DES PASSIONS
L'homme , en proie à ses passions injustes et violentes , sent au dedans de lui la dissension la plus terrible. Livré aux agitations et aux fureurs de son propre cœur, combattu par la multiplicité et la contrariété éternelle de ses penchants déréglés, il ne peut trouver la paix, parce qu'il ne la cherche que dans la source même de ses troubles et de ses inquiétudes. Les philosophes s'étoient vantés de pouvoir la donner à leurs disciples ; mais le cahne universel des passions, quils promettoient à leurs sages, et qu'ils annonçoient avec tant d'emphase, en pouvoit réprimer les saillies, mais en laissoit tout le venin et tout le tumulte dans le cœur. G'étoit une paix d'orgueil et d'ostentation : elle masquoit les dehors; mais sous ce masque d'appareil l'homme se trouvoit toujours lui-même. [Acent, Sermon du jour de Noël. )
On n'en vient pas tout à coup à des excès de haine,
4;!:> l'i: Nsi; i:s or mohciia i x choisis.
(le iHJuaaise loi, tlo culuiimit' : riiiiiiKUiité , riioiiiicui-, un reste do droiture, le caMir rwWn, |)as encore l'amiliarisé avec le crime, se refnseroit à ces noirceurs el en s<'roil ell'rayé ; ce n'est que i)ar degré qu'on parvient à s'y livrer. On connnence par nourrir dans son cœur des sentiments injustes de jalousie contre son ])rocliain : ses talents, sa réputation, sa prosj)érité sont autant de vers (pii nous rongent et nous dévorent en secret. Plus sa gloire et sa fortune croissent, plus notre aversion se fortifie et s'allume : elle de\ ient au dedans de nous connue ini [)()ison rjiii nous déchire, une racine d'amertume qui nous llétrit le cœur; ce sont là connne les douleurs et le ])réhi(le du |)lus alTi'eux enfantement. Quand l'âme est une fois iml.)ibée de ce; venin, (pi'elle ne peut plus le renfermer dans son sein, il ne lui en coûte plus rien d'enfanter des monstres. Elle se soulage même en produisant au dehors les fruits les plus honteux de l'miquité et de la haine, c'est-à-dire l'imposture, l'artihce, la violence, l'inhumanité, la calonniie. ( Paraplirase du Psaume VIL )
On a beau dire (jue les soins des passions font la félicité de ceux qui en sont épris; c'est un langage dont le monde se fait honneur et que l'expérience dément. Quel supplice pour une personne qui veut plaire que les soins éternels d'une beauté qui s'elface et s'éteint tous les jours ! Quelle attention, quelle gène il faut prendre sur soi, sur ses inclinations, sur ses plaisirs, sur son indolence! Quel secret dépit, quand ses soins ont été inutiles et qu'il s'est trouvé des attraits plus heureux et sur qui tous les regards ont tourné! Quelle tyrannie que celle des usages! Il faut pourtant s'y assujettir, malgré des alTaires qui demandent (pi'on se retranche, un époux qui éclate, le marchand (jui murnuu'e et (pii peut-être fait acheter bien cher les retar-
I)i;s PASSIONS. 4:}:{
(IciiK'iils l'I les (li'hiis. Je ne dis ilcii (K;s soins de l'aiiibilioii. ( Miclli' \ ic (|iic celle (|iii se p.i-^se loiile en des mesures, des projets, des craiiiles, des es|)('M;mces, des alaniies, des jalousies, des assujettissements, des bassessesl Je ne parle pas d'un enj:;a,L!;euieut d(! passion. (Quelle IVayeur rpie le mystère n'éclate ! (jue de mesures à garder du côté de la bienséance et de la gloire! que d'yeux à é\iterl (jue de surveillants à tromper! que de retours à craindre sur la lidélité de ceuK qu'on a clioisis pour les ministres et les confidents de sa {)assioii ! (Juels rebuts à essuyer de celui peut-être à ([ui on sacrilie son lioimeur et sa libellé, et dont on n'oseroit se plaindre! A tout cela, ajoutez ces moments cruels où la passion moins vive nous laisse le loisir de retomber sur nous-mêmes et de sentir toute l'indignité de notre état, ces moments où le cœur, né pour des plaisirs plus solides, se lasse de ses propres idoles, et trouve son supplice dans ses dégoûts et dans sa propre inconstance. [Carême, sermon du jeudi de la Passion.)