-ce pas parce que les ministres ont changé eux-mêmes? voudrions -nous faire notre apologie de ce qui nous condanme, et alléguer pour notre justification l'opprobre même de l'Eglise? Et en effet, que a eut-on dire quand on dit que les voies de parvenir ont changé? On veut dire que, tandis que les clercs vécurent exempts d'ambition, et qu'ils n'eurent point d'autre part à leur élévation que leurs refus et leurs larmes, les mœurs furent pures, les règles inviolables, les dignités modestes, le ministère honoré, la science, la sainteté, le zèle, les talents rarement laissés sans récompense ; c'est ainsi que les Chrysostome, les Grégoire, les Basile, les Augustin furent donnés à l'Eglise; mais que depuis que l'ambition et la brigue ont frayé le chemin à l'autel, et que les dignités du sanctuaire sont devenues la proie des plus avides et des plus empressés, ah! c'est depuis qu'on a vu le ministère sans honneur, l'autorité avilie , les règles obligées de céder au temps et à l'intérêt , les fonctions méprisées , les lois effacées ])ar l'adoucissement des usages, la plus sainte discipline de nos pères devenue un point d'histoire et de critique, si peu on en retrouve de trace dans nos mœurs! c'est depuis qu'on a vu la sublimité du sacerdoce se tramer indécenmient dans les palais des rois; les pontifes du

s ru 1. A M Kl 11 ON i)i:s ci.i' ucs, :i;.7

Trts-llaut couiIrm- Icui tète satire sous la laveur des (grands ot des ministres; .-.villr lein* di^Miité à des soins et à des enipi'essenients dont le monde liii-nK'ine fait des dérisions et des censures; montrci' à la coin- des courtisans bas et rampants, au lieu d'y montrer des Ambroise, et ne l'etenir de leur caractère f[ue ce qu'il en faut pour donner (lu prix (Ml pliii(»t (lu ridicule à la bassesse et à l'indignité de leurs lioiiunages; c'est depuisqu'ona vu le faste devenu une bienséance à un ministère d'humilité ; le patrimoine des pauvres, le prix des péchés; les olî'randes des fidèles, c'est-à-dire les revenus sacrés employés à soutenir la vanité, à nourrir la mollesse, à satisfaire les goûts et les caprices, à réveiller la sensualité et tout ce qui iiiilc les ])assions injustes. Tout s'est ressenti de l'entrée peu canonique des clercs dans l'honneur du ministère; c'est le point llxe , c'est l'époque funeste d'où ont pris naissance tous les maux de l'Eglise; c'est de cette source souillée que coulent depuis longtemps sur elle tous les abus et tous les désordres dont elle gémit: c'est un ver qui ne se contente pas de ronger quelques feuilles et de les faner, mais ([ui va piquer jusques h la racine de cet arbre évangélique , figure de l'Église; qui en ilétrit la fraîcheur et toute la beauté, et en tarit la fécondité ; c'est une plaie qui infecte la source même du ministère; et l'unique remède que l'Eglise peut espérer à ses maux et à sa douleur, c'est que le même esprit qui lui a formé ses premiers ministres lui forme leurs successeurs.

Donc, mes frères, l'usage, loin de nous rassurer ici, doit nous confondre, nous humilier, nous faire gémir devant Dieu des plaies mortelles que l'ambition des ministres fait tous les jours à l'Église, et nous persuader encore plus que les seuls désirs des dignités saintes sont

n.iS CO N F fi R R N C !•: s 1) !•: .>! A s s I L L 0 N.

des (-rinics; les hrij^ues et les (léiii;ii-clies, des iiitnisions sacrilèges; et eiiCm, im abus si criant, autorisé par l'exemple commun et par un usage presque universel, notre confusion et notre opprobre. Ouvrez, ô mon Dieu! nos cd'urs à des vérités si anciennes et cependant si nouvelles; élevez notre foi au-dessus des exemples qui sont autour de nous; rapprochez-la de sa source, de ces siècles heureux où vos maximes saintes étoient encore des usages ; et apprenez-nous à regarder avec frayeur l'excellence et la sainteté d'un ministère dont on ne peut se rendre digne qu'en le fuyant et en tremblant sous la main sacrée qui nous impose ce fardeau redoutable.

Aintii soit-il.

FHAr.MEM m Discoins

s UK I. V SAO K

DES REVENUS ECCLÉSIASTIOUES/

On vous a instruit à fond sur la manièi'e dont vous deviez entrer dans les bénéiices; il faut vous apprendre aujourd'hui la manière dont vous devez y vivre et en user.

Or, pour y réussir, il faut remonter à la source. H m'a toujours paru que tout le mécompte en cette matière rouloit sur trois erreurs : l'erreur du fonds, si j'ose parler ainsi, l'erreur des circonstances, l'erreur des précautions. L'erreur du fonds, qui fait qu'on prend le change sur la nature même des biens ecclésiastiques, et qu'on se regarde comme propriétaire d'un revenu dont on n'est que simple dispensateur; l'erreur des circonstances, qui reconnoît de bonne foi que la seule dispensation de ces biens nous a été confiée , mais qui lait que Ton s'abuse par rapport aux dignités où l'on est élevé , au nom que l'on porte, à l'abondance du revenu que l'on possède, aux superlluités dont

1. Nous reproduisons la plus grande partie de ce long discours, nonseulement parce qu'il offre des beautés oratoires d'un ordre supérieur, mais parce qu'on peut le considérer comme un docuniunt hib.tùiique d'une grande importance.

on se fait ou des b(3Soins ou (l(;s IjuMisrancos ; culin, l'erreur des précautions, qui, désabusée des deux précédentes, se retranche sur l'incertitude d'un avenir, sur les divers accidents de la \ie, sur Jcs dépenses inopinées, prend de là une occasion d'avarice et un prétexte de thésauriser, contre les lois d(> la charité et toutes les règles de l'Kglise.

Mon dessein donc aujoui'd'hui est d'oj)poser à ces trois erreurs trois vérités principales, qui ine paroissent éclaircir toute cette matière , et renfermer les règles justes et prudentes que nous devons nous proposer dans l'usage des revenus ecclésiastiques.

Les biens ecclésiastiques sont des dépôts religieux, et des aumônes saintes; nous n'en sommes donc que les dépositaires et les dispensateurs. C'est la première vérité, que j'oppose à l'erreur du fonds.

Si l'Église nous permet d'user de ces biens, c'est parce qu'elle nous suppose pauvres; c'est notre indigence et notre travail tout seul qui nous autorisent à nous en servir; et nous n'y avons de droit elTectif qu'autant que nous avons des besoins véritables. C'est la seconde vérité, qui développe et condamne l'erreur des circonstances.

Ces biens sacrés ne nous étant donnés que comme pauvres, ils doivent toujours nous laisser un caractère de pauvreté en ne faisant que passer par nos mains, et ne jamais nous établir, par des réserves et des amas monstrueux, dans un état fixe et assuré d'opulence pour l'avenir. C'est la troisième vérité, qui combat l'erreur des précautions.

Redisons-le, puisque l'importance du sujet le demande : on regarde les revenus de l'Église comme des biens à soi : je vous prouverai que vous n'en êtes que les économes;

usAiii: in:s iu.\i:\i s I'CCI.i'siastkki: s. uw

1)11 les regarde coiniiii' des ressources pour soiiii-uir la \anile du uoui el de la ualssance : je nous uiouli'erai ([u'iU ne vous sout doiuiés quecoiniue les suppléments de \(jtre indipjence ; on les amasse pour s'en faire un rempart contre les accidents à venir, et vous verrez que toute prévoyance {[ui préfère des besoins imaginaires et éloignés aux besoins réels et présents des pauvres est un(,' iuliumanité et une injustice. Il ne reste plus, o mon Dieu, (ui'à bénir ces instructions, et donner des oreilles à ceux (|ul m'écuuti'nt.

ril KMI KRF ri: FF. H XFoV.

