ONZIEME TERME
C'est Cliarlemagne qui a été le fondateur de la Société européenne; c'est lui qui a solidement uni les diffél'ents peuples qui la composent, en les attachant tous i\ Rome par le lien religieux, et en rendant cette ville indépendante de toute puissance temporelle. Depuis Cliarlemagne jusqu'à ce jour, la Société européenne a été constamment la plus forte sous le rapport matériel ; mais sous le rapport de l'intelligence, elle ne s'est trouvée en première ligne que depuis l'époque où les Maures ont été expulsés de l'Espagne, et elle n'a fait faire encore aucun pas général à l'esprit humain ; tous les progrès que cette Société a faits dans les sciences ont été des progrès partiels, c'est-à-dire elle n'a encore perfectionné que les sciences particulières. Ses travaux, jusqu'à ce jour, ne peuvent donc être considérés que comme des travaux préparatoires, pour la réalisation d'une amélioration générale dans le système des idées. L'analyse de ses travaux, depuis le quinzième siècle jusqu'aujourd'hui, donne pour résultat la désorganisation achevée du système scientifique organisé il y a deux mille ans, et l'organisation très avancée du système scientifique dont les Arabes ont posé les bases, pendant le califat d'Al Mamoun. Mais ce résultat, je le répète, n'est point un pas général fait par les Européens modernes, c'est-à-dire que nous n'avons point encore mérité d'être placés, par l'historien impartial, par celui qui ne veut pas flatter ses contemporains, sur
la ligne des Égyptiens, des Grecs, des Romains et des Sarrazins. Les premiers ont établi la division entre l'idée Cause et celle Effet ; ils ont organisé le système des idées religieuses ; les seconds ont organisé le Polythéisme; les troisièmes ont organisé le Théisme; et les derniers ont substitué l'idée de lois régissant l'Univers à celle d'une cause animée, qui constitue le Théisme. — Voyons maintenant ce que nous avons fait. — Nous avons, je le répète, continué les travaux des Sarrazins et nous les avons perfectionnés; mais nous n'avons pas fait converger les idées de plusieurs lois vers celle d'une seule loi, ou du moins, nous n'avons pas encore réorganisé le système scientifique et le système d'application d'après la conception d'une loi unique. Cette opération n'étant point encore faite, elle appartient à l'avenir : cela nous oblige à établir un douzième terme pour en parler.
Je prie le lecteur de se rappeler cette phrase de la Préface : L'Avenir se compose des derniers termes d^iine Série dont les premiers constituent le passé; ainsi l'étude de la marche que l'Esprit humain a suivie 7wus dévoilera celle qu'il suivra. Je le prie d'examiner si cet aperçu de l'application du principe n'est pas une preuve certaine de sa justesse. Je le prie de quitter un moment le Manuscrit et de réfléchir sur ce qui doit arriver; il verra que ce qu'il pensera sera la chose qu'il trouvera écrite dans le terme suivant.