DOUZIÈME TERME
Le système général de nos connaissances sera réor-
ganisé ; son organisation sera basée sur la croyance que l'Univers est régi par une seule Joi immuable. Tous les systèmes d'application, tels que les systèmes religieux, de politique, de morale, de législation civile, seront mis en accord avec le nouveau système de nos connaissances.
Je n'entrerai pas, pour le moment, dans de plus grands détails relativement h la marche passée et future des Progrès de l'esprit humain; si j'en ai parlé, dans cette première partie, c'est épisodiquement, c'est par anticipation, cela n'a dû être, par conséquent, que par aperçu. Ce qui m'a engagé à le faire, c'est que j'ai observé que l'esprit humain avait besoin de prendre connaissance de l'ensemble d'une conception pour s'intéresser au développement des détails, et son attention étant très bornée, il a besoin que dans le cours d'un travail l'ensemble de la chose lui soit souvent remis sous les yeux : c'est ce que je ferai.
L'objet que je me propose dans ce travail, c'est d'établir une série de comparaisons dont le premier terme soit la comparaison entre les corps bruts et les corps organisés, dont les termes suivants soient les comparaisons entre les structures des diflerents corps orga nisés, depuis celui qui est le moins organisé jusques et y compris l'homme qui est le plus organisé de tous, et de faire voir que l'hoiïime n'a joui d'abord que de la supériorité d'intelligence qui résultait directement de sa supériorité d'organisation.
Le développement de cette première partie de la série est l'objet direct de la première partie de ce •Mémoire.
Je développerai dans la seconde partie la deuxième
portion de la série, qui est la comparaison progressive des différents états d'intelligence aux différentes époques de l'existence de l'espèce humaine, et qui donne pour résultat les conjectures les plus solidement fondées qu'il soit possible d'établir sur l'avenir de l'espèce humaine. Je parlerai de l'ensemble de la série, je la passerai en totalité en revue dans la première et dans la seconde partie de ce Mémoire, avec cette différence que, dans cette première partie, je pèserai davantage sur les premiers termes que sur les derniers, et que ce sera le contraire dans la seconde (1).
Je termine ici ce long épisode, et je reviens à la question que je vais rappeler au lecteur qui serait bien excusable de l'avoir perdue de vue.
J'ai annoncé que je prouverais par six observations que l'homme n'était point d'une nature différente de
(1) Vous qui prenez la peine de lire mon travail et à qui je demande des conseils, dites-moi ce que vous pensez sur la question suivante. MeUez voire opinion par écrit sur le verso que j'ai laissé en blanc pour vous faciliter le moyen de me donner vos avis. Vous me rendrez un véritable service, car je n'ai aucune idée arrêtée sur le parti que je dois prendre.
Les idées que je présente sont en partie de Vicq-d'Azyr, en partie des moi; c'est lui qui a posé les principes, c'est moi qui ai tiré les conséquences. C'est lui qui a trouvé les premiers termes de la série, c'est moi qui ai posé les derniers. Trois modes de rédaction se présentaient à moi: l'un de faire l'honneur de la série entière à Vicq-d'Azyr, en lui faisant poser tous les termes ; l'autre de me latlribuer, le troisième de le partager. — J'ai trouvé que chacun de ces trois modes avait des inconvénients, mais que le premier en avait moins que les deux autres. Me suis-je trompé? dans ce cas, comment aurais-je dit faire? Quel est le mode que je devrai adopter, lors de la mise au net de ce Mémoire, pour le présenter aux sociétés savantes? Dites-moi, je vous prie, votre opinion à cet égard; mais ne perdez pas de vue, je vous en conjure, que dans une œuvre de cette nature, la rédaction n'est qu'un objet secondaire et que, pour le bien de la science, votre critique doit nécessairement porter sur le fond des idées.
celle des autres animaux; (jue la lacullé de se perfectionner était commune à tous les animaux; que si l'homme était le seul qui se tut perfectionné, c'était par la raison qu'il avait arrêté et même fait rétrograder l'intelligence des animaux moins bien organisés que lui; que si l'homme disparaissait du globe, l'animal le mieux organisé, après lui, se perfectionnerait.
J'ai présenté quatre de ces observations, je vais exposer les deux autres.