L'erreur (pii nous l'ait ])rendi-e le change sur la nature des biens consacrés au Seigneur, et ([ui nous les l'ait ivgarder comme notre possession et notre héritage, est du nombre de celles qu'il ne faut que ]iroposer et écialrcir pour les confondre.

Car, en premier lieu, quand je supposerois avec vous que les biens consacrés à Dieu n'ont rien qui les distingue des biens ordinaires, et que vous en êtes le propriétaire et le maître comme de ceux que vous tenez de la succession de vos ancêtres, il seroit toujours certain que vous les avez reçus de Dieu seul: qu'ils lui a])partiennent comme au premier et souverain maître; que , quoiqu'il vous en ait laissé l'usage, il n'en a aliéné ni le fonds ni la propriété, puisqu'il peut vous les ôter par la mort, par l'injustice des hommes, par mille accidents que vous ne sauriez prévoir, et vous faire sortir nu de ce monde comme vous y êtes entré ; qu'ainsi dans le fond vous n'en êtes que le dépositaire, vous n'avez sur ces biens qu'un droit subordonné qui asesboi-nes, ses restrictions, ses rései'ves ,

3(i 2 ('. 0 N F t W E N C H S D !•: M AS S I F, F. 0 N.

au delà dcs([iuîllcs vous ne ])ou\c'z aller sans usur[)ati()n et sans ingratitude. Or, de ce principe seul vous concluez d'abord que Dieu étant le seul maître des biens que vous avez reçus de vos pères, vous ne devez vous en servir que selon le plan et les vues du maître qui vous les a confiés; (jue vous êtes obligé d'entrer dans les desseins de sa providence, c'est-à-dire, de n'en user que pour sa gloire, pour votre sanctification , j)()ur le soulagement do vos l'rères. Car, en répandant sur vous des faveurs temporelles, il ne peut avoir eu d'autre intention que de vous y faire trouver des moyens de salut. Tout usage des biens terrestres qui ne conduit pas à cette fin est donc un abus des dons de Dieu, et une dissipation d'un fonds étranger dont nous rendrons compte. Ainsi, quand même vous pourriez user des revenus de l'Église comme de l'héritage de vos pères, jugez si vos droits seroient fort étendus, si vous en seriez le maître absolu, et si vos caprices seuls devroient régler l'usage des bienfaits du Seigneur.

Mais , en second lieu , quoique tous les biens de la terre lui appartiennent, il en est néanmoins qui lui sont particulièrement consacrés , qui sont à lui par un double titre , et parce qu'ils sont venus de lui, et parce qu'ils lui ont été offerts comme les vœux et les honmiages de la foi et de la piété des peuples ; il en est sur lesquels il se réserve un droit plus absolu, (pii forment, pour ainsi dire, sa portion et son héritage, qui sont sanctifiés, séparés des usages communs, et, par leur consécration, uniquement destinés à son culte. Or, voilà ce que nous appelons revenus ecclésiastiques, voilà les biens tlont vous prétendez être les maîtres et être en droit d'en user à votre gré. Uemontons à la source, et, pour mieux développer leur nature, cherchons-la dans leur origine.

isAiii'; i)i:s i{ i; \ i: x L- s iiccijisiastku'I'S. .{(•.:{

Vous n'ignorez pas que les apôtres rurent d'alxjrd (''tal)lis dépositaires de tous les bieus des lidèles. A peine avoit-on été associé pai- le baptême à l'assemblée des saints, que, comme si l'on n'eût [)lus été touché que du soin de conserver la grâce et les richesses de l'esprit qu'on venoit de recevoir, chacun se hàtoit d'aller ])orter aux pieds des disciples les hommages de sa charité, et s'y décharger, paiun sacrilice volontaire, d'un reste de servitude, pour jouir sans aucun mélange de la liberté des enfants de Dieu. Hélas ! on ne comprenoit point alors que tout ne dût pas être commun parmi ceux qui étoient obligés de n'avoiiqu'un cœur et qu'une âme; qui avoient la même foi, la même espérance, le même Père, un droit commun au même héritage; qui dévoient user de ce monde comme n'en usant pas, et tout posséder comme ne possédant rien: et que, les dons (hi ciel étant tombés sur tous également, il dût y avoir encore quelque différence pour ceux de la terre.

Ces biens ainsi confiés aux disciples étoient à l'instant distribués et partagés entre les fidèles, et les apôtres, qui les distribuoient, n'y avoient d'autre droit que celui de discerner les besoins et d'en régler le partage. Aussi vous voyez que Pierre, tout principal dépositaire qu'il est, déclare hardiment à ce boiteux qui se tenoit à la porte du temple, qu'il n'a ni or ni argent à lui, et qu'il ne peut que lui donner la santé au nom de Jésus-Christ: Argentiim et aurimi non est mihi (Act., m, 6); et saint Luc raconte ce trait miraculeux, et la réponse de cet apôtre, immédiatement après nous a\oir dit que tous les biens étoient communs entre les fidèles, parce qu'ils se déchargeoient sur les apôtres du soin de les cUstribuer, comme pour nous marquer que ces pieux dépôts, dont ils

;}c,v (,()M- i:i{ i:\(; i: S m; massi i.i.ox.

iTrloieiit que les distiihutcLir.s, ne losavoioiit pas (iirlcliis ni même tirés de leur première pauvreté.

Le nombre des lidéles cioissant, ce dépoiiillcmciit ne l'ut plus ])()ssil)le; la dispcnsation des biens temporels eût toute seule occupé les pasteurs destinés à dispenser les mvstèr(;s de Dieu, et à vaquer à la prière et au ministère de la i)ar()le. Les fidèles se contentèrent de ])orter au pied des autels une jiarlie de leur substance, de l'ollVir au Seigneur comme des prémices saintes, comme un sacrifice de justice et de charité, alin que les ministres qui servoient à l'autel pussent vivre de l'autel; que la décence du culte lût soutenue, et que les besoins du troupeau, mieux connus du pasteur, fussent aussi plus sûrement soulagés pai" son ministère. La loi de ces temps heureux étoit si vive, la charité si abondante, que les païens eux-mêmes reprochoie^it aux fidèles de prodiguer toutes leurs richesses aux temples et aux pasteurs, et de se faire une piété cruelle d'en dépouiller leurs propres enfants. C'est Prudence qui le rapporte : Hœr ocdudunhn\ disoient-ils , abdilis rrrlcsitinnn in (ingiiJis , et siit?n>/t/ piclns rredilnr inKltirc diilccs lihcros.

Les libéralités des princes grossirent ensuite ces pieuses richesses; et comme l'Église vit entrer avec les césars la splendeur et la magnificence dans son culte, jusc]ue-l;ï si simple et si obscur, des offrandes des fidèles et des pieuses largesses des souverains il s'en forma un trésor de charité, où les pauvres trouvoient des ressources journalières à leurs misères, et l'Église des moyens pour fournir à la structure de ses temples, à la décoration de ses autels et à l'entretien de ses ministres.

