‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 59 sur 72 · SUR L'UNITÉ DE CAUSE · texte numérisé non relu

SUR L'UNITÉ DE CAUSE

Quand l'esprit humain a passé de l'idée de plusieurs causes à l'idée d'une seule; quand il a franchi les bornes du Polythéisme pour entrer dans la croyance du Déisme, il a fait un pas capital ; mais il n'a pas atteint les limites de son perfectionnement.

Il est aisé de prouver que le déisme est une croyance très en arrière de l'état actuel des lumières. Il est facile d'établir solidement l'opinion que l'esprit humain ne doit les grands progrès qu'il a faits pendant les derniers siècles dans les sciences mathématiques et physiques qu'à l'attiédissement de sa croyance en Dieu.

Si Galilée, Bacon et Descartes ont dit qu'ils étaient déistes, c'est parce qu'ils ne voulaient point choquer l'opinion publique ; c'est aussi parce que ces tètes d'une force colossale étaient éminemment systématiques et qu'elles ne voulaient pas abandonner totalement l'ancien système, avant d'avoir complété l'organisation du nouveau.

Qu'est-ce que l'idée Difi; sans celle de la révélation?

une idée stérile. Cliaque découverte scientifique a mis en évidence une des erreurs du système prétendu révélé : l'idée Dieu n'est pas autre chose que l'idée I de l'intelligence humaine généralisée. On m'objecterai sûrement que Newton a commenté l'Apocalypse. Je prie le lecteur de se rappeler ce que j'ai dit de Newton sous le N" 2. Je crois avoir clairement établi dans cet article que Newton n'avait été qu'un chercheur de faits et qu'il ne s'était point élevé jusqu'au point de vue général, ou pour m'exprimer avec plus d'exactitude, qu'il n'avait pas cultivé la science générale.

Osons regarder l'idée Dieu ; osons examiner les définitions qu'on nous a données de cette idée; osons raisonner sur les descriptions de cet idéal produites par les métaphysiciens.

Toutes les définitions, toutes les descriptions de Dieu sont ainsi conçues :

Dieu est un être spirituel; Dieu est éternel, immuable, infini; il est prévoyant au suprême degré; il voit tout, il gouverne tout.

Un déiste peut faire sur cette définition un commentaire aussi long qu'il lui plaît. Mais ses développements ne seront jamais autre chose que l'énumération des diverses facultés d'intelligence connues en disant à la suite de chacune d'elles, qu'elles sont poussées au suprême degré et en finissant par conclure que leur réunion compose la perfection absolue qui est le caractère distinctif de Dieu.

Je dis que les éléments de l'idée Dieu sont en opposition les uns avec les autres de manière que cette idée est un amalgame de sensations qui se contrarient; en voici la preuve :

Si Dieu est un être purement spirituel, son existence est la pensée ; mais si Dieu est éminemment prévoyant, il n'a pu penser qu'une fois ; par une pensée unique il a prévu tout ce qui arriverait. Donc son existence n'a pu durer que le temps d'une pensée; donc il n'existe plus.

Dieu ne gouvernerait pas le monde, quand bien même il existerait ; car le monde ayant été créé par lui qui est parfaitement prévoyant, la création du monde a été parfaite tant pour le premier moment que pour tout le temps de sa durée, et le monde n'a par conséquent pas besoin d'être gouverné.

L'idée Dieu n'a pas d'unité; car avant de présenter cette idée à ceux qui n'en ont pas connaissance, on établit en préambule qu'il y a deux natures de choses : les unes morales, les autres physiques, qu'on appelle aussi les choses matérielles et immatérielles. On dit que Dieu est d'une de ces deux natures et qu'il n'est que d'une de ces deux natures. Dans ce cas il ne peut exister aucune relation entre lui et les choses qui ne sont pas de sa nature.

L'idée Dieu étant vicieuse, toutes les applications qui ont été faites de cette idée ont dû être vicieuses.

L'homme après avoir inventé Dieu s'est regardé comme un être très important; il a cru que l'Univers avait été créé pour lui; que la planète qu'il habitait était au centre du monde; que les astres tournaient autour d'elle et avaient pour destination de l'éclairer, toutes idées reconnues aujourd'hui pour fausses.

Le Physicisme n'a point les inconvénients du Déisme.

Cette conception possède éminemment le caractère d'unité comme il est facile de s'en convaincre par l'examen des premiers termes de la série.

L'Univers est un espace sans bornes rempli de matière en mouvement. La matière existe sous deux formes : forme solide, forme tluide.

Les phénomènes qu'on appelait physiques sont de la classe des « phénomènes des solides. «

Les phénomènes qu'on appelait moraux sont de la classe des « phénomènes des fluides. »

Je dis, je crois avoir prouvé que l'idée Dieu ne doit point être employée dans les sciences physiques, mais je ne dis pas qu'elle ne doit pas servir dans les combinaisons politiques, au moins pendant longtemps. Elle est la meilleure manière qu'on ait trouvée de motiver les hautes dispositions législatives. Il faut tout examiner et combiner, en se plaçant au point de vue du Physicisme; les opinions scientiliques arrêtées par l'École devront ensuite être revêtues des formes qui les rendent sacrées, pour être enseignées aux enfants de toutes les classes et aux ignorants de tous les âges.

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