‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 58 sur 72 · SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LA RELIGION

Tous les lettrés que j'ai rencontrés ont adopté une des quatre opinions que je vais exposer, et sur lesquelles ensuite je dirai ce que je pense.

Première opînîon.

Un i)arti assez nombreux et très animé travaille à rendre à la religion chrétienne sa première vigueur. MM, de Ronald et de Chateaubriand sont les chefs de ce parti; ce sont eux qui ont émis l'opinion dont il est question. Ils l'ont développée et soutenue, l'un avec beaucoup de force et de raisonnement, l'autre avec beaucoup de talent. Je vais réfuter ce qu'ils ont dit; je vais mettre en évidence l'erreur capitale dont toutes leurs idées se trouvent entachées.

Cicéron a dit dans son ouvrage sur la nature des dieux, liv. 8, cliap. I'' :

« Ef/o vero eas defendam (cœremonias reliyionis) sem- « perque defendi. Nec me ex eâ opinione (juam à majo- « ribiis accepi de cultu JJeorum immortaliiim, ulliiis « unquam oratio aiit docti, aiit indocti movebit. Sed dim « de religione agitur, T. Coruncanhim, P. Scipionem, « P. Scœvolam, pontifices muximos, non Zenonem, aut « Chrysippum sequor, aut Cleduthein, habeoque C. Lœ- « litim aiigurem, eumdem supientem, quem potiiis aiidiam a de religione dicentem in illâ oratione nobili quant « quemquam principem sto'icorum.

« Cùmque omnis populi romani religio in sacra et in « auspicia divisa sit, si qitid prœdictionis causa ex par- « tentis et nwnstris sybiUœ interprètes auruspices res a monuerunt , hurum ego religionum nullani unquam « contemnendam putavi; mifiique ita persiiasi Romiilum « auspiciis, Numain sacris constitutis fundanienta jerisse « nostrœ civitatis quœ nunquam profecto sine snmiud yda- « catione Deorum imniortalium tanta esse potuisset (i). »

fl] TCAOtCTION.

« Quant à moi, j'ai toujours délendu, et je défendrai toujours « les cérémonies et les rits religieux. Les discours d'un savant " ou d'un ignorant ne me détourneront jamais de l'opinion que << j'ai reçue de mes ancêtres, relativement au culte des Dieux <> immortels; mais lorsqu'il s'agit de religion, je dois suivre et je <i suis en eifet T. Coruncanius, P. Scipion, I'. Scaevola, grands <■ fiontifes, plutôt que Zenon, Cléanthe, Chrysippc et autres Philo- « soplics. J'ai pour moi C. L;elius, augure si rocommandahle par

Cicéron a voulu s'opposer aux progrès des lumières; il u'a point arrêté la marche de l'esprit humain, et il a laissé à la postérité la preuve que son esprit n'avait pu s'élever à la hauteur du premier ordre de conception.

Bossuet a commis la même faute dans son oraison funèbre de la reine d'Angleterre. Il a fait un pompeux éloge de la direction que cette princesse avait donnée à son énergie en faisant ses efforts pour maintenir son mari et son peuple sous le joug papal ; et l'expérience a prouvé aux Anglais qu'ils avaient bien fait de marcher sous les drapeaux de Luther, puisqu'ils sont parvenus, en suivant cette direction, à occuper, pendant plus d'un siècle, le poste d'avant-garde de l'humanité; ils sont aujourd'hui forcés de céder ce poste aux Français; mais ils l'ont occupé pendant plus d'un siècle.

M. de Chateaubriand a parcouru, avec beaucoup de

» sa sagesse. Je l'écouterai parlant du culte des Dieux et des droits " des pontifes , plus volontiers que les plus illustres des Philo- « sophes stoïciens.

« La religion du peuple romain est fondée sur les sacrifices et '< les aruspices. Ainsi, ce que les prêtres, interprètes de la Sybllle, « ce que les aruspices ont annoncé d'extraordinaire et de merveil- " leux ne me paraîtra jamais devoir être l'objet de mon mépris. (I J'ai fortement conçu que Romulus, par les aruspices, Numa, par « les rits religieux, ont fondé notre ville qui jamais ne fûtparve- « nue à ce haut degré de gloire sans le culte éclatant et l'invoca- II tion publique des Dieux immortels. »

Nota. La traduction qui procède parait être de Saint-Simon lui-même ; Texprcssion : «j'ai fortement conçu » est de son style; il a reproduit la même citation dans le Travail sur la gravitation universelle.

