‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 48 sur 58 · PARAPHRASE MORALE · texte numérisé non relu

PARAPHRASE MORALE

PSAUME Mil.

Prière (V une àiiic qui adore hi gnindeur et Ui loute-puissuuee de Dieu, eisiblenieiil tnirées d/nis les eréaiures, et qui lui rend grâces de lu tnug/iifieenee de ses bienfaits sur r/iomme.

f 1. Domine Dominns nosler, quam admivahilc est nomen limm in wiiversn terra!

y 1. Seigneur notre souverain Maître, que la gloire de votre nom paroît admirable dans toute la terre!

Grand Dieu, souverain Maître de l'univers, quel lieu de la terre pourrois-je parcourir où je ne trouve partout sur mes pas les marques sensil^les de votre présence, et de quoi admirer la grandeur et la magnificence de votre saint nom? Si des peuples sauvages ont pu laisser elTacer l'idée que vous en aviez gravée dans leur âme, toutes les créatures qu'ils ont sous les yeux le portent écrit en caractères si inelTaçables et si éclatants, qu'ils sont inexcusables de ne pas vous y reconnoître. L'impie lui-même a beau se vanter qu'il ne vous connoît pas, et qu'il ne retrouve en lui-même aucune notion de votre essence infinie; c'est qu'il vous cherche dans son cœur dépravé et dans ses

i»2i l'A l{ AI' II HA Si: hl l'SAlM I". \ I il.

passions, Dieu Irrs-saiiil . pliilùl (|ii(' dans sa raison. Mais (|u"il regarde du moins anionr de lui, il \(»ns relronxera ])artout; toute la terre Ini annoncei'a son Dieu; il ^e^^a les traces de votre grandeur, tie votre puissance et de votre sagesse im])riniées sur toutes les créatures; et son Cd'ur corrompu se trouvera le seul dans l'univers qui n'annonce et ne reconnoisse pas r\ntenr do son (Mre.

V '2. Quo)iia/ii elevdla est )/ui(/iu/icenli(i tua siijier cd'los. y 2. Car votre grandeur est élevée au-dessus des cieux.

L'homme, devenu tout charnel, ne sait plus admirer que les beautés qui frappent ses sens; mais s'il vouloit l'aire taire ces pensées de chair et de sang qui ofï'usquent sa raison; s'il savoit s'élever au-dessus de lui-même et de tous les objets sensibles, ah! il reconnoîtroit bientôt que tout ce qu'il y a de plus grand et de plus magnifique dans l'univers n'est, ô mon Dieu, qu'un trait grossier, une ombre légère de la grandeur et dt^ la gloire qui \ ous environne. Les deux eux-mêmes, dont la hauteur et la magnificence nous paroît si digne d'admiration, disparoissent, comme un atome , sous les yeux de voti-e immensité. Ces globes immenses et si infiniment élevés au-dessus de nous sont encore plus loin des pieds de votre trône adorable qu'ils ne le sont de la terre. Tout nous annonce votre grandeur, et rien ne peut nous en tracer même une foible et légère image. Élevez donc mon âme, grand Dieu, audessus de toutes les choses visibles. Que je vous voie et vous aime tout seul au milieu de tous les objets que vous avez créés. Qu'ils ne sortent jamais à mon égard de leur destination et de leur usage. Ils ne sont laits que pour manifester jusqu'à la fin aux hommes la puissance de celui

l'A i{ A ni K Ash: iM l's AiM i: \ I II. 4i;i

(|iii les ;i cit'i's, cl lui tonm-r des ;i(l()r;i(t'iirs, (;t non |);is pour s'atliicr cuN-ini'incs noire ainotn- cl nos hommages.

y 3. I:x orc iiifanliiun cl laclenliam ))erfecisli laudem pro/ilcr ini/nicos taos, ut destruas iiiimirum et ullorem.

V ."). Vous avez roriiu'! dans la boiicho des (Mifants et de ceux f|ni sont encore à la mamelle une louange ]>arfaite pour conliUKlre vos advt'rsaires, et i)our (li'tniirc rcnin-mi et ci'lui qui veut se venger.

En ell'et, vous avez, <:^raii(l Dieu! si visil)l('ment gravé dans tous los ouvrages de vos mains la magnilicence de otre nom, que des enfants mêmes qui sont eneore à la mamelle ne sauroient vous y méconnoîtrc. il ne faut pour cela ni des lumières sublimes, ni une science; orgueilleuse; les premières impressions de la raison et de la nature sullisent ; il ne faut qu'une âme sim])le et innocente qui porte encore en elle ces traits primitifs de lumière ((ue vous avez mis en elle en la créant, et qui ne les a ])as encore obscurcis ou éteints par les ténèbres des passions, ou par les fausses lueurs d'une abstruse et insensée philosophie. Vous ne vous manifestez, grand Dieu, qu'aux humbles et aux petits. Ce sont eux seuls qui vous connoissent, et qui vous rendent le seul hommage digne de vous, en vous aimant et en publiant les louanges de votre grâce. Mais vous aveuglez les impies; vous livrez ces ennemis de votre nom à la vanité et à l'égarement de leurs pensées. Vous les laissez précipiter ^ d'abîme en abîme, de ténèbres en ténèbres; et parce qu'ils ont voulu, par leurs