L'évèque jusque-là avoit été chargé tout seul de la dispensation de tous les revenus du sanctuaire ; il étoit

i sAi.i-; i)i:.s i;i:vi;m> liccuisi as ri(jM;s. :5i.;j

|>i()|>it'iiit'iil If seul IxMiclicit'r de son l'I^Tisc, c'»'sL-ù-dii"C Ir seul (lis|)t'iisalfui' (li's biens (juc la |)i(''l('! (I(S lidùles y a\(>il consacres: lui seul, par If mniisicrc de son di;i(:rc, loninissoit ;i la nonrr'Unrc (les \ i('f;j,L's , des \uuve.s, des pnj)ilk's, des co n fesse nrs, an besoin (\n reste des (idèles, el c'étuil sni- Ini seni (jiie ronloil l'enlrelien et l;i snbsistance des niinistfcs sid)alternes.

Je sais ([ue depnis, on l'avarice des pastenrs el l'inlidélité de lenr dispensation, on la inidtij)lication (k'S reveinis sacivs, on la inidliinde des ministres, ublif^'èrent l'Église d\n\ \enir à \ii\ partage. Mais ces l:)iens, |)onr être partagés, ne changèrent pas de nature; la portion suivit toujours le sort du principal; chacun, en se chargeant d'une partie de l'héritage de Jésus-Christ, se chargea d'une partie des obligations qui en étoient inséparal^les; en ini mot, les pauvres eurent plus de dispensateurs, mais les biens de l'Église n'en eurent pas pour cela plus de maîtres.

Cette doctrine et cette tradition supposée, voici les réilevions naturelles (pii en naissent. Il est certain ({ne les revenus de r^giise sont des aumônes et des dons pieux; j'avoue qu'en nous les confiant, les lidèles ont prétendu soutenir nos travaux, et nous l'aire recueillir des bénédictions temporelles, comme parle saint Paul, pour les spirituelles qu'ils avoient reçues de nous; j'avoue encore qu'ils dévoient ce tribut de justice à notre ministère; car personne ne combat à ses propres frais, selon le langage du même apôtre.

Mais, en premier lieu, notre droit n'est fondé ([ue sur nos besoins : notre indigence fait tout notre titre. C'est parce que la tribu de Lévi n'étoit point entrée en partage des terres avec les autres tribus, qu'elles furent obligées |)ar la loi de fournir à sa subsistance. Si la Providence

.11)6 co.N !■ i;ii I .m;i:s di; .m a>si i.lon.

lions a iii(''iia,ti;('' d'aillears (l(!s secours l(;iii|)orcls, il est contre r('(|nilé naturelle, dit, Julien Poinère, de convertir les amnôiies doiil nous sonnues cliai'f^és en nos propres usages; c'est un bien (|ue nous usurpons sur les malheureux; nous sommes les premiers pauvres, mais nous ne sommes (pie cela.

En second lieu, ces biens sacrés sont des aumônes, et quiconque n'est pas pauvre n'y a point de droit; mais ce sont aussi des salaires , et quiconque ne travaille pas n'en doit pas manger et en jouir; autrement ce seroit changer la récompense de l'apostolat en une occasion de mollesse, et, sans entrer dans les fatigues et les périls d'une milice sainte , partager la solde et les dépouilles avec ceux qui ont combattu. Car, de bonne foi, les pieux fidèles qui se dépouillèrent de leurs biens au pied de l'autel, quelle vue purent-ils avoir que l'utilité de l'Église? ne crurent-ils pas, en augmentant ses possessions, augmenter son héritage spirituel, multiplier les fidèles en multipliant ses ministres, étendre l'œuvre de l'Évangile, et faciliter à l'Église de nouvelles conquêtes en la rendant plus puissante? Or, je vous prie, quel avantage revient-il à l'Église de nourrir un ministre oiseux et inutile? quelle nouvelle gloire pour elle de fournir à la mollesse, à l'indolence, à la sensualité, aux plaisirs d'un clerc ou d'un moine fainéant et souvent dissolu? n'est-ce pas là plutôt sa honte et son opprobre? Jugez vous-mêmes si les pieux fondateurs qui l'enrichirent voulurent la déshonorer, favoriser le luxe et la paresse de ses ministres en la comblant de leurs bienfaits. Cependant nous ne saurions avoir d'autre droit sur les biens sacrés que celui que nous ont donné les fidèles qui s'en sont dépouillés entre nos mains; ces pieuses donations renferment une espèce de traité saint entre eux

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v[ nous, (|ni a ses coiidilioiis el st's lY'servcs iiis(''|);ii;il)l('iiiciil alLacli(H's à la iialiirc {\r<< biens (|n"ils nous ont, laissés. Si nous \iolons les conditions de ce ti'ailé, nous sommes décluis du droit ([uc nous a\ioiis aii\ biens que ce traité saint et sacré nous assure. Or, u"est-il pas vrai que s'ils nous ont pi'éférés à leurs pi-ocli(!s, ce n'a été que par un sentiment de religion, (ju(î pour mettre à couvert entre nos mains le patrimoine des [)au\res, (|ui n'eût pas été en sûreté au milieu des révolutions et de la cupidité des familles? Pounpioi en ell'et frustrer lein-s proches d'une partie de leur succession, s'ils avoient \oulu seulement nous la remettre en pur don, et les appauvrir sans autre dessein que de nous enrichir de leurs dépouilles? Hélas ! ces pieux lidèles jouissent dans le ciel du fruit de leur largesses; ils retrouvent dans le sein de Dieu, pour les biens passagers qu'ils lui ont généreusement consacrés, un trésor éternel et inépuisable que la malice des hommes ne peut plus leur ravir, que le ver et la rouille ne sauroit plus altérer. Mais s'ils pouvoient reparoître au milieu de nous, et voir l'usage que la plupart des ministres font des biens qu'ils avoient olï'erts k nos temples; s'ils pouvoient sortir de leurs mausolées, et voir ces temples eux-mêmes où ils reposent, qu'ils avoient enrichis, dont ils avoient orné les autels avec tant de magnificence, et où ils avoient prétendu que s'oiïriroient sans cesse au Seigneur des prières ferventes et des sacrifices d'expiation; s'ils pouvoient voir ces temples abandonnés, à demi ruinés; ces autels qu'ils avoient élevés avec tant de soin, négligés et indignes de servir à un ministère redoutable, et de recevoir les oll'randes saintes; s'ils pouvoient voir les ministres chargés de ces prières et du soin de ces temples, les connoître à peine, et dissiper ailleurs dans

IfiS CUNI'KUliNCliS Dl'i .M ASSI LLO.N.

roisi\('lé, dans la ]3uniic chère et les ])laisirs, un bien destiné à tant de pieux usages; s'ils voyoicnt ces abus et ces scandales, ne nous appelleroient-ils pas eu Juge- UKîiit? ne (loinan(l(M-()ient-lls pas à rentre;!' en possession de ces héritages qu'ils avoient cru consacrer à la religion et à la piété, et qu'ils verroient employés à des usages mondains (!t profanes? Armés du même zèle qui les rendit si bienlaisants envers l'I^giisc, ne cIiasseroi(,'nl-ils pas, connne le SauNcur, de ces temples qu'ils avoient élevés et dotés avec tant de profusion , ces ministres oiseux et indignes (pii les déshonorent par leurs mnmrs et par leur inutilité, et qui font de ces maisons de prières l'asile de leur faste, de leur orgueil, de leur sensualité et de leur paresse ?

