‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 90 sur 131 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Examen des affaires de la France.

Ce n'est point par une sorte de caprice politique et par un hasard imprévu que la France s'est donné la constitution anglaise : plus de cent ans de travaux l'ont préparée à la recevoir.

L'autorité du pape, le pouvoir illimité des rois, les privilèges de la noblesse et du clergé, leurs richesses qui soutenaient leur puissance, étaient autant d'obstacles qu'il fallait renverser pour que la France fût réorganisée.

C'était par l'opinion qu'il fallait commencer de détruire ces pouvoirs que l'opinion avait élevés, et ce fut l'ouvrage du dix-huitième siècle. Le clergé fut tourné en ridicule, l'autorité arbitraire rendue odieuse, la noblesse déconsidérée.

V Encyclopédie, fruit des travaux de tout le siècle, porta le coup décisif en abattant à la fois tous les préjugés invétérés, toutes les erreurs accréditées qui soutenaient l'ancien ordre de choses.

La révolution préparée par les écrivains, fut hâtée par la guerre d'Amérique. Ces idées de liberté et d'institutions libérales, cette haine de toute tyrannie que les défenseurs des États-Unis rapportèrent du commerce d'un peuple libre et opprimé, gagnant bientôt une partie de la nation, la crise commença.

Les droits du trône, la puissance de la noblesse et du clergé déjà sapés dans leur base, n'opposèrent qu'une vaine résistance. On saisit les biens, on proscrivit les personnes, le roi lui-même ne fut point épargné (1).

Louis XVI aimait son peuple, il avait tout ce qui fait les bons rois; mais Titus serait tombé comme lui, si

(1) La n'Volution française est une preuve de ce que j"ai dit plus haut de la nrcessilé d'unir la propriété au talent dans le gouvernenienl.I, a noblesse et Icdergè qui étaient les grands propriétaires de l'Etat ayant laisse les lumières se concentrer dans la classe des non-propriétaires, furent renverses jiar eux, cl la propriété passa de leurs mains dans les mains de ceux qui les avaient renversés.

Titus eût régné ù sa place. Cette fermeté même qu'il n'avait pas ne l'aurait pas plus sauvé que sa faiblesse. Ce n'était pas le prince, c'était le trône qu'on attaquait; le hasard de sa naissance l'y avait lait monter, le trône l'entraîna dans sa chute.

Tout l'enthousiasme, toutes les folies, toutes les horreurs de la révolution française se reproduisent dans celle d'Angleterre. Des deux côtés le but était le même; des deux côtés les mêmes événements y ont conduit; tant il est vrai que la marche de l'esprit humain est une et inaltérable et ne varie point selon les temps et les lieux.

La ressemblance est telle qu'on peut tracer d'un seul coup le caractère commun des deux révolutions, et l'appliquer ensuite à chacune d'elles (1).

Toutes deux ont été partagées en cinq époques distinctes l'une de l'autre par les événements qui les ont signalées.

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