Note nés épiteurs

grâce, la l'ausse roule tracée par les deux plus ^i-amls orateurs qui aient [)aru depuis Déniosthènes.

Depuis rétablissement du Déisme jusqu'au quinzième siècle, les ecclésiastiques s'étaient montrés supérieurs aux laïcs en talents et en vertus. C'était le clergé qui avait défriché les terres incultes et desséché celles dont l'habitation était malsaine; c'était lui qui avait déchiffré les anciens manuscrits. Il avait enseigné à lire et à écrire aux laïcs; il avait perfectionné la métaphysique, en s'exerçant à faire partir tous les raisonnements d'un seul point pour les faire arriver à un seul but. Avant le xiv^ siècle, aucun Européen ne s'était autant distingué dans les sciences physiques et mathématiques que Roger Bacon, et Roger Bacon était moine. C'est le clergé qui a fondé les premiers hôpitaux et les premières maisons d'éducation m.oderne; c'est lui qui a coalisé les peuples européens pour résister aux Sarrazins; et qui les a ensuite déterminés à porter la guerre en Asie et en Afrique, seul moyen de les dégoûter de faire de nouvelles tentatives pour troubler le repos de l'Europe.

Les talents obtiennent toujours la récompense qu'ils méritent. Si quelquefois les individus ont été privés pendant leur vie, des jouissances auxquelles ils avaient acquis des droits, c'est qu'ils sont morts avant que le public ait pu apprécier leurs travaux; mais les corporations dont l'existence s'est prolongée pendant plusieurs générations ont toujours recueilli les fruits de leur labeur.

Depuis le vu'' siècle jusqu'au \iv\ le clergé a joui de la récompense qu'il avait méritée; il s'est continuellement élevé en pouvoir, en considération et en richesses.

Si, (lei)uis celte époque, son pouvoir, s:i considération, ses richesses ont diminué, c'est parce qu'il s'est laissé dépasser, dans la carrière scientifique, par les lettrés laïcs.

La récapitulation de la marche que l'esprit humain a suivie en religion éclairera les idées que je viens de présenter.

Il y a eu système religieux dès le moment que l'intelligence humaine s'est élevée à la division des causes et des effets. C'est très inutilement qu'on chercherait dans l'histoire des détails sur la première religion, puisqu'elle a pris naissance en même temps que le système des signes et que les historiens n'ont pu commencer à écrire qu'après la formation complète d'un système de signes.

Nous ne possédons aucun renseignement satisfaisant ni sur l'origine des Égyptiens, ni sur les usages des peuples qui les ont précédés; mais l'histoire nous fournit les moyens de suivre la tiliation des idées religieuses depuis les Égyptiens jusqu'aujourd'hui.

Les Égyptiens adoraient les astres, les fleuves, les montagnes, certains végétaux, quelques animaux. Ils avaient choisi parmi ces êtres ceux qui les avaient frappés davantage, pour leur confier le pouvoir de régir le monde.

Quelque temps après, chez les Grecs, Homère parut. Il perfectionna le système religieux. Sa puissante imagination jjersonnifla chacune des facultés de l'homme , et, par son talent, il déifia chacune d'elles.

Socrate ensuite conçut l'idée de former un être composé de la réunion de tous ceux créés par Homère. Il inventa Dieu. Ce philosophe enseigna à ses

disciples que les hommes devaient considérer tout ce qui existait comme étant le résultat d'une seule cause.

L'opinion de Socrate s'était répandue; elle avait été adoptée par tous les hommes éclairés, lorsque Jésus parut.

Cinq cents ans après Socrate, Jésus parut. Jésus était bon; il avait de l'énergie, de l'enthousiasme; il était exalté dans une belle et bonne direction; mais Jésus était ignorant. Il fonda la religion chrétienne, à laquelle il donna le déisme pour base. Il communiqua son exaltation à ses disciples; mais il ne leur laissa pas un corps de doctrine.

Paul, disciple de Jésus; Paul, homme de génie, homme instruit ; Paul, qui connaissait si bien la philosophie de Socrate, et qui était bien au courant des connaissances acquises depuis sa mort par les Académiciens et par les Péripatéticiens, organisa la doctrine chrétienne.

