‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 4 sur 72 · LI · texte numérisé non relu

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institutions et dans les nuenrs, a eonservé jusqu'à ce siècle (le révolutions la seule image vivante que se soit faite le Panthéisme.

A l'époque où vivait Saint-Simon , l'Inde n'était iïuère connue; son histoire, ses monuments, sa philosophie, étaient également ignorés. Saint-Simon ne pouvait donc poursuivre sur cette portion importante de l'histoire humaine, la vérification de sa grande conception. Il n'a point même soupçonné cette lacune; il était si loin de comprendre et de sentir la valeur dogmatique et morale du Panthéisme que dans Vlntro- (hiction aux travanx scientipques du dix-ueuviéme siècle, il écrit dédaigneusement les paroles suivantes :

« L'histoire des temps les plus reculés est pour riiumiinité ce qu'est pour l'individu i'iiisloire île son enl'ance, c'est la fiarlie la moins importante et la moins instructive. Les hommes mrdiocres

sont les seuls dont elle puisse lixer l'attention Les recherches

sur l'histoire des Indous et des Chinois ne doivent point occu])er

les fortes têtes 11 est certain qu'on peut faire une bonne histoire

des progrès de l'esprit humain sansparler des travaux scienliHques des Chinois et des Indous. »

Voilà comment en traçant dans son arbre encyclopédique le tableau de la marche de la civilisation, résumée par les divers états religieux de l'humanité, il a supprimé jusqu'au nom du Panthéisme dont les sectateurs couvrent depuis six mille ans les deux tiers de l'Asie; amené par cette omission à donner à l'Idolâtrie ou Fétichisme une place distincte du Polythéisme dans lequel doit rentrer cotte forme religieuse, puisqu'elle

Tresl que l'adoralion de la niullitnde visible des ('Ires ou des lorces iialurelles.

Voilà pourquoi sans aucun doute, bien que la vigueur de son génie ait en quelque sorte marqué d'instinct la place et le caractère de l'intuition analogique, sa formule est restée de ce côté sans développement suffisant. Voilà pourquoi dans sa politique et dans sa morale, il a si longtemps et avec tant de détail montré le jeu équivalent et alternatif de la synthèse et de l'analyse, plutôt que le mécanisme complet des trois termes.

Quoiqu'il en soit, les brefs développements dans lesquels nous venons d'entrer nous })araissent suflire pour éclaircir cette grande question.

rson-seulement tout acte de vie doit être considéré comme se décomposant en trois, et non pas en deux opérations, mais la valeur relative de ces opérations doit être prise comme équivalente.

A tout ce (|ue Saint-Simon a dit de neuf et de fécond sur l'équivalence de la synthèse et de l'analyse, des intérêts généraux et des intérêts particuliers, de la pratique et de la théorie, de la science et de l'industrie, il faut, par développement du principe même qu'il a posé, ajouter l'équivalence de Vintuilion analogique avec la sytithèsc et avec Vanalysey de Yintc'rêt imiversel avec les iiilcrels particuliers, et avec les intériHs (jénéraux; du (joùl avec la pratique et avec la théorie; et enfin de la morale avec la science et avec Yinclustrie. \a} concours de chacun de ces trois aspects doni Tbar-

inonie progressive couslilue la me étant également nécessaire aux deux autres, et chacun d'eux se trouvant tour à tour au même titre, prédominant et subordonné.

Quant à l'importance de la question, elle n'échappera certainement à aucun de ceux qui sont au courant des travaux des socialistes modernes, et en particulier, des discussions dogmatiques et morales sur lesquelles l'école Saint-Simonienne s'est dissoute.

Concevoir l'un des trois aspects sous lesquels la vie se manifeste comme ayant sur les deux autres une supériorité constante et absolue , c'est jeter le fondement d'une hiérarchie analogue aux hiérarchies du })assé, et retourner, selon le principe auquel on attribuera la prédominance, aux institutions du Po/yf/jm/nf, du Panlhéisme ou du Déisme.