Et de là nait une seconde réilexion. Les revenus ecclésiasti(jues étant des ollrandes laites à l'autel et des biens consacrés au Seigneur, vous ne pouvez donc plus, dit le premier concile de Milan, les employer qu'à des usages saints et religieux : lùnn natnrtnu cl conditioncni rotiscnili snnl . ni in (ilinin qiuim sacnon et plum. usiDn coruui fnictiis conrrrii ncfiis cssct. Vous leiu" devez le même respect, dit un ancien auteur, qu'aux vaisseaux sacrés, aux ornements qui servent à l'autel, et aux autres dons que la piété des peuples fait aux temples. Je ne dis pas (ju'on ne peut, sans sacrilège, les faire ser\ir à l'iniquité, et changer les fruits de la piété et de la justice en des instruments de crimes; non, cela leur seroit connnun avec tous les autres biens. Mais je dis que, depuis leur consécration, vous ne ])ou\ez plus l(^s faire servir à des usages mondains, indiiïérents, inutiles; je dis que des usages innocents et indilTérents d'un bien comnum et profane deviennent sacrilèges si le bien est saint; je dis

isAr.K i)i:s ni:vi;\is i: ne l Es i asti nui- s. .wj

(|ii(' c'est (i)ml) 'f (l;iiis rimpii'tt' cL hi |)r()raii;ili()ii (1(3 cm |)i""m("(' (le l)al)\ loue, (|ui l'ai^oiL servir les vases du temple il ses re|)as ordiiiaiix's; je dis ([iie nous devons les manier avec une espèce de religi(ju et de culte, les regarder connue arros(''s encore des larmiîs des fid('les, de ces pien\ p('Miitents ([ui les ollrirent cmuuK,' h; prix de leurs pécli(''s, eiiihaumt's, si j'ose parler ainsi, de leurs v(eu\ et de leurs sou[)irs; les re<^arder comme teints du sang de Jésus-Christ, et, par une maxime bien diiïérente de celle des pontifes et des docteurs de la loi, ne les appliquer ([u'à ce ([ui regarde le temple, parce qu'ils sont le prix du sang innocent.

Une troisième réllexion qui est encore une suite des deux précédentes, c'est que, puisque le maniement des revenus ecclésiasti(}ues n'est ([u'uiie simple dlspensalion ; puisque ce sont des fonds publics, poiu- ainsi dire, destinés àservir de ressource aux calamités publiques; puisque, nos besoins une fois mesuiés avec religion et retranchés, le reste n'est plus à nous, n'est plus qu'un bien étranger qu'on met en dép(jt entre nos mains ; il s'ensuit que cette administration est une charge plut(Jt qu'un avantage; que plus elle excède nos besoins, plus elle doit alarmer notre foi ; que tout ce qu'un riche bénéficier a par-dessus un autre qui l'est moins, c'est ([u'il a plus de bien étranger à administrer et à distribuer ; c'est que sa dispensation est plus pénible et plus périlleuse, sans être plus utile; c'est, en un mot, que ses tentations et ses dangers sont plus grands, sans que ses avantages augmentent. Il est chargé de plus de bien, mais il n'en est pas plus riche : Qui mnlliim, non abumlarit (II Cor., vin, 15). Il est seulement plus à portée d'en faire un mauvais usage ; car qu'il est difficile (.l'avoir en sa disposition de grands biens dont personne

370 CONI'KIIKNCI'S \)i: M A S S I 1. LO N.

ii'pst en droit (l(; nous demander complc, ni de nous en dispntcr la |)ropn(H('' et rnsap;e, et de ne pas les regarder roniine à soi, et de n'en retenir pour nos Ixîsoins ([iie ce cpie ri'^glisc nous eût accordé eile-nièiiKMlans un teni[)soii, comme nous l'assure l'Âpotre, il suffisoitaux ministres qu'on pourvût à la frugalité de leur nourriture et à la modestie de leurs vêtements : His coïKciifi sun/iis (I T[m., vr, 8).

lùifui, la dernier** réilexion est r[u(; ces maximes qui paroissent si dures, si outrées, qui sont si universellement violées, et que la corruption de l'usage et le relâchement des ministres semblent avoir abolies, ne sont pourtant ([u'une simple exposition de la doctrine des saints; que ce langage est le langage de tous les siècles ; qu'encore aujourd'hui c'est le langage de l'Eglise et de tous les interprètes de sa doctrine ; f[ue le relâchement des auteurs les plus indidgents qui ont pu donner atteinte à toutes les autres maximes de la morale, et introduire un langage nouveau et inconnu sur les devoirs, ont respecté celui-ci et n'en ont parlé^ que comme on en parloit dans les siècles les ])lus purs de l'Eglise. Ainsi il faut lùen que la règle soit inviolable, puisque le relâchement, qui a trouvé des raisons plausibles pour adoucir toutes les règles ({ui gênoient les passions, a laissé à celle-ci toute sa sévérité.

nEUXlIl.ME REFLEXION.

Il en est des maximes qui règlent l'usage des revenus sacrés, connue de toutes les autres maximes qui décident des principaux devoirs de la vie chrétienne. Tout le monde

1. An lien de oui respecté, ont parlé, il fiuuli'uit a respeclé, a parlé, le saici •juiiu relâchcmenl et non pas auteurs.

USAiih: l)i:S UI:\I':M'S KCCMlSIASIlnUI-S. 37)

coiivitMil (lu fond cL du priiicipi: , cl il ii'csl |)r('S(|iu; pcrsoiiiK' (|ui lie s'r^ai'c et. ne troiiNc (1rs (3\c(i|)li(jiis el (l(!s a(.loiK'iss(^iii('iits, ([iKiiid il laiit se rapplifiiicr à soi-iiuMiic. La li'gle (.'st toujours iiicoiilcsiahic; ra|)[)li(:atioii par i'a[)port à nous est toujours douteuse.

Or les cireonstances sur lesquelles on s'abuse d'ordinaire dans l'usage des revenus ecclésiastiques peuvent se réduire à (piatre : pr('nii(''reui('ul, an\ dignités où l'on est élevé; secondement, à la grandeur et à la distinction du nom que l'on porte; troisièmement, à l'abondance du revenu dont on jouit; enfin, aux superlluités dont on se fait des Ix'soins ou des l)ienséances. Je ne vous dcniaiid(; que de l'attention; car je ne veux aujourd'hui vous [)arler que par de simples réllexions, et vous instruire plutôt uniment sur les règles, que déclamer contre les abus.