Les disciples de Paul se sont répandus de tous côtés pour enseigner la nouvelle religion. Ils se sont particulièrement attachés à la conversion des habitants de la capitale du monde. C'est à Rome qu'ils ont établi leur principale école. Ce corps de professeurs du déisme (auquel on a donné le nom de clergé, c'est-àdire corps de savants), s'est vigoureusement opposé à la dissolution des mœurs romaines et à la férocité des coutumes suivies par les barbares qui avaient envahi l'Italie.

Le clergé est le lion qui a uni la confédération européenne, et au moyen duquel elle est devenue la plus puissante de toutes celles qui ont existé, puisqu'elle a

soumis les luibitanls de toutes les autres parties du globe.

C'est sous le pape Hildebrand que le clergé est arrivé au plus baut degré de puissance. Depuis cette époque, son pouvoir a commencé à diminuer; mais cette diminution s'opérait d'une manière lente. Il abandonnait sa prépondérance sur l'bumanité, comme la marée quitte la place qu'elle découvre. Quelquefois il faisait de grandes pertes ; mais le moment d'après il les réparait d'une manière presque absolue. Sa chute n'a été rapide que depuis le xv»^ siècle.

Au xv" siècle, le nouveau jour scientifique dont on avait aperçu l'aurore à Bagdad, sous le calife El-Mamoun, parut en Italie d'une manière sensible. Les beaux-arts prirent un nouvel essor. Raphaël, Michel- Ange, Léonard de Vinci le leur ont donné ; et ils étaient laïcs tous trois. Peu après, Machiavel a levé le rideau qui cachait les opérations du sacré collège. Il a donné l'explication du mécanisme de ses combinaisons politiques. 11 a démontré que ce n'étaient point les principes enseignés par le clergé qui lui servaient à combiner les moyens de maintenir sa puissance. Il a constaté que le clergé n'était plus occupé que de ses propres intérêts, et qu'il ne travaillait plus dans une direction utile aux progrès de la science.

Copernic est arrivé ensuite. Il a donné un aperçu neuf de la position et du mouvement respectif des astres dépendant du système solaire. Kepler a dicté aux géomètres les lois qu'ils devaient suivre pour calculer les changements de position de ces astres; et Galilée, faisant application des idées de ( "opernic et de Kepler, a dit : L.v tekke toi une.

A ce mot, le sacré collège s'est armé contre les novateurs. Le coup lui portait au cœur. Il a réuni toutes ses forces pour le repousser. « La terre, a-t-il « dit, ne peut pas tourner, car c'est le soleil que Josué ce a arrêté et non pas la terre. Il existe dans les saintes « écritures une quantité de preuves que la terre est le « centre du monde; que tout ce qui existe a été créé ce pour l'homme, etc. » Depuis cette époque la chute du clergé déiste s'est opérée avec une rapidité telle que les penseurs les plus médiocres peuvent enchaîner les événements qui ont précédé l'état d'agonie dans lequel il est entré. Il est évident que Jésus et ses commentateurs n'avaient eu aucune idée claire du mécanisme de l'Univers. Il a été également prouvé que le clergé, dépositaire de la loi sacrée, n'a pas su améliorer le dépôt qui lui avait été confié.

A la fin du xvi'^ siècle, deux astres nouveaux parurent sur l'horizon scientifique. Bacon, Descartes ébranlèrent la masse entière du vieux temple de la sagesse. Ils saisirent l'entendement humain et le remirent au creuset. Ils proclamèrent cette vérité anti-chrétienne : L'homme xe doit croire que les choses avouées par la

RAISON, et COXFntMÉÉS PAU l'eXPÉUIKNCE.

Bientôt dans toutes les directions secondaires, ces hommes de génie frayèrent de nouvelles routes à la pensée. Les Académies se formèrent. Le corps des lettrés laïcs, quoiqu'encore très imparfaitement organisé, lutta avec avantage contre le clergé. Il le surpassa dans toutes les directions scientifiques.

A la fin du xvn« siècle, Bossuet fit concevoir au >acré collège l'espoir de ressaisir l'autorité qui s'ériiappait de ses mains. Bossuet fit un feu terrible sur

les incrédules; mais il vida l'arsenal du saint Siège. Les Théologiens n'eurent pas longtemps l'avantage : les Physiciens reprirent promptement le dessus (1).

(l)Toul hommcdo génie laisse après luide larges traces de son exislence. Il ne produit pas toujours l'efTot qu'il aurait désiré, mais il en produit toujours un très grand.

Bossuet voulait prolonger l'existence du déisme ; il voulait rajeunir la religion chrétienne, et il a poussé l'esprit humain dans une direction absolument opposée. Il voulait le l'aire rétrograder; et par ses efforts, il a accéléré ses progrès.

