SUR
LA iNÉCESSlTÉ DE LA PRIÈRE.
Rien de plus solide, mes frères, que les réllexions édiliantes que vous venez d'entendre. On vous l'a dit, et je le répète : la prière est le devoir le plus intime et le plus inséparable du ministère; c'est l'âme, pour ainsi dire, du sacerdoce; c'est l'unique sûreté du pasteur; elle seule adoucit les dégoûts et prévient les dangers de vos fonctions; elle seule en assure le succès.
Oui, mes frères, la prière fait toute notre sûreté dans le cours de notre ministère. Nous avons nos misères et nos foiblesses; hélas! et elles sont même d'autant plus à craindre pour nous, qu'elles subsistent toujours avec les fonctions les plus saintes. Cette situation qui, d'un côté, demanderoit qu'en traitant tou^ les jonrs les mystères ter-
voo Discoriis s^^()l)\^ \ i>i': m assi i.i.ox.
ribles. iioln' \iciinilàl ci'llc des ;uij^cs, cl (|uu de r.iiilrc. Jai( que nous nous rcli-oiivons lonjonrs loiMcs, sujets ;in.\ menues inli(l(''li((''s , ton joins pesants dans la pratique (1(! nos dcNoirs, tonjonrs donn.int trop à nos sens, à noire parc'ssc, à noire linnienr; cette siUiatioii, dis-je, ([ui lions place tous les jonrs entre nos loihlcîssL's et l'antel saint, entre la sainlet('' d'an Dien terilhle et les sonillni'cs de riiomme, doit ellrayer et i'é\eiller noire loi; car je ne j)aiie ici ([n'ii des jiasteiirs irr(''prélieiisil)les devant les liommes, et ({ni n'ont rien à se reprocher de i^rossièrenient criminel devant Dieu. Or, dans ces retoins sur notre situation, si capables de jeter le trouble et l'incertilnde dans notre ànie, la prière seule peut nous calmer et nous rassurer ; elle est le seul remède de ces plaies journalières qui , négligées , corrompent insensiiileinent tout l'intérieur et toute la beauté de l'ànie. Nous devons donc, prosternés aux pieds de Jésus-Christ, lui exposer souvent avec douleur et avec conliance nos misères secrètes; le conjurer de nous rendre dignes du ministère qu'il nous a confié, et d'anéantir en nous tout ce qui peut encore en blesser la sainteté.
Il n'est rien de plus dangereux pour notre état, mes frères, que de se faire une situation tranquille et habituelle de paresse, d'immortification, d'amour de ses aises, de transgression de mille devoirs qu'on ne croit pas essentiels; et de ne pas recourir souvent à la prière, la seule ressource que la religion nous oflVe pour nous réveiller de cet engourdissement. Le danger de cet état pour nous est qu'il nous expose à tout moment, ou à profanei" les choses saintes, ou à les traiter d'une manière qui déplaît à Dieu, et qui, par conséquent, éloigne de nous ses grâces et fortifie toutes nos foiblesses ; car vous le savez, mes frères, les
SI i; i,A .NKCiissiTi; iti' I, A ri;ii:i{i;. ioi
lonctioiis (li\'iiics (If r.iiilcl, >1 flics ne l'ont pas cioili'c (•|ia(|iif joui' iKilrc loi f( iioli-f |)lflc, t'Ilfs' a^^f;ufiiL notre corniplion ci noire niisfrc : prcinièi'o réilexion.
