‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 109 sur 131 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De l'Autriche.

Une alliance est possible entre le gouvernement de France et le gouvernement d'Autriche, par les relations de famille qui existent entre les deux empereurs.

Quelles seraient les conditions de cette alliance? A quoi obligerait-elle la nation française?

Le grand objet de l'ambition de l'Autriche est d'assul'er sa domination sur l'Italie; la première condition d'un traité avec elle serait de nous engager à l'aider dans ce dessein, et comme la volonté des Italiens est contre la domination autrichienne, ce serait nous engager à violer l'indépendance de l'Italie, ce serait jouer envers elle le même rôle que la coalition joue à notre égard, ce serait aller contre nos principes, nous mettre en contradiction avec nous-mêmes.

D'ailleurs, la raison même qui rend cette alliance plus facile, la rend en même temps plus dangereuse. Le trône de Napoléon, affermi par la maison d'Autriche, soutenu de son appui, prendrait dans cette dépendance mutuelle d'intérêts, fortifiée par les relations de famille (|ui l'auraient commencée, quelque chose du caractère des anciens trônes de l'Europe; son autorité tendrait à se fonder sur la même base que l'autorité de l'empereur d'Autriche. Par ce rapprochement intime des deux gouvernements, il serait impossible que les habitudes, l'esl)rit, les principes de la souveraineté en Autriche ne

vinssent pas altérer l'esprit et les priiiciites de la souveraineté en France, et que notre gouvernement lui-même ne s'y prêtât point. Or, comme les principes de la cour de Vienne sont les principes de tous les rois coalisés ; comme ce sont les principes des rois coalisés qui les font aujourd'hui nos ennemis, il s'ensuivrait nécessairement que Napoléon ne serait plus dans notre cause, qu'il serait dans la cause contraire, qu'il ne serait plus avec nous contre les rois, mais avec les rois contre nous; qu'il se trouverait dans la coalition.

Au reste cette alliance pourrait, à la vérité, mettre à couvert aujourd'hui notre indépendance nationale; mais qui nous assurerait qu'elle serait durable, et qu'elle ne nous manquerait pas à une seconde attaque? L'expérience nous avertit que nous devrions peu compter sur elle. Nous aurions donc fait une démarche dont l'issue serait incertaine, nous n'aurions pas atteint le but.

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