CHAPITRE XI
Action de la Nation sur les peuples.
Toute alliance étant impraticable entre les gouvernements et nous, le seul moyen pour nous de n'être plus isolés, est de nous rapprocher des Nations.
Pour les Nations qui sont tout entières dans les mains des gouvernements, la question est résolue d'avance; nous n'avons aucune prise sur elles, il n'y a rien de commun entre elles et nous ; telles sont l'Autriche et la Russie.
Les seuls peuples qu'il nous soit possible d'attacher à notre cause, ce sont les peuples du nord de l'Allemagne, de l'Italie et de la Nation anglaise ; car les peuples de l'Allemagne et de l'Italie, plus avancés que les autres, sentent le besoin de leur indépendance, il ne leur manque qu'un appui pour les déterminer à un effort et nous pourrions être cet appui. Entre la Nation anglaise et la nôtre, il y a la conformité la plus entière de maximes sociales, d'intérêts nationaux, d'institutions.
Et d'abord, un mouvement en Italie ne peut avoir de résultats s'il n'est souteim par de grandes forces, puisque les villes y sont occupées par des troupes autrichiennes. Les Napolitains, qui nous seraient d'un grand secours, ne peuvent nous servir dans cette enlreprise, car ils l'ont eux-mêmes essavée en vain : la haine de
l'Italie contre eux a lait rejeter leur appui. Il nous faudrait donc seuls exciter et soutenir l'insurrection de l'Italie; il faudrait y envoyer des armées nombreuses, ce qui serait imprudent au moment où nos frontières peuvent être attaquées de tous côtés.
Quant aux peuples du nord de l'Allemagne, ils sont tellement emportés par le désir de se venger de nous, (lue cette passion fait taire en eux toutes les autres, jusqu'à celle de la liberté : le besoin d'un régime meilleur les touche moins que l'espérance de nous humilier. Nos offres seraient aussi peu écoutées chez eux que celles des Napolitains en Italie; l'éloignement serait même plus grand, parce que la haine est plus vive.
Il ne nous reste donc que la Nation anglaise. Par l'impossibilité démontrée d'un rai)prochement avec les autres, nous sommes conduits à cette alternative, ou de demeurer seuls, ou de nous joindre à elle. C'est là notre ressource dernière; si elle manque, tout nous manque. Mais il y a tant d'intérêts communs entre les deux peuples, ils ont un tel besoin l'un de l'autre, il y a de si grands avantages pour l'Angleterre à se joindre à nous, que des démarches sageiBent mesurées doivent suffire à l'y déterminer.