La première circonstance, ({ui regarde les dignités où l'on est élevé, est l'illusion la plus imiverselle sur cette matière. ^Lais, pour séparer le vrai du faux sur un point d'un si grand usage, j'avoue d'abord que l'Église autorise des distinctions extérieures ; que l'honneur du ministère demande certain éclat de ceux qui en occupent les premières places; c[ue les ornements des lévites inférieurs marqués dans la loi n'égaloient pas la magnificence de; ceux du pontife, ni la portion qui leur revenoit des sacrifices, celle que le législateur avoit réservée aux successeurs d'Aaron; et qu'ainsi, quoique les apôtres et les premiers pasteurs ne se distinguassent d'abord des ministres inférieurs que par une vie plus dure, plus pauvre, plus laborieuse, et que l'Église encore aujourd'hui ne mesure ses honneurs et ses récompenses que sur les services qu'on lui rend, et qu'elle n'accorde des distinctions et des prérogatives aux premiers pasteurs que pour l'accroissement

372 CONFI^^IHHNCKS DI- M.\SSII,LON.

(le l;i fi»i cl (In royaume de Jésiis-Clirisl sur la Icrrc, il est M;ii uraiiiuoliis (|ii(3 les besoins de ses luliiistres ;uigiiieiitciil ;ï proportion de lenr rang, et qnc ce qui pourroit suflire dans les places subalternes ne suflit pas j)our ceuK ([ui sont ;i la tèlc. Je Tavone, cl j'aime mieux en accoi'dcîr trop, et demcnrer en deçà de la règle, ([ue de l'alloiblir, comme il arrive toujours, en voulant la pousser trop loin. Mais, eu pivmicr lieu, je poni'rois nous l'aiin; remarfjuer qu'il n'en est pas des liouuciu-s du sanctuaire comme des dignités du siècle. Celles-ci, l'ondées sur la crainte, sur un tVein nécessaire aux passions des hommes, sur une autorité extérieure qui doit parler et' imposer aux yeux et aux sens, ont besoin d'une pompe extérieure [)Our se soutenii-. La majesté des lois tire presque toute sa force de la majesté du souverain et de celle de ses ministres : il faut du spectacle et de l'appareil pour rendre les titres qui élèvent les hommes les uns sur les autres respectables. La puissance des souverains vient de Dieu seul; mais c'est l'orgueil qui a inventé ensuite la plupart des titres subalternes qui mettent une si grande dillérence })armi leurs sujets. Ainsi c'est à l'orgueil à soutenir ce que l'orgueil seul a inventé: ce sont des titres vains qu'il faut environner d'éclat pour en cacher le vide et le néant, et leur donner une sorte de réalité. Mais c'est l'innocence, la sainteté, la justice, la modestie, la pauvreté, le zèle, le travail, (pii font l'éclat des dignités du sanctuaire : elles ne sont fondées que sur le mépris du monde et de tout ce qui ne brille qu'aux yeux des sens; puisqu'elles ne sont fondées ({ue pour en donnei' l'exemple et l'inspirer aux lidèles. Les rois des nations tirent leur gloire de la domination et du faste; mais il n'en est pas ainsi de vous, dit Jésus-Christ. Ce fut en lavant les [)ieds à ses discij)les, et

iSAc.r: i)i:s i{i:\i:Nrs !• ce i.r; s i.\ si m ki:s. 37;;

(Ml li'iir oidoiiii.Miil (le ne pas iiui^li- du iiirinc iiriiii>l(''i"e c'iiNci's leurs Inri'i'lciiis. (|ii"il les ('laliHl ses apùti'es, c'eslà-dhe k's priiici's cl les cliels de >-uii lojaunie. J>a magiiiliceiicc n'est pas l'état de ]'K<j:;lise sur la terre : elle est ici-l)as étraiifïère, désolée de l'absence de son époux, alHii;ée des scandales (pii la deslioïKncnl. des persécutions (pii la troubicnl. des sclilsmes (pii la (It'cliirent, des j)]aies doniesti(pies qui la ])ei"cent d"un glahe de doulcui"; et tandis qu'elle est couverte de deuil et d'anierture, et que toutes ses voies ])leui'ent, ses nilnistres ne doivent j)as \emv lui insnltei- par une ponqie si déplacée et si éloignée de son esprit.

Voilà ce que je ])Ourrois d'ajjord vous l'aire reniarcpier ; mais |)()ur en venir à ([uelque chose de plus précis, je vous dis en second lieu que si l'J'lglise autorise rpielrpies distinctions extérieures dans ses ministres, elle autorise celles seulement qui peuvent faii'e valoir l'autorité sainte du ministère, c'est-à-dire nous laciliter le succès de nos fonctions, préparer l'esprit des peu})les au respect et à l'obéissance, donner du poids aux lègles et faire fructifier l'œuvre de l'Évangile ; elle n'autorise que celles qui nous mettent plus en état de maintenir la discipline, le bon ordre et la subordination painii ses mii-istrcs: de pourvoir aux besoins des fidèles, de rendre les exemples de notre modestie, de notre frugalité, de notre détachement, de notre charité, plus éclatants par l'éclat et les distinctions qu'elle nous accorde, et d'être plus utiles à mesure que nous sommes plus élevés. Tout ce qui ne se rapporte pas à cette fin est hors des vues et des intentions de l'I^glise ; tout ce qui ne tend qu'à nourrir la complaisance et l'orgueil, qu'à nous attirer de vains regards, qu'à nous faire paroître dans le temple de Dieu, comme ces idoles des

374 CONl'ÉHi* NCI-S I) !■; M A S S I IJ.O N.

nations qui n'éluiciil rcdcMibk's du culle et des hommages des penples qu'à Foi' cl à la xaliic magnificence dont elles brilloient; tout ce (|ni csl imitllc au salut des ànics, à l'édification de l'Église, au progrès de la foi, ne convient pas à des dignités qui ne sont établies que pour la sanctification des (idèles. C'est à nous à distinguer ce que la gloire de Dieu demande, d'avec ce que la cu])idité nous iuspii'c; de ne ])as confondre les iutérèts de l'Église avec ceux de notre vanité, les secours innocents d'une dignité simple avec l'appareil d'un poste profane, et de ne pas prétendre honorer notre ministère par un air de faste et d'ostentation qui déshonoi'e l'Église qui nous Fa confié, et qui nous attire plutôt le mépris et les censures que le respect et les hommages des peuples.

Je vous dis en troisième lieu que, plus vous êtes élevé, plus FÉglise attend de vous que vous serez le modèle du troupeau ; plus vos vertus doivent égaler la prééminence de la place que vous occupez; plus, dit le saint concile de Trente (Sess. xxv), vous devez tellement régler votre conduite extérieure, que les autres puissent prendre dans vos mœurs les règles de tempérance, de modération, de simplicité, et de cette humilité noble et chrétienne qui nous rend si agréables à Dieu et si respectables aux hommes. Je dis que vos obligations croissent par conséquent axec votre rang; que plus vous avez de peuples à conduire, plus vous avez de misères à soulager, et qu'ainsi moins il doit vous rester des biens de FÉglise, pour les profusions du faste et de la mollesse. Je dis que plus vous êtes élevé, plus votre dignité sainte vous approche de Jésus-Christ, le prince des pasteurs, dans les travaux depuis sa jeunesse, pauvre, et n'ayant pas où reposer sa tête; que plus vous paroissez revêtu de son autorité, plus vous devez

USACI'! I)i:s lli;VI MS llCCI.KSIAsïKjri'S. T.li

paroître aniiiit' de son cspi'ii et r(!|)rés(.'iit(M' ses vertus, comme vous rcprésciilcz sa personne; «Hif InnnMc, modeste, ennemi du lasie cl des honneurs comme lui, touché comme lui (h- la seule ^loire de sou Père et du salut des brebis d'IsratM (pii peiisseiil ; plein de tendresse pour les mallieiu"eu\, e( uiiillipliaiil, poiu' ainsi dire, le pain miMue (|ui NOUS est nécessaire, pour soulager leur indigence. Ceux ({ue l'Kglise a appelés aux honneurs tlu sanctuaire, dit encore le même concile, doivent bien comprendre (pj'ils n'ont pas été revêtus de cette dignité pour y chei'cliei' leins propres intérêts, })our amasser des richesses ou poiu- y n i\ re dans l'opulence et dans le luxe, mais pour y travailler sans relâche à la gloire du Seigneur, et pour y passer leur vie dans une sollicitude et une vigilance continuelle. En quatrième lieu, vous ne devez pas confondre ici ce que les règles canoniques accordent aux dignités de rtglise, avec ce que les abus des siècles postérieurs y ont ajouté. L'Église, par une latale nécessité, toute divine qu'elle est, suit dans sa police extérieure et dans la 1erveur ou le relâchement des siècles la destinée des choses humaines, et éprouve comme elles les vicissitudes inséparables de la condition des choses présentes. Mais les temps, qui ont changé les mœurs, n'ont pas changé les règles, et les exemples du plus grand nombre augmentent les abus, mais ne les autorisent pas. Lisez les lois saintes de nos pères sur la frugalité même de ceux en qui réside l'honneur du sacerdoce et l'excellence de l'autorité : A Vùniiatioii de nos jjcrcs ussemblés dans le concile de Carthage (c'est encore le saint concile de Trente qui parle, et je vous le cite exprès, préférablement à tant d'autres, parce que ce sont des lois faites presque de nos jours, et auxquelles on ne peut opposer ni la prescri])tion des tenqjs.