Bossuet a creusé la tombe du clergé catliolique. Il a anéanti la seule forcequi restait à la disjjosilion du sacré collège. Il a élé le véritable auteur de la révolution fiançaise. Ce que je viens de dire paraîtra paradoxal, je le sens ; mais le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable ; et j'espère satisfaire les hommes sans préjugés par l'explication que je vais donner.

Toutes les oraisons funèbres, tous les ouvrages de Bossuet ne sont que le développement de cette idée : Tous les hommes sont égaux aux yeux lie Dieu.

Par son admirable talent, Bossuet a fixé l'attention générale sur l'idée d'égalité, et il a, de cette manière, inoculé la révolution ; car une révolution n'est autre chose que le désir exalté des classes inférieures pour rétablissement de l'i'galité.

Les révolutions sont des maux affreux, et en même temps des maux inévitables. Les grands progrès de l'esprit humain sont le résultat de grandes crises ; et ces progrès en préparent de nouvelles. Le peuple s'est toujours insurgé ; il s'insurgera toujours, quand il cessera d'y avoir proportion entre les lumières et le pouvoir des gouvernants , d'une pari; et d'une autre part entre l'ignorance et la di'pi-ndance des gouvernés. Le ('■ouvernement actuel est extiènuincnt fort . pai'cc que la masse des lumières des gouvernants est énormément au-dessus de celle des gouvernés, et parce qu'il a pour chef un homme aussi marquant par sa capacité acquise que par son génie.

Le résultat d'une révolution est de diminuer l'inégalité qui régnait entre les diflérentes classes de la société

Les hommes qui ont joué un rôle actif dans une révolution et qui ne peuvent ensuite calmer leur exaltation pour l'idée d'égalité sont fort malheureux.

.le connais encore des républicain? en France. Ils sont bien à plaindre do ne pouvoir quitter ce point de vue rcvolulionnaire.

Bacon et Descaries avaient dit que les physiciens devaient s'attacher à ki recherche d'un fait général.

Newton trouva le tait général.

Quand la découverte de Newton fut suffisamment répandue en Europe, les lettrés laïcs français se coalisèrent pour donner un assaut général à la religion chrétienne. Ils tirent une Encyclopédie, ouvrage dans lequel ils démontrèrent, relativement à toutes les parties de la connaissance humaine, que les travaux faits d'après l'impulsion doimée par Descartes, étaient intiniment supérieurs à ceux qui étaient sortis du système de croyance inventé par Jésus; ils ont fait sentir que ridée de gravitation universelle était celle qui devait servir de base au nouveau système scientitique et par suite au nouveau système religieux.

La considération et la fortune du clergé catholique ont été anéanties par la révolution. Son existence aujourd'hui n'est plus que subalterne et précaire. Elle dépend entièrement du Gouvernement.

Cette récapitulation de la marche de l'esprit humain me paraît prouver complètement que M. de Bonald est dans l'erreur. Ses ouvrages, malgré cette imperfection capitale, me paraissent les plus estimables i»roductions qui aient été mises au jour depuis plusieurs années. Il est un point de vue duquel ils sont admirables ; ils sont pleins de vie; ils sont faits pour inspirer de l'enthousiasme aux savants et aux littérateurs; ils sont propres à rajeunir la science et la littérature.

En lisant, en méditant les ouvrages de M. de Bonald, je me suis convaincu que cet auteur avait profondément senti l'utilité de l'unité systématique, puisqu'il s'était proposé pour bul de démontrer à ses compa-

triotes que, dans l'état actuel des lumières, elle devait servir de base aux travaux scientiliques et littéraires. Je suis à cet égard entièrement de l'avis de M. de Bonald; mais je ne partage pas son exaltation pour le déisme. Cette conception ne me paraît pas avoir le plus fort caractère unitaire. Ce caractère me paraît exclusivement affecté à l'idée de gravitation universelle. Je développerai mon opinion à ce sujet dans un article ayant pour titre : Sur l'unité des causes.

Deuxième opinion sur la religion.

Je connais plusieurs personnes qui croient à la nécessité d'une religion pour le maintien de l'ordre social, et qui sont convaincues que le déisme est usé; que la religion fondée sur le déisme ne peut pas être rajeunie, et qui travaillent, en conséquence de cette opinion, à organiser une religion fondée sur le physicisme. Ces personnes se trompent sur un point essentiel : l'organisation d'une nouvelle religion n'est pas encore possible. Il n'y a d'exécutable que ce que fait le Gouvernement : ce sont des concordats entre les différentes sectes déistes.

