DIXIEME TERME
Ce sont les Sarrazins, c'est-à-dire les Arabes, qui ont fait faire à l'esprit humain son dixième progrès; ce sont eux qui ont inventé l'Algèbre et qui ont fondé les sciences d'observation.
Les Sarrazins ont eu cela de commun avec les Ég^-ptiens, les Grecs et les Romains, qu'ils ont occupé le poste d'avant-garde, dans la marche de l'intelligence humaine, et qu'ils ont habité un pays séparé des autres par des obstacles naturels, savoir : la mer, pour une grande partie et le sable, pour le surplus. Mais ils ont sous beaucoup d'autres rapports été différenciés des Égyptiens, des Grecs, des Romains et même de tous les autres peuples connus (les Arabes
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exceptés); leur pays n'étant susceptible de culture que dans une très petite partie, le fond de la population est resté nomade. Le gouvernement général n'a acquis aucun développement, aucun perfectionnement. Le peuple a vécu en tribus distinctes et indépendantes les unes des autres. Le despotisme ne pouvait pas s'établir chez eux; mais une organisation sociale de cette nature, transportée dans des pays cultivés et où il se trouvait des villes populeuses où le siège du gouvernement était établi, devait promptement dégénérer en despotisme. C'est ce qui est arrivé à la portion de ce peuple qui s'est établie hors de l'enceinte de l'Arabie, lorsque les Arabes sont devenus conquérants. De» circonstances particulières se sont opposées à la dégénération du gouvernement paternel en gouvernement despotique, pour les Maures qui se sont établis en Espagne, etc.
Je ne développerai pas davantage dans ce moment les idées relatives à la politique des Arabes, tant chez eux que dans les pays qu'ils ont conquis et dans lesquels ils ont formé des établissements. Deux raisons m'engagent à ajourner ce développement : l'une que mes idées à cet égard ont besoin d'être éclaircies, l'autre, que la série que je présente dans ce moment est épisodique, pour le lieu où elle est placée, et que, par conséquent, je dois éviter de lui donner une trop grande extension. Elle concerne l'histoire de l'espèce à laquelle la seconde partie de ce mémoire est consacrée; elle figure ici par anticipation. J'aurais peut-être dû, par cette raison, abréger davantage l'exposé des premiers termes. J'éviterai au moins de tomber dans le même inconvénient pour celui qui me reste à produire.