Kn second lien. Ifs lonclions (\\i niinisicrc oui pour lions (\()ns l'éproiiNez tons les jours) leurs |)oin(!s et leurs dég-oùts, (piand on veut les remplir avec fidélité. Il lant prendre sur soi, sur ses aises, sur sa paresse, sur son sonuneil, pour }• j'onrnir : on ne pcnl pas disposer à son choix de son temps et de ses moments; c'est une servitude sainte, qui fait que nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais à nos peuples ; nous devons ])onvoir dire avec l'ApcMre (jne le cliand, k; l'roid , la lassitude, les chemins, les i'i\ières, la faim et la soif, sont les fruits de notre ministère et les signes de notre apostolat. Nous tra- \ aillons même souvent pour des ingrats ; nos peines ne sont payées souvent que (rindin'érence, et même d'indocilité et de murmure ; elles nous attirent souvent l'aversion même de ceux dont nous ne cherchons que le salut. Le dégoût et le découragement sont à craindre : on se lasse d'un travail dont on ne voit ni la fin ni le fruit; on ne s'y prête plus avec le même zèle; l'amour-propre, n'y étant pas soutenu par le succès, réclame ses droits et nous insinue en secret que des soins pénibles et inutiles ne sauroient être des devoirs. Or, comment se soutenir contre cette tentation de dégoût, si ordinaire et si dangereuse dans des fonctions laborieuses, si nous ne venons pas prendre de nouvelles forces aux pieds de Jésus-Christ; si nous n'avons pas la consolation de venir lui confier nos peines et nos dégoûts , comme au premier pasteur dont nous occupons la place? C'est Là que nous nous confon-
I. Grammaticalomunt, cet elles est incorrect, aggravent yyaiit déjà (onctions pour sujet.
^oi t)is(;oiiis synodaux di'. massi i.i.on.
(Irons 'l('\aiit lui de compter pour (|ii('l(|ii(' rhosc les peines lén;ères de nos ronction«, en nous comparant à nos saints prédécesseurs qui livrèrent leur âme pour sa doctiine ; c'est là que nous rougirons d'être tentés de poser les armes avant d avoir commencé le combat, et d'être rebutés et découragés par des travaux si légers, tandis que ces saints ministies déficient les tribulations, les angoisses, la faim, la nudité, les persécutions, les feux, les gibets et toute la lureur des tyrans, de les séparer de la charité de Jésus- Christ; c'est de là, mes frères, que nous sortirons toujours avec un nouveau goût pour nos fonctions, avec un nouveau zèle pour le salut de nos peuples; c'est au sortir de là que ce qui nous paroissoit pénible nous deviendra doux et léger, et que les fatigues et les contradictions inséparables de nos fonctions seront pour nous la preuve la plus consolante de notre vocation au saint ministère. Non, mes frères, désabusons-nous; sans la prière, nous sentons a chaque moment tout ce que nos fonctions ont de rebuiant et de triste; nous traînons un joug qui nous accable; nous portons avec répugnance le poids du jour et de la chaleur; avec la prière tout s'adoucit ; le joug ne pèse plus, nos travaux augmentent, et les peines et les dégoûts s'évanouissent. Vous vous plaignez quelquefois, mes frères, de l'accablement où vous jettent la multitude et la dilTiculté de vos fonctions, et de l'impuissance où vous êtes d'y fournir : adressez-vous sou\ ent à celui qui change en force notre foiblesse; soyez fidèles à la prière; ces difficultés disparoîtront; ces montagnes s'aplaniront; vous vous trouverez un nouvel homme , et vous ne vous plaindrez plus de n'avoir pas assez à tra^ailler et à souffrir pour Jésus-Christ : seconde réflexion.