370 CON'FKin' NCliS Dl' M AS SILLON.

ni la (liHéreiicc (l(>s mœurs et des siècles), iton-scnlcmciil nous ordonnons (jiic les (U-âpics nscnl (Vanicnhlcnicnts inodfsfcs, cl se conhnlcnl (rniic lahlc [nujiilc: nuiis encore (pic dans loitlc liur condnilc. dons hiirs nuiisons cl sur leur personne, il n'ij jxiroissc rien (jui soit éloigne de celle suinte jirulicpie. et (jui ne ressente lu siniplieilé, le zèle de Dieu et le 7néj)ris d(S nniilés du siècle : Ni: ouii)

AIM'AUKAT OlOl) A iî HOC SANCTO IISSTITII <» SIT ALlllMM, (HJODnili; I\<)\ SIMPLICITATEM, DLI '/ll.lJl , AC. VAîMTATL'M

coMEMPTUM Piu^ SE FERAT. Oi', iiiL's IVères, c'est aux lois de l'Église, et non aux usages d'un monde con-om])u, à régler la conduite de ses ministres; c'est à elle, qui met en dépôt ses richesses enlre \os mains, à vous en marquer l'usage. Si vous vous éloignez de son esprit et de ses intentions dans radministration de ses biens, elle rétracte en secret le don qu'elle vous en a lait, elle vous regarde connne un économe infidèle, et, ne pouvant vous dépouiller ici-bas de ces biens sacrés, elle s'attend à vous en foire rendre compte un jour jusqu'au dernier denier devant le premier Pasteur et le seul Seigneur de l'héritage qu'elle vous avoit confié. Eh! (pioi, mes frères, parce que le monde autorise dans les nfmistres le faste, l'orgueil, les profusions, des mœurs opposées aux règles de l'Évangile, vous croiriez que l'Église a cru devoir se relâcher de ses règles poui' se rapprocher du monde, le ménager, et ne pas contredire l'erreur de ses jugements? Elle gémit des abus que le monde vient porter jusque dans le sanctuaire, et, plus ils gagnent et se répandent, iplus elle s'afflige et les déteste. Mais je n'en dis pas assez. N'accusons pas le monde, mes frères, d'autoriser nos abus, et rendons-lui justice : ce monde lui-même, tout corronq)u qu'il est, blâme en secret dans les pasteurs et les mi-

L'SAi'.i: i)i;s |{i:\i:ms iic.ci.i-si \sii(M'i:s. .ht

nisli't"^ et' faste cl ces pidliisloiis doiil il sciiihic leur ralr(,' lioiiin'iir : il csl le |)i( iiiici- cl le plus ri^^ldc censeur (1111) abus (|ui paroîl son ()U\i'ai;'e: tout a\eu,nleel injuste (|u"il est, il respecte cncoi'c assez la inajcsli'' de la lelinion, peur coniprendre (pie ses minislics doiNciit I lieiioccr plul('»l par la salnlelt'dc leur \ie ipie par la peuipe tpii les eii\ ii(tnne ; il sent le ridicule et rindécence d'un faste attaché à un état saint, et à rusa,!J,(' d'nn bien consacré à la piété et à la niiséiicurde; les plus mondains eux-niênics sont indignés, scandalisés de voir scrxir au luxe, à la sensualité, à rinleinpéraiice et à tontes les ponijx's du siècle, lies richesses })rises sur l'autel; ils blâment la simplicité de leurs pieux ancêtres (ra\oir laissé ties bieiis si considérables aux églises, pour nourrir la mollesse, la vanité et le faste des ministres; et de iTaNoir diminué les [)ossessions et les liéi'itages de leurs maisons, que pour augmenter les abus et les scandales de l'Eglise; ils disent que ces biens, sortis de leurs maisons, auroient été plus utilement employés à l'éducation de leurs enfants, et à les mettre en état de servir la patrie, (pi'à nourrir le faste et l'oisiveté d'un clerc inutile à l'Église et à l'Etat: ils se plaignent que les clercs tout seuls vivent dans l'opulence, tandis que tous les autres états soull'rent, et que le malheur des temps se fait sentir au reste des citoyens. L'hérésie, en usurpant le siècle passé les biens consacrés à l'Eglise, n'allégua point d'autre prétexte; l'usage profane que la plupart des ministres faisoient des richesses du sanctuaire l'autorisa à les arracher de l'autel, et à rendre au monde des biens que les clercs n'employoient que pour le monde. Et que sais-je si le UK'ine abus qui règne parmi nous n'attirera pas un jour à nos successeurs la même peine, et si la justice de Dieu ne permettra pas que des biens

sacirs, dont rnsa^c (l(''slK)UOi't' si loi1 son l'I^iise, so'uuiL livrés aux ciiiiciiiis de son iioiii^ et devieniieiit, comme parmi tant de peuples séparésde rimiU', la proie; de l'Iiéfésie. Ce fut l'usage indigne et sensuel que les enfants d'iléli laisoient des dons faits à l'autel et du revenu de leur sacerdoce qui livra l'arrlie sainte aux Philistins, et qui lit cesser pour (juelque temps dans Israël la lil)ation et le sacrifice. La [)rofanation des choses saintes demeure rarement impunie; et si Jléliodore, tout païen qu'il étoit, est si sévèrement châtié pour avoir osé porter ses mains sacrilèges sur les trésors du temple, quel châtiment ne doivent pas attendre les ministres du temple eux-mêmes, s'ils sont assez malheureux que d'en abuser?

Aussi je vous dis, en cinquième lieu : croyez-vous de bonne foi que les pieux fidèles qui enrichirent autrefois nos temples prétendirent y fonder des })laces et des dignités superbes, fastueuses, mondaines? Quoi! eux qui, engagés dans le siècle, renonçoient à ses vanités, auroient voulu les introduire dans le lieu saint? Quoi ! les Paule, les Marcelle, les Olympiade, ces saintes veuves qui consacroient si généreusement à Jésus-Christ la succession de leurs ancêtres, n'auroient voulu se dépouiller d'une pompe mondaine que pour en revêtir ceux qui doivent en inspirer le mépris aux autres ! elles qui édifièrent tant le monde lui-même, auroient-elles voulu être un sujet de scandale à l'Église de Jésus-Christ? et les monuments éternels de leur modestie et de leur dépouillement pourroient-ils devenir entre nos mains des prétextes d'ostentation et de luxe? C'étoit la charité, la sainte simjdicité des premiers pasteurs, qui attiroit à l'Église ces pieuses libéralités; et

\. Ceci est nu presagi^ frappant de la lii'voliitinn fi-anraise.

si (It's lt)rs SCS ministiTs ciisst'iit ])arii eii\ IroiiiK's d'or^nicil et (le l'astt', jamais ces pieux lidèles n'eiissciit coiilié l'adluinistratidii de leurs largesses à des dispensateurs (|ui auroient j)aru plus occupés de leurs aises et de leurs plaisirs ([ue des besoins des pauvres. C'est donc à la sainteté seule de nos ])rédécesseurs que nous sommes redevables des richesses ([ui leui- lurent conliées: et nous ne sommes pas dignes de succéder à leur administration, si nous ne succédons pas aux vertus qui la leur attirèi'ent.