1. CVst-à-dire : vous los laissez se précipiter. Exemple remarquable de l'ellipse du pronom personnel après les vérités /"a/ré". laisser, voir,vtc. Nous

426 l'A liA I' IIHAS i; WV l'SAUiMI-: VIII.

rcclin'clics nr^iiclllciisos, sVlonor à des coiiiioi.^sancf'S incoiiimcs ail rcslf du ^ciirt' liiiiiiaiii, vous axez ])('niiis ((uc Iciii' raison s'obscurcît (;t qu'ils lussent privés de ces lumières mêmes qui sont communes à tous les hommes. Ne m'abandonnez ])as, i^rand Dieu, à cet orgueil détestable, (jui n'aboutit (fu'à vous niéronnoîtrc et à vous outrager; doimez-moi cette science I)uin])le et soumise, ((ui ne veut connoître de vos secrets adoi'ables que ce que vous nous en avez vous-même révélé; qui trouve dans la voix S(!ule de votre Église et la règle infaillible qui iixe les incertitudes de sa raison et la lumière qui en éclaire les doutes, et qui croit savoir tout ce qui est nécessaire quand elle sait que l'homme n'est qu'ignorance et que ténèbres.

>' [\. Qnoniam vif/eho crvlos tuos, opéra digilorion tuornm , hinani el slellas quœ lu finulasti.

y !\. (Uiaud je considère vos cieux, (|ui sont les ouvrages de vos doigts, la lune et les étoiles que vous avez affermies.

Et qu'est- il besoin en effet, mon Dieu, de vaines recherches et de spéculations pénibles j)our connoître ce que vous êtes? Je n'ai qu'à lever les yeux en haut: je vois l'immensité des cieux, qui sont l'ouvrage de vos mains ; ces grands corps de lumière qui roulent si régulièrement et si majestueusement sur nos têtes, et auprès desquels la terre n'est qu'un atome inqierceptible. Quelle magnificence, grand Dieu! Qui a dit au soleil : Sortez du néant et présidez au jour; à la lune : Paroissez et soyez le

avons étudié à fond ce point rnricnx do Krammairo dan<; notre Lexique comparé de la langue de Corneille.

l'A it A ni iJAsi: nr rsAiMi-: \iii. 4^7

llaiiilu'aii (le la iiiiil? (hii a (loiiiir \'v\\v cl !<■ nom à cette tmiltiliidt' (['('inilcs (|ni (li'corciil a\('C tant de si)l('inl(;iir le liriiiaiiu'iil , cl (|tii soiil aiilaiil de soleils iiiiinenses attuclit's cliaciiii à une esprcr de monde nouveau qu'ils t''clairt'!it? (hiel est l'oiiM'ier doiil la loulc-puissanee a pu u|)éi"ei" ces mciNcillcs , où loni rori;ii('il de la raison éblouie se pei-d et se confond? l'ili ! quel autre que vous, souvei"aiii («réateurde l'univers, pourroitles avoir opérées? Seroient-elles sorties d'elles-nièuies du sein du liasard et du néant? et rim])ie sera-t-il assez désespéré poui' attribuer à ce qui n'est pas une toute -])uissance qu'il ose refuser à celui qui est essenticllcmcul et pai" qui tout a été fait?

y 5. Qaid e$l homo, qaod mcmor es cjus ; mU filitis lioininis, (jiioniam visilas eum y

y 5. Je m'écrie : Qu'est-ce (|iie l'hoiniiie, pour mériter (lue vous vous souveniez de lui; ou le fils de l'homme, pour être dijïne que vous le visitiez?

Pour moi, grand Dieu ! ablnié à la vue de tant de gloire et de magnificence , je m'écrie : Est-il })ossible qu'un Dieu si grand et si puissant veuille s'abaisser jusques à penser à l'honnne et en faire l'objet de ses soins? Mais ce n'est encore rien, grand Dieu! que je ne sois devant vous que cendre et poussière, j'ofl're encore à vos yeux les prévarications d'un cœur infidèle et les souillures dont j'ai tant de fois sali mon néant et ma boue. Cependant un ver de terre révolté tel que je suis s'est attiré vos regards, et il ne ^ous a pas paru indigne de votre gloire de vous souvenir de lui et de le visiter dans votre gi-ande miséiicoi'de !

42S l'A l{ A l'Il I! A SI-: \)V PS AT M !•. VIII.

\ (i. Mimiisli ciiHi /i(ii//(i m'unis (ih ain/clis : ijlorld cl lioiinrc varoinisli en/Il, cl (■(iiislilaisli cii/zi sii/icr o/icra iiKiiniiiin litarnin.