Concevoir la vie comme étant constituée par l'harmonie progressive des trois aspects qui la manifestent, et ces trois aspects comme devant, sur le pied d'une entière équivalence se combiner, sans cesse, en prédominant chacun à tour de rôle, suivant les exigences des temps et des lieux; c'est au contraire bâtir sur les fondements de la méthode naturelle , les assises d'une morale, d'une pratique et d'une science nouvelle; c'est constituer la vraie Religion!

Nous dépasserions les limites, si nous poussions j)lus avant un sujet que nous aurons naturellement l'occasion de reprendre en suivant jusqu'au bout de sa carrière le grand homme donl nous relevons les traces.

(-oiiliinioiis pliilùt l'étude doses travaux, et entrons maintenant avec lui sur le terrain de la politique.

OEuvres politiques.

Le Travail sur la firavilatioii universelle est en effet tout à la lois le dernier des ouvrages scientifiques et le premier des ouvrages politiques de Saint-Simon.

L'auteur setait placé en le terminant à un degré si élevé dans la série intellectuelle, qu'il touchait à ce point suprême où le sentiment, l'intelligence et l'activité se confondent, et d'où il est également facile de redescendre vers la morale, vers la science, ou vers la politique, mais frappé par le contre-coup des événements qui remuaient autour de lui les fondements de l'Europe, moins touché au milieu de tant de catastrophes de la puissance du sentiment , que de l'urgence des applications, il inclina d'abord vers la politique.

Cette transition est clairement marquée dans le Travail sur la gravitation.

(Il commence par un exposé de principes purement métaphysi(jue, il se termine par la proposition de créer imniédiatenienl une institution politique commune à

— Mil —

toute l'Europe, où la rciiuiou spoiilauée des savants de toutes les nations constituerait un nouveau pouvoir spirituel, seul capable, par l'instauralion d'une doctrine générale, de rétablir Tordre matériel et de mettre un frein à la double ambition des peuples et des rois^

Certes les événements ont prouvé de reste combien cette grande idée d'une institution politique supérieure, commune à tous les peuples européens, était prématurée; mais sans compter qu'elle forme un jalon que l'avenir ne perdra point de vue, elle est devenue pour Saint-Simon le point de départ d'une série de travaux dans lesquels nous allons voir ce génie infatigable, (pii tout à l'heure suivant sa belle expression : « escaladait le pic de l'intelligence, » se faire publiciste, pampblétaire, au besoin, et sans se rebuter jamais, poursuivre obstinément pendant sept ans, sous la forme politique, l'œuvre que de 1808 à 1814 nous l'avons déjà vu tenter sous la forme scientifique .

fUn des caractères les plus remanpiables du génie de Saint-Simon est le bon sens; Saint-Simon n'est jmint utopiste, il ne se contente point de rêver à l'idéal, il ne quitte jamais la réalité, et dans son vol le plus élevé, ne perd jamais de vue l'heure présenteJ Sa vie personnelle est tellement mêlée à la vie générale que la succession de ses pensées et dé ses sentiments semble faire une même trame avec les événements sociaux; non point qu'il abandonne jamais la série directe de ses idées, ni (jue les préoccupations du jour le jetleni bois de sa ligne propre, mais, dès le premier monienl.

il a si bien démêlé les causes, la marche et l'issue de la crise palingénésique dans laquelle roule encore l'Europe, que les faits à mesure qu'ils se produisent, semblent l'accomplissement de ses prédictions.

Du jour où, dans sa belle étude des travaux de Condorcet, Saint-Simon a eu posé le principe et la loi de la méthode historique, il n'a plus fait un pas en politique sans vérifier ses conceptions par une étude sévère des faits du passé. Cette marche donne à tous ses travaux, même à ses pamphlets les mieux frappés au coin de l'actualité, une force,- un poids et une suite merveilleuse : Saint-Simon semble un prophète, il n'est pourtant qu'un observateur sagace et méthodique.

