‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 115 sur 131 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Action de la Nation sur les gouvernements.

Dans tous les États de l'Europe, à l'exception de l'Angleterre, l'ordre social repose sur des principes essentiellement différents de ceux qui soutiennent l'ordre social en France. La souveraineté y est absolue, chez nous elle a ses bornes dans la loi. On n'y connaît que l'obéissance, et nous, nous tenons à nos droits. Comme l'habitude d'une communication facile amène naturellement les hommes à sentir et k vouloir de même, les gouvernements sont disposés à craindre les relations de leurs sujets avec nous, ils répugnent à notre alliance.

Si le gouvernement anglais n'a rien à craindre des

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principes que nous professons, puisqu'il est fondé sur eux, une autre raison l'éloigné de nous, c'est que notre révolution n'est point terminée , c'est que nous ne sommes pas fermes encore dans les principes, c'est que jusqu'ici nous n'avons fait que détruire. Il doit appréhender que l'esprit turbulent qu'il voit en nous ne se répande en Angleterre, et ne donne le signal à des l'éformes qui ne peuvent se faire sans que son pouvoir soit affaibli.

Une alliance avec nous est donc si fort contre les intérêts de tous les gouvernements, qu'ils n'y peuvent nullement consentir. Voyons, de notre côté, ce que cette alliance nous apporterait d'inconvénients ou d'avantages.

Un pouvoir plus absolu au dedans, au dehors une domination plus étendue, c'est là l'ambition de tous les gouvernements, c'est là leur premier intérêt. Nous allier avec l'un d'eux, mettre en commun ses intérêts avec les nôtres, ce serait, de propos délibéré, nous i-endre complices ou d'oppressions ou de conquêtes. Un gouvernement peut bien le vouloir, et y entraîner une Nation, mais une Nation ne peut le vouloir, ni s'y l)orter d'elle-même.

Quant au gouvernement anglais, que nous avons séparé des autres, outre que dans toutes les occasions sa politique a été dirigée contre la France, et qu'il ne montre point en avoir changé, puisqu'il est aujourd'hui l'âme et le chef de la coalition, son dessein de devenir une puissance du continent lui ferait rejeter maintenant plus que jamais notre alliance ; car ce qu'il doit avoir en vue est notre affaiblissement, qui le laisserait plus libre d'exécuter ses projets.

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