Mais si la prière seule peut nous adoucir les peines et
les déj^"où(s (le nos loiictktiis, elle seule ;iiissi peiil en |)ré- MMiir les cliiiigers. Gai", mes IVèi'es , (|iiaii(l il ii"y aui'oil de dangereux pour nous (|ue la dissipation iné\i(al)le dans les fonctions extérieui'es, j'auiois raison de \ous dire que la prière seule peut nous en préserver. Il n'est rpie trop vrai en ell'et , mes l'rères, que l'homme intérieur s'alloiblit et s'éteint insensiblement, au milieu des mouvements et de l'action continuelle (pi'exigent nos fonctions. On j)erd poiu' soi-même en se li\rant sans cesse aux besoins d'autrui; on \ peid cette vie secrète et cachée de la foi, qui est l'àme et toute la force de la piété ; on s'accoutume d'être tout au dehors, et jamais dans son propre cœur; on a})proclie de l'autel avec \\n esprit dissipé et partagé par mille images étrangères et tumultueuses qui l'occupent; ce silence des sens et de l'imagination si nécessaire pour nous rappeler toute la sainteté de la victime que nous ollrons et toute notre indignité secrète, on ne le connoît plus. Ainsi, en travaillant toujours j)our les autres, et jamais pour soi, les forces de l'àme s'usent; nous devenons des hommes tout extérieurs; on se fait à cette vie d'agitation; on n'est plus capable d'être un instant avec soi; on cherche même des occasions et de pieux prétextes de se dissiper et de se produire; on ne peut plus se passer des hommes; on s'ennuie avec Dieu seul. Or cet état, qui n'offre d'abord rien que de louable aux yeux des hommes, a ses dangers devant Dieu ; nous nous épuisons sans jamais aller réparer nos forces aux pieds de Jésus-Christ ; toutes nos sollicitudes se bornent au dehors, et nous ne nous rappelons jamais à nous-mêmes ; nous agissons extérieurement pour Dieu, mais nous n'agissons pas en secret avec lui: nous courons, mais nous courons tout seuls. Le Seigneur, que nous n'a\ons ])as appelé à notre secours,
41)4 DISCOUHS SVNODArX l)i; M A SS I L I.O \.
nous Iais.s(3 ù nos propres Iblhlcsses ; cl (rordinalrc l'Iiii- UKMii', la \ ivacilé, le Iciupérainent , la \aiiil('', l'iiKpi'n'ludc, cnlmnt plus dans nos ibnclions (jue Faniour du devoir cl la charité pour nos frères. Il n'est que la lidélité à la prière f[ui puisse nous i^arantir de ces écueils, et, sans nous détourner (h; nos Ibnclions, nous y l'aire porlei' cet esprit de [)lété et de recueillenient qui les règle, qui les sanctilie, ({ui les modère, et ([ui, au sortir de là et de ces dissipations extérieures, l'ait cpie nous sommes encore [)lus en état de nous aller recueillir devant Dieu.
Mais la dissipation n'est que le moindre danger de nos fonctions. Que de dangers infiniment plus à craindre dans la seule fonction du tribunal! Hélas! mes frères, si la prière ne nous y conduit et ne nous y soutient, comment des hommes foibles pourront-ils s'y soutenir eux-mêmes? Je ne dis pas comment y porteront-ils les lumières nécessau'es pour discerner la lèpre de la lèpre ; la fermeté, pour être au-dessus des égards humains, ne pas sacrifier la règle à des complaisances basses , et faire plus d'attention au rang des pécheurs qu'à la qualité de leurs crimes; la prudence, pour ne dire que ce qui convient, c'est-à-dire ne pas décourager le pécheur par trop de sévérité , et ne pas l'endormir aussi par une excessive clémence ; être père et être juge; sauver la règle et le pécheur; ne rien rabattre des intérêts de Dieu, et n'être pas dur et insensible à la foiblesse de l'homme; en un mot, ne point llatter la plaie, et ménager })ourtant le malade? Je ne dis [)as : Gonunent un confesseur trouvera-t-il ce point si difficile, ce milieu si sage, s'il n'a puisé aux pieds de Jésus- Christ et dans l'usage de la prière cette sobriété de sagesse dont parle l'Apôtre, qui sait toujours mêler l'huile de la douceur avec le vin de la force, et, comme le charitable
s u II 1. A N K « 11- S S I T f' ni; LA I ' m i: i{ I : . 4<)l.