Mais les dignités de l'Eglise n'ont-elles pas besoin d'un certain éclat pour s'attirer le respect dus peuples? ^e seroit-il pas à craindre qu'elles tombassent dans l'avilissement, si elles n'étoient soutenues par quelfjue décoi'ation extérieure nécessaire à l'autorité? Cette rigoureuse simplicité pouvoit édifier dans les siècles où tous les fidèles étoient saints : mais dans la corruption de nos mœurs, où le monde n'est déjà que trop disposé à mépriser les clercs et la sainte autorité du sacerdoce, ne faut-il pas la revêtir d'une certaine pompe qui impose, et qui rende du moins F éclat du culte respectable à ceux qui en méprisent les lois?

Mais, mes frères, cpand est-ce c[ue le monde a cessé de respecter les ministres? n'est-ce pas quand ils ont cessé eux-mêmes de se rendre respectables? Est-ce le dérèglement du monde, ou celui des clercs, qui a changé en satire et en mépris la vénération des fidèles pour les personnes consacrées au saint ministère ? et croyez-vous qu'une vaine pompe, que le monde lui-même censure, puisse remplacer les vertus c^ui seules nous attirent du respect, et qu'elle puisse honorer l'Éghse qu'elle-même alllige et déshonore? Est-ce c[ue les dignités saintes ne doivent imposer qu'aux yeux et aux sens? ne sont-elles pas uniquement établies pour édifier, pour parler au cœur, pour

:;s() coNi'KH i; Nci'S di: ma-^s i i.i.ox.

inspirer l;i liaiiif du iiioiidc, le (l(''sii- cl raiiiom- des l)i('i)s ('■terncls? J'I^iL^lisc a-l-cllc Ix'soin dt; faslc et (r()i-j:;ii('il poiiise soutenir? c'esl, par la saiuleté el [)ar la cliarid' (pTelle s'est établie, et c'est par Jà(pi"cllc se soutiendra, et (ju'ell(! s'étendra jus(pi'à la consonniiation des sic(dcs. (Juel r(,'spcct j)eul lui attirer le l'aslc de ses ministres? il a ser\i de prétexte à (les ro\ aunics entiers poui' se séparer de son unité ; il a ai'raciié de son sein des nations nombreuses (pi'elle avoit autrefois ac(piises par le san^ de ses martyrs et de ses apôtres; il leur lournit encoi'e aujourd'hui des censures, des dérisions, des l)las])liènies contre elle: il scandalise ceux qui sont demeurés dans son unité; il ébranle la foi des simples; il alfermit rim])le dans son impiété; il laisse la veuve et l'orphelin dans l'indig-ence et dans le désespoir; il fait monter jusrpies au trône de la justice de Dieu les clameurs des pauvres négligés, abandonnés, et dont la misère et le délaissement crie vengeance contre ces dispensateurs barbares, qui refusent à ces infortunés un bien qui leur appartient, pour renq)lo\ er à des profusions indécentes et cruelles : voilà la gloire qui en revient à l'Eglise; c'est à vous à voir si vous voulez compter ses schismes, ses scandales, sa honte, sa douleur et ses pertes parmi ses avantages.

J'avoue que la modestie de ses ministres et de ses pasteurs ne doit avoir rien d'abject et de méprisable. Mais une noble simplicité a mille fois plus de dignité aux yeux du monde même, que tout le vain appareil d'une magnificence déplacée; il n'est rien de si bas, que de vouloir se faire respecter par des endroits qui ne conviennent ni à notre état, ni à nos fonctions; jamais les ministres de l'Eglise n'ont été plus honorés que dans les siècles où ils parurent plus pauvres et plus modestes.

i >A(.i-. DIS i;i;\ i;n rs i;(:t;i.i:siASTi(M;i;s. .38 1

Coi'ucillt' , cet (tllicit'f romain, loiil (ii'iilil (|u il est encore, se jette ;m\ pltvU du prince {\{'>i. apôtres ; mais est-il éhloni (U' la pompe cl dr r(''cla( qui Tcmn iidmic? il le trouve lot;»' sm' le bord de la mer, clicz un on\riei' de la lie (\n peuple; sa [)arm'e , sa suite, tout répond à la ])auvrelé et à la simplicité de son logement : c'est la piété, c'est l'innocence, c'est j(^ ne sais quoi de divin (pie la saiiitet('' l't'paiid siii' le \isage de cet apôtre, (jni fait sentir à Corneille la grandeur de cet lionmie, et l'excellence de son ministère. I.es lionneurs (pie roClicier de la reine Candace rendit à Philippe, en le faisant monter dans son cliar. furent-ils fondés siu- la pompe (jui environnoit ce ministre de Jésus-Christ? riionime de Dieu étoit à pied , portant dans la simplicité de son maintien la ressemblance d'un prophète; et à l'éclat céleste que la grâce répand sur son visage, cet olficier le prend pour l'ange du Seigneur envoyé pour l'instruire, et lui montrer la voie du salut. Ln saint Léon accompagné de sa vertu et de la seule dignité de son sacerdoce , un Benoît dans sa solitude, arrêtent-ils la fureur et les ravages de deux princes barbares, et les forcent-ils de respecter en envia présence du Dieu dont ils sont animés, par la magnificence qui les environne , ou par la sainteté de leur vie et l'éminence de leurs vertus? Aon, mes frères, soyons saints, et nous serons respectés ; honorons notre ministère, et notre ministère nous honorera; ne nous conformons pas aux vaines pompes du monde, c'est le seul moyen de nous attirer sa vénération et ses hommages : le monde envie plus notre opulence qu'il ne l'honore; faisons-en un saint usage, il n'enviera plus nos richesses, et il respectera notre chaiité. C'est connoître peu la sainteté de notre ministère, de se persuader qu'il y ait quel-

382 (:o.M'i:it l'ixci'S di; m assi i. i.on.

fiiK^ anli'c cliosc ([iic la vcriii (|iii puisse le iciKirc i-('.s[)cclablt": mais c'csl, encore moins connoîlre le mon(l(;, de rroii-e lui inspii-er dw respecl poni' la religion par les mêmes abus (jui rcndciil ses ministres méprisables. Un Augustin vêtu simplement, ne se nourrissant que de simples légumes, et n'accordant rpTà riiospilalilé, dit Possidius , nue nourritur(; plus délicate, c'est-à-dire l'usage de la viande , ([uels lionneui"s ne reçut-il pas de son siècle ! Le grand IJasile n(; portoit jamais sur son corps que le même vêtement; et toutes les richesses, dit saint Grégoire de Nazianze, qu'on lui trouva après sa mort, se réduisirent à une croÎK; cependant Hasile est l'oracle de l'Orient, respecté de tout l'univers, et des césars eux-mêmes, dont il combattoit les erreurs. Exupère, ce pasteur si respectable, pousse si loin, dit saint Jérôme, l'excès de son détachement et de ses largesses, qu'il est réduit à porter la divine Eucharistie dans un panier d'osier, et le sang de Jésus-Christ dans un vase de terre. 0 sainte magnificence ! ô faste vraiment épiscopal, et digne d'un ministre de la croix ! ô spectacle de charité raille fois plus digne du respect et des hommages des peuples, que tout le vain éclat d'un luxe profane ! Je ne vous dis pas : Regardez et faites selon ce modèle; ces grands exemples ne sont plus de nos mœurs; mais je vous dis : Voyez si l'Eglise perdoit quelque chose de sa majesté dans la simplicité et la frugalité de ces pasteurs illustres; et si la dignité de l'épiscopat fut jamais regardée avec plus de vénération, que lorsqu'elle ne brilla que par la sainteté, fhumilité, et la pauvreté évangélique de ceux qui en étoient revêtus? Première circonstance sur laquelle on s'abuse : Terreur des dignités.

