‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 21 sur 72 · DE LOCKE ET DE NEWTON · texte numérisé non relu

DE LOCKE ET DE NEWTON

Locke et Newton n'ont point fait le raisonnement et la convention précédente : s'ils les avaient faits, ils les auraient placés en tête de leurs ouvrages. Cette manière d'entrer en matière aurait été préférable à celle qu'ils ont adoptée; cette introduction aurait facilité l'intelligence des belles découvertes dont ils ont enrichi le trésor de la connaissance humaine.

Locke et Newton n'ont point motivé la marche qu'ils ont suivie ; ils ne se sont point rendu compte à euxmêmes des raisons qui les ont déterminés à l'adopter ; ils n'ont eu pour guide que leur instinct scientifique : mais ce guide les a parfaitement conduits.

Locke et Newton ont quitté les sentiei*s battus pour se frayer une nouvelle route ; ils ont abandonné les hauteurs scientifiques pour descendre dans la plaine : c'est de là qu'ils ont pris leur point de départ.

Newton a vu tomber une pomme; et, de ce fait simple, il s'est élevé par échelons jusqu'à l'idée de la pesanteur universelle.

L'attention de Locke s'est d'abord fixée sur nos sensations les plus directes, sur celles immédiatement dérivées de nos premiers besoins ; et il est remonté, d'abstraction en abstraction, jusqu'à la conception de la perfectibilité de l'esprit humain.

Peu d'années après la publication des ouvrages de Locke et de Newton, c'est-à-dire, dès le commencement du dix-huitième siècle, les savants se sont divisés d'opinions : deux partis bien distincts, bien acharnés l'un contre l'autre, se sont formés dans l'École ; les partisans de Locke et de Newton ont déclaré la guerre aux Cartésiens.

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