‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 74 sur 131 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De ia meilleure Constitution possible.

Je veux chercher s'il n'y a point une forme de gouvernement bonne par sa seule nature, fondée sur des principes siàrs, absolus, universels, indépendants des temps et des lieux.

Si j'allais résoudre ce problème de la manière dont on a traité jusqu'ici les questions politiques, je ne ferais qu'ouvrir un nouveau champ h des discussions interminables : mais laissant de côté tout ce qui peut avoir été dit sur cette matière, je ne m'aiderai dans cette recherche que de deux principes sur lesquels repose la certitude de toute démonstration , le raisonnement et l'expérience.

Toutes les sciences, de quelque espèce qu'elles soient, ne sont autre chose qu'une suite de problèmes à résoudre, de questions à examiner, et elles ne diffèrent l'une de l'autre que par la nature de ces questions. Ainsi, la méthode qu'on applique à quelques-unes d'elles doit leur convenir à toutes par cela seul qu'elle convient à quelques-unes d'elles; car cette méthode

n'est qu'un instrument entièrement indépendant dto objets auxquels on l'applique et qui ne change en rien leur nature.

Bien plus, c'est de l'application de cette méthode que toute science tire sa certitude, c'est par elle qu'elh; devient positive, qu'elle cesse d'être une science de conjectures; et cela n'arrive qu'après bien des siècles de vague, d'erreurs et d'incertitudes.

Jusqu'ici la méthode des sciences d'observation n'a point été introduite dans les questions politiques; chacun y a porté sa façon de voir, de raisonner, de juger, et de là vient qu'il n'y a eu encore ni précision dans les solutions, ni généralité dans les résultats.

Le temps est venu oîi doit cesser cette enfance de la science, et certes il est désirable qu'elle cesse ; car des obscurités de la politique naissent les troubles de l'ordre social.

Quelle est la meilleure constitution possible?

En entendant par constitution un système quelconque d'ordre social tendant au bien commun, la meilleure sera celle dans laquelle les institutions seront organisées et les pouvoirs disposés de telle sorte que chaque question d'intérêt public soit traitée de la manière la plus approfondie et la plus complète.

Or, toute question d'intérêt public, par cela seul qu'elle est une question, doit se résoudre par les mêmes moyens que toutes les autres questions quelconques.

Pour résoudre une question de quelque ordre qu'elle soit, la logique nous offre deux méthodes, ou plutôt une seule méthode qui comprend deux opérations : la synthèse el l'analyse; par l'une on embrasse l'ensemble de

la chose examinée ou ou l'examine à priori; par l'aulre un la décompose pour l'observer dans ses détails, ou on l'examine à posteriori.

Les résultats obtenus par la synthèse doivent être vérifiés par l'analyse, et réciproquement les résultats obtenus par l'analyse doivent être vérifiés par la synthèse; ou, ce qui est la même chose, une question n'est traitée d'une manière sûre et complète que lors- ([u'elle a été examinée successivement à priori et à posteriori.

Gela posé, je dis que la meilleure constitution est celle dans laquelle chaque question d'intérêt public est toujours examinée successivement à priori et à posteriori.

Or, dans une société, examiner successivement à priori et à posteriori les questions d'intérêt public, n'est autre chose que de les examiner successivement sous le rapport d'intérêt général et d'intérêt particulier de ceux qui la composent.

Il ne reste donc plus maintenant qu'à chercher par ([uel artifice on peut organiser une constitution de telle sorte que toute question d'intérêt public y soit toujours examinée de la manière que je viens de dire.

Pour cela la première disposition nécessaire est d'établir deux pouvoirs distincts et tellement constitués que l'un soit porté à considérer les choses, du point de vue d'intérêt général de la nation, et l'autre du point de vue d'intérêt particulier des individus qui en foni partie.

J'appelle le premier pouvoir. Pouvoir des intérêts généraux, et le second, Pouvoir des intérêts particuliers oi

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