‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 9 sur 72 · I.XXXV · texte numérisé non relu

I.XXXV

rile admiration de sou génie, mais dans les efforts que doivent faire ses disciples pour continuer ses travaux. (Quand on mesure l'étendue proportionnelle des différentes parties de l'œuvre de Saint-Simon, on est frappé, au premier coup d'œil , de la part considérable qu'y tiennent les travaux scientifiques et politiques, et de la brièveté relative des œuvres morales qui se trouvent à peu près confondues avec les œuvres religieuses. "

La remarque en a déjà été faite : Saint-Simon n'a dit (ju'un mot sur la femme, et ce mot prononcé en 1802 dans les lettres de Genève :

Les femmes seront admises a souscrire, elles pourront ÊTRE nommées,

il ne l'a point répété. Il est mort, sans avoir témoigné par une seule ligne, qu'il eût jamais songé, que l'avenir réservât à la femme un autre rôle que celui qui lui fut assigné dans le passé.

Saint-Simon semble, au premier abord, avoir gardé le même silence sur le principe et sur les règles de la morale individuelle. Ses préoccupations constantes se tournent vers la morale universelle et vers la morale générale. Volontiers l'accuserait-on de n'avoir posé nulle part le principe unitaire de la morale et marqué le point où elle se rattache à la science et à l'industrie.

A deux reprises il a fait l'éloge du catéchisme chrétien pour avoir classé les actions individuelles en bonnes et en mauvaises, et chaque fois il a dit qu'à son

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tour il produirait un critérium nouveau du bien et du mal, mais nulle part le principe de ce critérium n'a été clairement posé ; et toutes les fois qu'il a voulu toucher ce sujet, entraîné vers la politique, il a placé le principe de la règle morale , tantôt dans l'obligation du travail imposée à tout homme, tantôt dans la maxime justement fameuse :

(Toutes les institutions sociales doivent avoir pour

OBJET l'amélioration INTELLECTUELLE, MORALE ET PHY- SIQUE DE LA CLASSE LA PLUS NOMBREUSE,

Or, quelque compréhensives que soient ces deux maximes, et bien que la première soit plus complète que la seconde, il est évident que ni l'une ni l'autre ne sont le principe supérieur de la morale, et que toutes les deux sont plutôt les règles de la morale universelle et de la morale générale que celles de la morale privée.

Il est trop clair qu'un homme peut se livrer régulièrement au travail et faire un mauvais époux, un mauvais père, un mauvais ami. L'on voit aisément que si la maxime : Toufes les instiluliotts svcialcs doivent avoir pour objet l'amélioration du sort de la elasse la plus nombreuse, était prise pour règle exclusive des droits et dos devoirs privés, elle deviendrait une nouvelle politique d'État, et pourrait facilement servir à justifier les actes les plus réprouvés par la conscience humaine.

Il n'est point douteux, d'un autre côté, qu'une doc-

trille vrainieiil lelit^ieusc doive contenir le principe (l'une morale assez complète pour régler à la fois les actes universels, les actes généraux et les actes privés.

Il faut donc, ou refuser à la doctrine produite par Saint-Simon ce caractère de généralité supérieure qui seul peut en faire une religion, ou démêler et faire ressortir dans cette doctrine le point commun oîi la morale s'associe à l'industrie et à la science.

(Saint-Simon est mort avant d'avoir achevé ce travail; engagé depuis l'origine dans les voies de l'analyse, il n'a fait que des synthèses partielles ; il n'a pas eu le temps, pour employer son expression favorite , de repenser à priori l'ensemble de ses idées et, de coordonner syntliétiquemeut ses divers ordres de travaux.^

Mais il nous paraît aisé de montrer en quelques lignes, à ceux qui étudieront, avec attention, la série de ses œuvres, (jue, s'il n'a point terminé ce graïul travail, il l'a du moins profondément ébauché, posant solidement le principe s'il n'a poinl assez clairement tiré toutes les conséquences.

L'exposition de la méthode est de toutes les parties de l'œuvre de Saint-Simon celle qu'il a traitée avec le plus d'abondance et de lumière ; quand il abordait pour la première fois cette grande discussion, il était, sinon dans la complète maturité, au moins dans toute la vigueur de son génie.

Nos lecteurs ont encore présente à l'esprit celte admirable exposition des fonctions de l'analyse et de la syti thèse se succédant alternativement pour la construc-

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