CONSIDERATIONS DIRECTES SUR LES ROMAINS
Ce sont les Romains qui ont organisé le Théisme, ce sont eux qui ont été les fondateurs du droit public et qui ont fait faire les plus grands progrès à cette science. Voilà les deux rapports sous lesquels ce peuple a contribué au développement de l'intelligence générale, voilà les deux travaux qui ont constitué l'individualité morale de ce peuple. C'est la production de ces deux actes d'intelligence qui lui a donné un caractère distinctif des peuples qui l'ont précédé et de ceux qui l'ont suivi.
Une réflexion piquante se présente certainement, dans ce moment, à l'esprit du lecteur : c'est que la grande réputation que les Romains ont acquise et dont ils jouissent encore aujourd'hui dans l'Ecole, est fondée sur ce qu'ils ont fait pendant les cinq cents années qu'ils ont vécu sous le régime républicain, tandis que c'est sous le régime impérial qu'ils ont fait des pas en avant de ceux des Grecs ; ces pas ou progrès ont été, savoir : l'établissement du Théisme, la fondation du
droit civil. Ces deux progrès étaient bien importants; car il était impossible de fonder sur le Polythéisme, religion qui n'avait pas le caractère unitaire, une société politique nombreuse, composée de peuples ayant des langues et des coutumes différentes, habitant des climats différents, et obtenant de leur sol des produits qui n'étaient pas les mêmes. Les Grecs, qui étaient Polythéistes, ont beau avoir été grandis par leurs historiens, ils n'étaient cependant qu'une population peu nombreuse, parlant tous la même langue et habitant un pays d'une très petite dimension ; tandis que les Européens modernes, qui sont réunis en société politique, sont très nombreux, habitent un vaste pays, parlent dix langues différentes et usent, suivant la latitude qu'ils habitent, de nourritures très variées. Il n'y avait en Grèce que très peu d'hommes libres; dans l'Europe moderne, cent cinquante millions d'hommes jouissent des droits civils. C'est l'institution du droit civil, inconnu aux Grecs, qui a amené ces heureux changements.
Les deux choses qui me restent à dire pour le moment sur les Romains ne concernent pas d'une manière directe les progrès de l'esprit humain : elles ne sont donc pas du premier degré d'importance, mais le lecteur les trouvera, je crois, fort intéressantes, parce qu'elles sont relatives aux événements du jour et qu'elles ont un rapport direct avec les grands événements qui se préparent sous nos yeux. L'une est l'esquisse d'une comparaison entre les Romains et les Anglais, sous le rapport de la tendance de ces deux peuples à la domination universelle; l'autre est l'esquisse d'une autre comparaison que j'établirai entre la
crise dans laquelle l'espèce humaine s'est trouvée sous les premiers Empereurs romains et celle dans laquelle nous sommes engagés.