Saniarilaiii , tciiiix'-nM- la scVlicrcssc cl la li^iditr du zMc par les iiioiiNcmciils tciidics de la coinpiissloii et de l;i clémence? M;iis ji' nous dis : ('.oiniiicnl un conrcssciii-. s'il n'est pas un lionniie iiili'rlcnr cl accoiidiiiK' dans la pi'lcre à coiinoître ses prupi'cs l)cs()iiis cl approlondir les plaies secrètes de son âme, comnienl conno(lra-l-il les besoins secrets des âmes qui s'adressent à Ini? coimnent y appliquei'a-t-il les remèdes convenables el nnlipics? coMuncni fera-t-il connoître le pénitent à liii-iucnic, lui fpii ne se connoît pas; et entrera-t-il dans rintcriciir où est la source du mal, lui qui n'est jamais entré dans l'intérieur de son propre C(cur? Non, mes frères, un confesseur (fui n'est pas ini liommc de prière, un lionunc intérieur, ne coimoit jamais que la surface des consciences. 11 entend des confessions, mais il ne connoît pas les pécheurs; il absout, mais il ne délie pas; il traite des malades, mais il ignore leurs maux; il impose des pénitences, mais il ne forme jamais un vrai pénitent. Et d'où croyez-vous, mes frères, que vienne l'inutilité de la plupart des confessions? D'où vient que le remède de la pénitence, autrefois si rare, ne s'applifpioit presf[ue jamais inutilement à un pécheur, et qu'aujourd'hui, devenu plus commun et plus facile, il ne guérit presque plus de malades? D'où vient qu'il s'opère si peu de véritables conversions au pied de nos tribunaux? C'est que la plupart des confesseurs, contents d'écouter les fautes de leurs pénitents, n'approfondissent pas les dispositions intimes de leur cœur, ne leur prescrivent que des remèdes extérieurs qui ne vont pas à la source du mal , ne s'apphquent point à réformer cet honune intérieur qui leur est inconnu; c'est, en un mot, que des confesseurs qui ne voient que la surface de la conscience ne sauroienl jamais former que des pénitents superficiels.
ior, Disr.oi'KS SYNODAUX dp: "NIASSI i.i.ox.
Je ne parle pas des autres dangers de ce ininislèi'e oi'i la i)rièie seule peut faire toute notre sûreté. Ilélas! mes frères, nous y sommes dépositaires des fragilités d'un sexe l'oihle; les images funestes qui nous en restent souillent du moins l'imagination, si elles ne souillent pas le cœur; c'est une étincelle fatale qui reste au dedans de nous, et qui souvent est la source d'un grand incendie. L'usage de la prière peut seul dissiper et ])urifier ces fantômes et éteindre ces étincelles dans leur naissance; de pieuses intentions ne suffisent })as môme pour nous luettre à couvert des dangers de ce minislèi'e. On est d'abord touché des foiblesses d'un sexe fragile; mais il est à craindre qu'on ne le soit bientôt encore plus de sa confiance ; on ne se prête d'abord qu'aux besoins, ensuite aux inutilités; on commence par le zèle, et on finit souvent par l'attachement; on est entré ministre dans le tribunal, et on n'est plus qu'un homme quand on eu sort. Mais ne ])Oussons pas plus loin un sujet si triste à traiter, et respectons le vénérable presbytère qui nous écoute. Vous sentez vousmêmes, mes frères, tout ce que je pourrois vous dire là-dessus, les scandales et les inconvénients dont la foiblesse ou l'imprudence des ministres dans les fonctions du tribunal ont souvent allligé l'Église , et les dérisions impies qu'elles attirent tous les jours au saint ministère. Le fruit essentiel que nous en devons retirer, et qui nous regarde chacun en particulier, c'est que, si la prière ne nous soutient dans une fonction si périlleuse ; si nous nous y présentons sans précautions ; si nous nous exposons témérairement à des dangers d'autant plus à craindre que nous y sommes les seuls juges et les seuls témoins de nos chutes; si ce sont des motifs de curiosité, d'affection humaine, de complaisance en la confiance qu'on a pour
s l lî i. A N L C i: S S I T K IJ l. L A I' U I È 1{ iï,
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iiuus, (|iii nous y conduisciil, lu tribunal sacré, où nous devrions purilier les souillures d'autrui, ne sera |)lus pour nous que le lieu latal où nous en contracterons tous les joui's (le nouvelles.