‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 60 sur 72 · SUR LA MOR.VLE · texte numérisé non relu

SUR LA MOR.VLE

Le principe de morale le plus généralement enseigné est celui de l'Évangile :

Ne faites pas autrui ce que vous ne voudriez pas qu'il vous fit.

J'observe :

1" Que ce principe est négatif et qu'il n'est par conséquent qu'indirectement obligatoire ;

2° Qu'il n'oblige pas l'individu vis-à-vis de lui-même. Quel usage un individu isolé de la Société pourrait-il faire de ce principe?

Je propose de substituer le principe suivant à celui de l'Évangile :

L'homme doit travailler.

L'homme le plus heureux est celui qui travaille. La famille la plus heureuse est celle dont tous les meiiv" bres emploient utilement leur temps. La nation la plus heureuse est celle dans laquelle il y a le moins de

désœuxrçs,. L'humanité jouirait de tout le bonheur auquel elle peut prétendre s'il n'y avait pas d'oisifs.

J'observe qu'il est bien essentiel de laisser ii l'idée de travail toute la latitude dont elle est susceptible. Un fonctionnaire public quelconque, une personne adonnée aux sciences, aux beaux-arts, à l'industrie manufacturière et agricole, travaillent d'une manière tout aussi positive que le manœuvre bêchant la terre, que le porte-faix portant des fardeaux. 3Iais un rentier, un propriétaire qui n'a pas d'état et qui ne dirige pas personnellement les travaux nécessaires pour rendre sa propriété productive, est un être à charge à la société, même quand il est aumônier.

Les hommes qui cultivent le champ de la science sont ceux qui ont la meilleure moralité, et qui sont les plus heureux parce que leurs travaux sont utiles h toute l'humanité.

Le LÉGISLATEUR DOIT ASSURER LE LIBRE EXERCICE DE LA

propriété.

Le moraliste doit pousser l'opinion publique a punir le. propriétaire oisif en le privant de toute considération.

Les Catholiques me répondront sûrement que l'Évangile condamne l'oisiveté.

Je dirai aux Catholiques : l'ordre qu'on met dans l'exposition de ses idées, détermine le degré d'importance qu'on attache h chacune d'elles. Il n'y a point d'ouvrage de physique écrit à une époque quelconque antérieure h Newton, dans lequel il ne soit question de la gravitation des corps. Doit-on en conclure que Newton n'a rien dit de neuf en parlant de la gravitation universelle?

Qu'est-ce que Newton a produit de neuf en parlanl

d'une chose qui avait déjà été dite? Newton a donné le caractère prépondérant à une idée qui n'était que secondaire.

L'installation du principe de la gravitation universelle en première ligne, a déterminé un grand changement dans la coordination des idées de physique. Le même effet sera produit dans la morale par l'installation du nouveau principe.

N» iG.

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