Je regarde le travail en question comme celui d'un peintre qui, ne voulant pas attendre pour exécuter son tableau, que la toile sur laquelle il doit fixer ses idées soit faite, entreprendrait de peindre sur les brins de 111 qui doivent servir à lisser cette toile.

Troisième opinion .

Les doux opinions dont je viens de parler sont les plus marquantes que je connaisse, mais ce ne sont pas celles qui ont le plus de partisans, La très grande majorité de l'École s'occupe très peu des idées religieuses. Son insouciance à cet égard prouve la vérité de ce que j'ai avancé dans le cours de mon ouvrage.

L'esprit hlmain fixe alternativement sa principale attention slr la science générale et slr les sciences particulières.

L'attention de l'École est principalement fixée, dans ce moment, sur les sciences particulières.

La RELIGION EST LA COLLECTION DES APPLICATIONS DE LA SCIENCE GÉNÉRALE AU MOYEN DESQUELLES LES HOMMES ÉCLAIRÉS GOUVERNENT LES HOMMES IGNORANTS.

Chaque âge a son caractère, cliaque institution sa durée.

La RELIGION VIEILLIT DE MÊME QUE LES AUTRES INSTITUTIONS. De MÊME QUE LES AUTRES INSTITUTIONS, ELLE A BESOIN p'ÈTRE RENOUVELÉE AU BOUT d'uN CERTAIN TEMPS.

Toute religion est une institution bienfaisante a son ORIGINE. Les prêtres en abusent quand ils ne sont plus contenus par le frein de l'opposition, quand ils n'ont plus

DE découvertes A FAIRE DANS LA DIRECTION SCIENTIFIQUE qu'ils ont REÇUE DE LEUR FONDATEUR : ELLE DEVIENT ALORS

OPPRESSIVE. Quand la religion a été oppressive, elle tombe

DANS le mépris, ET SES MINISTRES PERDENT LA CONSIDÉRATION ET LA FORTUNE qu'ils AVAIENT ACQUISES.

Ce que je viens de dire est une réfutation claire d'un préjugé assez accrédité dans l'École : beaucoup de savants craignent que les prêtres ne ressaisissent peu à peu le pouvoir qu'ils ont perdu. Cette crainte est bien mal fondée. Il serait bien plus raisonnable de craindre que les prêtres catholiques ne perdissent le peu de considération que le Gouvernement leur a lendu, avant que l'esprit humain ait fait assez de progrès pour pousser le nouveau système scientifique au point de le faire servir de base à une nouvelle religion.

Mon

opinion.

Mon opinion n'est pas autre chose que le résumé des réflexions que j'ai faites sur les dispositions de l'Empereur.

Je crois à la nécessité d'une religion pour le maintien de l'ordre social; je crois que le déisme est usé, je crois que le physicisme n'est point assez solidement établi pour pouvoir servir de base à une religion.

Je crois que la force des choses veut qu'il y ait deux doctrines distinctes : le Physicisme pour les gens instruits, et le Déisme pour la classe ignorante.

L'esprit humain s'est trouvé dans une situation semblable, lors de son passage du Polythéisme au Déisme, passage qui a duré depuis Sociute jusqu'il Pail; c'està-dire plus de cinq siècles. Pendant tout ce temps, il y a eu deux doctrines ; les savants étaient déistes, les ignorants croyaient à plusieurs Dieux.

Ma conduite est conforme à mon opinion; je travaille à perfectionner le Physicisme; mais je ne publie point mes idées ; je ne les communique qu'aux personnes sulfisamment éclairées pour envisager les choses de ce point de vue, sans qu'il en résulte aucun inconvénient pour la société; je ne mets point mon ouvrage en vente, je n'en fais point parler dans les journaux, je le fais imprimer, mais je n'en fais tirer qu'un très petit nombre d'exemplaires ; et je ne les place qu'en mains sûres. Enfin, je respecte ostensiblement le déisme, comme étant et devant être encore pendant longtemps la doctrine publique. Je dis que c'est la conduite que je tiens, et je dis vrai; mais je ne dis pas que je l'ai toujours tenue; j'en ai suivi une tout ti fait opposée, jusqu'à l'époque à laquelle les dispositions de l'Empereur ont fait tomber la cataracte qui m'aveuglait.

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