La seconde est celle que nous avons appelée l'erreur

isAtii; iti;s i;i;vi:.Ms I'CCI.ksias ikji i:s. ts,}

(lu nom. Javoui' dahortl ([lu; les (x'i-sdiiiil'.s (li.sliii,i,ni(''e.s (lu côté de l;i naissance ont l)esoin, par les snitcs de Iciir éducation, de cerlains adoucissements, dontceiiv qui soûl, nés dans le peuple peuvent se passer; et qu'il est pr)ur elles de:i nécessités qui seroient mollesse et profusion dans les autres. Mais pensez-vous que l'Kglise, qui condannie dans les laïques mômes cette [)oinpe profane ([u'mi usage peu chrétien attache au fiintùme du nom et de la naissance, non-seulement l'autorise dans ses ministres, mais veuille même la payer du bien des pauvres, des richesses du sanctuaire, et faire les Irais d'un abus dont elle gémit et qu'elle déteste? Ktes-vous ministre de Jésus-dJirist conune noble, ou comme pieux, lidèle, vigilant, laborieux, éclairé? est-ce votre nom, ou votre vertu, qui a porté l'Eglise h vous choisir et à vous consacrer aux fonctions de l'autel? est-ce la naissance, ou la science et la piété, qui remplissent les devoirs du saint ministère? pourquoi voulez-vous donc que l'Eglise accorde un plus grand salaire à ce qui est inutile à ses fonctions? ce n'est pas celui qui est plus noble et plus illustre, c'est celui qui travaille le plus, dit saint Paul, qui est digne d'un double honneur. Un grand nom vous donne-t-il plus de zèle, plus de lumière, plus de sainteté, plus de fidélité et d'application à vos devoirs? qu'en revient-il à l'Eglise? pour({uoi voulez-vous donc qu'elle vous en tienne compte, et qu'un titre qui n'ajoute rien à vos services augmente à votre égard ses libéralités ?

D'ailleurs, souvenez-vous du principe déjà établi : quelle que puisse être la distinction de voti'e naissance, l'Eglise ne vous nourrit que comme pauvre : le fonds d'où est tirée la portion du bien qu'elle vous distribue est le fonds de la veuve et de ror[)helin, des malheureux

3,s'k t;t).Mi;i{ i;.\ci:s ni: m a ss i i.i.ox.

cl (les iiuligtMils, Or KKi^lise, (lisUibuliico de {'(.'s pieuses larjjesscs, ne [)rét('n(l pas donner à nn pauvre d'un san^ illustre tout ce (pi"il lui aurdlt fallu daus le nioud(; pour soutenir rorguell de sa naissance, si sa fortune eût répondu h. son uoni. Ou peut, à la vérité, distiuguer un jiau\re d'un giand \\n\\\ par de plus grandes libéralités: mais on se sou\ieut toujours (pTon di<tril)ue desauuiônes, et (pie les aumônes ne reiideiit pas aux mallieureux ce que la fortune leur a été, mais ce ipie la nature seule leur refuse, écoutez Pierre de lUois : Si, parce (pie vous êtes (ils d'un grand (il écrit à un évéfiue de (Uiartres), ou ([ue vous comptez des rois parmi \os ancêtres, vous prétendez que c'est une nécessité à vous de f;iire plus de dépense qu'un autre, je vous dis, de la part de Dieu, que cette prétendue nécessité ne doit pas tomber sur le pati'imoine de Jésus-Clirist : 'Scccs.si/as Inrr Chrisli palrt- Dioiiinm non contingit. Au contraire, la modestie épiscopale doit modérer les dépenses que vous eussiez faites dans le monde, et changer vos profusions eu de saintes largesses. Voilà le langage de l'Église, et la pratique de tous les saints pasteurs dans tous les siècles. Paul, citoyen romain, prétendit-il à plus de distinctions extérieures? et fut-il plus à charge à l'Église que Pierre simple pécheur? Vous le savez: il ne souhaita, comme il dit lui-même, ni i"or, ni l'argent, ni les vêtements de personne : le travail de ses mains fournit à ses besoins; il ne voulut pas même être à charge aux fidèles qu'il avoit enfantés en Jésus-Christ, et dont il avoit droit d'exiger rhonneur et le salaire dus aux ministres de l'Évangile; et le seul privilège qu'U tira de sa naissance fut de travailler plus que les autres dans l'apostolat, et d'en recueillir moins de fruits tenq)orels. LesAmbroise, les

rs.\(.i: iii;s iu^ni^ms kcci.iisi as i kjuks. 385

Paulin, ('(S ltimikU rvtMjiics sortis d'iiii saii^^ illustre, \t'ciii"ciit-ils av(M" plus (le s|)li'ii(lt'iii- cl (le luauiiilicciice <|u\\u^Mistiii, lils (liiii siiiiplc habitant de Tagaste? Paulin vendit les grands biens ([u'il a\o!t reçus de ses ancêtres, et ks cacha dans le sein des puivres; \nd)roise, jusques aii\ vaisseaux sacres, pour soulager les misères de son peuple : Mes trésoriers, disoli-il lui-même, sont les pauvres de Jésus-Christ; les gaidcs (jui m'environnent sont les aveugles, les boiteux, les malades, les vieillards: et tout mon trésor sont leurs veux et leurs prières. Oui, mes frères, ces saints pasteurs, en (iï'pouillanl rignominie de l'habit séculier, dépouilloient toutes ces vaines distinctions que le siècle seul doit connoitre, oublioient le nom de leurs ancêtres et la maison de leur père, du uionicnl ([u'ils a\oicnl pris je nom de pasteurs, ce nom si doux, si humble, et si favorable aux peuples; ils ne connoissoient plus de généalogie, dès qu'ils étoient entrés dans le sacerdoce de Melchisédech , persuadés que l'Église ne respecte et ne connoît de nom, dans ses ministres, que le nom auguste de leur ministère.

Déplus, mes frères, un prêtre, un pasteur peut-il alléguer son nom et sa naissance, et excuser là-dessus son faste et ses profusions, tandis qu'une infinité de fidèles dont il est le père, que des membres de Jésus- Christ dont l'Eglise l'a chargé, gémissent dans l'aflliction et dans l'indigence, sans secours, sans protection, sans autre ressource que celle de leurs larmes et de leur patience, abandonnés, inconnus, même de celui qui devroit connoitre ses brebis, les appeler par leur nom, les soulager, et ne pas permettre qu'aucune périsse? Honore-t-on son nom et sa naissance par l'inhumanité et par l'oubli de la miséricorde? est-on grand par les pro-

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