‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 99 sur 131 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Résumé des considérations relatives à la France et à l'Angleterre.

Je me suis élevé au point de vue d'intérêt commun de la France et de l'Angleterre.

Que ceux qui m'ont suivi avec attention, qui s'y sont élevés avec moi, qui ont découvert de là un remède aux maux des deux nations, redescendent maintenant à des combinaisons d'intérêt national que jusqu'ici on a seules méditées et qu'on va recommencer de méditer encore; qu'apercevront-ils? Des rivalités, des guerres, des malheurs au dedans et au dehors.

L'Angleterre effrayée à l'appi'oche d'une révolution, redouble les efforts de sa politique; elle calcule froidement de nouvelles guerres en Europe et de nouveaux malheurs en France; elle soutient la cause des nègres et ravage le territoire de ses frères. L'Europe entière s'est indignée à la nouvelle de l'incendie de Washington; et cependant ni ses ruses, ni sa politique oppressive, ni ses crimes dont elle frémit elle-même et qu'elle se voit forcée de commettre, ne la sauveront point; ils pourront tout au plus retarder la crise qui la menace.

Qu'on se figure l'Angleterre occupée d'écraser tout ce qui s'élève, s'endettant pour appauvrir les autres peuples, s'affaiblissant pour les affaiblir, comme s'il n'y avait de salut pour elle que dans la misère et la perle de tous; qu'on la voie, épouvantée de ses propres horreurs, en méditer encore de nouvelles et s'attirer la haine de tout ce qu'il y a d'humain, pour prolonger de quelques jours encore ce triste état d'agitations inquiètes, de craintes toujours croissantes, que couvre inutilement une apparence de force et de prospérité au dehors. Qu'on se la représente ensuite, unie avec la France, sauvée par cette union d'une banqueroute inévitable ; puissante et heureuse, sans crimes et sans craintes, sans que la prospérité d'autrui lui fasse rien

perdre de la sienne propre; et quon me dise ie(iuel de ces deux états est préférable.

La France, après la crise qui a renversé son ancien système politique, ne s'en est point fait un nouveau.

Que par un mouvement généreux la France regarde la dette de l'Angleterre comme le résultat des efforts qu'il fallait faire pour assurer à la liberté en Europe une patrie d'où elle pût se répandre sur toutes les nations, et qu'elle consente à partager le poids d'un sacrifice dont elle partage les fruits; que, par un élan non moins noble, l'Angleterre rende communs à la France les avantages que cent ans de liberté ont accumulés sur elle.

Que l'énormité de cette dette n'etîraie ni l'un ni l'autre des deux peuples; elle ira toujours en décroissant; car à mesure qu'une nation devenue libre s'unira à la Société anglo-française, la dette lui deviendra commune en proportion de ses richesses.

Il sera donc de l'intérêt de la confédération anglofrançaise de favoriser de tout son pouvoir la réorganisation de l'Europe.

3Ioins on contrarie les intérêts des autres en travaillant aux siens propres, moins on éprouve de résistance de leur part; plus facilement on arrive à son but. Ainsi, cette maxime tant répétée : on ne peut être vraiment heureux qu'en cherchant son bonheur dans le bonheur d'autrui, est aussi certaine, aussi positive que celle-ci : un corps lancé dans une certaine direction est arrêté ou retardé dans sa course s'il rencontre en chemin d'autres corps lancés dans une direction contraire.

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