\ G, Vous ne ra\('/ (|iriiii peu aliais^('' au-dessous cl<>s anges; vous Pave/ couronné de gloiro et d'Iiniiiii'nr. <■( vous l'avez établi sui' l'ouvrage do vos mains.

y 7 ot 8, Onmia siihjrcixii siih jicdihus cjtis, orc.-i et borrs nnlversds . iiisnpo' cl pccnra cfUHjii; voliicri's ca'U, cl pisccs maris, ijiii /lO'a/i/hiildiil sc/iiilas niKi'ls.

y 7 et 8. Vous avez mis toutes clioses sous ses pieds et les lui avez assujetties, toutes les brebis et tous les bteufs, et même les bêtes des champs, les oiseaux des cieux et les ]ioissons d(" la iiier ipii se pi'omèiieiit dans les sentiers de rUeéan.

^lais je cesse, ô inou Dieu! d'en être surpris, quand je rappelle ce premier état de gloire et d'innocence où vous aviez créé l'homme. Vous aviez imprimé en lui l'image glorieuse de votre divinité. Vous aviez sou filé dans sa houe un esprit de ^ie, une âme spirituelle et immortelle, capahle de vous connoître et de vous aimer. Vous l'aviez orné des dons lumineux de la science, de la sainteté et de la justice. Seul de toutes les créatures visihles, il a\oit le droit de s'élever jusqu'à vous, de parler à son Seigneur, de lui rendre grâces, et d'entretenir un commerce familier avec lui. Les anges eux-mêmes, ces intelligences si pures et si suhlimes, n'avoient presque rien au-dessus de lui; et ce qu'il avoit par-dessus elles, c'est que vous vous étiez connue démis entre ses mains de votre domaine sur toutes les créatures. Vous l'aviez établi le maître et le seigneur de tous les ouvrages sortis de vos mains ; vous aviez soumis à son empire les animaux qui rampent sur la terre, les oiseaux r[ui volent dans les airs

p ai; A ni 11 A si: nr rs a im i; vin. 42!)

cl les poissons (|iii se joui un sentier suns la pidlondenr (les eaiix de la nicf. De combien d'hoiMienr cL de ^luin,', ^nand Dieu, aviez-Nons revèlu cet lioinine an sortir de ^()s mains! \ons aviez connue couronné en le créant, et mis le derniei" dei^ré de perleclion a tous \os auti-es ou- \ rages, dont il étoit le clier-d"(en\ re.

Mais il ne sut pas j(3uir longtemps (l(^ \os di\ins hienl'aits. Il succ()nd)a bientôt sous ce poids de gloii'e et de bonheur où \ons l'axiez éle^é. Il se rendit l'esclave des créatures dont il étoit auparavant le niaître. La mort et le iiéché [)rirenl en lui la place de l'innocence et de l'immortalité; et dans cet état allreux de misèi'e où il étoit tombé, votre miséricorde, grand Dieu, lui pn'para une; ressource encoi'e plus glorieuse pour lui ([ue tous le.s avantages dont il étoit déchu. Notre Verbe éternel descendit du sein de votre gloire, pour s'unir à sa nature. Il en prit sur lui les inlirmités et les crimes, pour en dc- \enir l'expiation et la victime. La nature humaine avec lui monta à la droite de votre immense Majesté ; elle se vit élevée au-dessus de toutes les principautés et de toutes les puissances célestes. Votre Fils adorable lit entrer tous les hommes dans les droits de sa liliation éternelle. Nous reçûmes tous le titre glorieux de ses frères, et il ne tut (|ue notre premier-né. Vous étiez notre Dieu , vous \ oulûtes être notre père. Nous n'étions que xotre ouvrage, et nous devnimes vos enfants. (Irand Dieu, souverain maître de l'univers! ce n'est pas en tirant du néant toutes les créatures que votre puissance et la grandeur de votre nom a paru le plus admiral)le sur la teri'e; c'est en y faisant descendre votre propre Fils, la splendeur de votre gloire, revêtu de la bassesse et des infirmités de notre nature; c'est en nous manifestant le grand mystère de

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piélé que vous prépariez depuis le coinniencemcnt ries siècles et qui doit l'aire la consolation et l'étonncnient de tous les siècles à venir. Votre nom, gi'aiid l)i(;u , étoit autrefois ce nom Icrrihie (pie la bouche de l'homme n'osoit prononcer; mais depuis que vous êtes devenu notre père, c'est-à-dire le père conmiun de tous les frères de votre Christ, ce n'est plus ipi'iui nom de tendresse, que l'amour lilial nous domie droit de jironouccr, et rpie nous mettons avec conliance à la tète de toutes les supplications qui montent vers vous de tous les endroits de l'univers. Seigneur, notre souverain Maître, que la gloire de votre nom parolt admirable dans toute la terre! Domine Doininus noslcr, (punn tnbitin/bilc c.s7 inniioi //aan in unircrsd terrai

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