Parmi les morceaux politiques auxquels nous avons donné place, il en est un qui mérite particulièrement l'attention, c'est la lettre adressée aux électeurs du Champ de Mai, en mai 1815. La pensée intime de Saint-Simon (et nous ne voulons point parler ici de ses principes religieux et philosophiques qui se montrent d'ailleurs si clairement dans toutes ses publications, mais de la règle de conduite particulière à laquelle il est toujours demeuré fidèle) apparaît clairement dans ce morceau.

Napoléon a débarqué à Cannes, les Bourbons sont en fuite, l'aigle impérial a volé de clocher en clocher, les destinées de l'Europe courent de nouveaux hasards, les armées s'ébranlent, le patriotisme s'énienl, le peuple va s'assembler ; quel conseil lui donner? vers quel

point de l'horizon faut-il qu'il se tourne? à qui doit-il remettre ses intérêts?

Nous avons vu en 1808 Saint-Simon saluer l'Empereur comme le génie de la civilisation moderne; nous le verrons plus tard en 1818 s'incliner devant le pouvoir des Bourbons restaurés; que va-t-il faire en 1815 quand la place est vide, et le peuple maître, pour un instant, de ses destinées?

A cette heure décisive, on voit reparaître l'homme qui en 171)2 refusait le mandat de la commune de Falvy dont il était le seigneur, et conseillait à ses anciens vassaux d'envoyer à l'assemblée, au lieu d'un noble comme lui un paysan comme eux, Saint-Simon ne conseille à la France ni le retour vers Napoléon, ni le rappel des Bourbons, mais une alliance directe du peuple français et du peuple anglais, dont les forces réunies puissent devenir la base du pouvoir nouveau dont le XIX" siècle doit voir la création !

(C'est qu'en réalité Saint-Simon n'a jamais suivi d'autre politique que celle qui découle du nouveau principe social qu'il a posé ; il n'a jamais vu dans les pouvoirs établis que des instruments destinés à frayer la route et à rapprocher le but; sous la Bépublique, sous l'Empire, sous la Royauté il n'a jamais eu qu'une pensée, il n'a jamais poursuivi qu'un objet : la création d'une institution politique entièrement nouvelle, destinée à faire disparaitre et à remplacer les derniers débris des institutions féodales et théologiquesJ

Au surphis, Sainl-Simon n'est entré dans l'expo-

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silioii détaillée de ses idées politiques, qu'au iiiomont où les troubles qui accompagnèrent la chute de Napoléon et rétablissement de la Restauration commencèrent à se calmer; jusque là ses écrits conservent la trace des habitudes de spéculation scientifique dans lesquelles Tauleur avait vécu de 1808 à 181 i; on y voit reparaître plus à découvert et sous une forme plus scolastique que celle qu'il emploiera plus tard, son grand principe de l'équivalence de l'analyse et de la synthèse; il assied la politique sur la même base que la science et que la morale.

Mais à mesure que le tumulte des événements s'apaise, que le jeu des institutions nouvelles s'établit, que les partis nouveaux s'accusent et que chacun d'eux en se dessinant découvre la stérilité de sa politique, Saint-Simon montre par des applications multipliées la puissante fécondité de la sienne.

A l'atîùt des occasions , il n'en laisse échapper aucune. Naturellement, sa place ne se trouve ni dans les rangs de la droite, ni dans les rangs de la gauche, ni derrière les bancs ministériels ; il est à la fois pour et contre tous; il mêle aux débats passionnés de chaque jour des idées, des sentiments, des mots si nouveaux, si étranges que la plupart tombés d'abord inaperçus ne se relèvent et ne fructifient qu'à la longue.

Il est aisé d'ailleurs de résumer la politique de Saint- Simon. Sa politi(iue extérieure est toute entière dans le resi)ect des nationalités, dans l'alliance directe des nations les plus avancées, dans la constilnlion par les

nations devenues libres el maîtresses d'elles-mênjes (Tiin tribunal amphietyonique européen, congres permanent devant lequel les contestations internationales puissent se décider par les voies de la justice et de la raison, auquel seul appartieiulrait le droit suprême de sanctionner par la force l'exécution de ses sentences souveraines.

Quanta sa politique intérieure, elle se résume dans cette ligne déjà citée des Lettres d'un habitant de Genève :

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