‹ Œuvres choisies. Précédées d'une appréciation littéraireChapitre 34 sur 242 · LES OMBRES. T · texte numérisé non relu

LES OMBRES. T

L'hyperbole aux longues échasscs, La catachrè.se aux doubles faces, Les logogriphes effrayants.

L'impitoyable syllogisme, Que suit le ténébreux sophisme, Avec les ennuis dévorants.

Quelle inexorable Mégère Ici rassemble avant le temps Ces mânes jeunes et tremblants.

Et ravis au sein de leur mère !

Sur leurs déplorables destins, Dans des lieux voués au silence ,

Voyez de pâles souverains Exercer leur triste puissance ; Un sceptre noir arme leurs mains :

Ainsi Rhadamante aux traits sombres, Balançant l'urne de la mort,

Sur le peuple muet des ombres

Prononçoil les arrêts du sort.

Mais quelles alarmes soudaines!

D'oij partent ces longues clameurs ?

Pourquoi ces prisons et ces chaînes?

Sur qui tombent ces fouets vengeurs?

Tel étoit l'appareil barbare

Des tortures du Phlégéton ;

Tels étoient les cris du Tartare

Sous la fourche du vieux l'iuton.

Près de ces cavernes fatales

Quels sont ces brûlants soupiraux?

Que vois-je ? quels nouveaux Tantales

Maudissent cas perfides eaux?

De ce parallèle grotesque Moitié vrai, moitié romanosquo, Aminfe, j^our vous égaj'cr, J'aurois rempli le cadre entier, Si, dans cet endroit de mon songe, Mn cruel, osant m'éveiller, iS'eût dissipé ce doux mensonge, Et le prestige ofTicicux Oui vous présentoit à mes yeux :

Ce hideux bourreau, moins un homme Qu'un pal'bilaire fantôme, Tel qu'on les peint en noirs lambeaux, Et , dans l'horreur du erépuscule.

Tenant leur conciliabule Parmi la cendre des tombeaux; Ce spectre, dis-je, au front sinistre, Du tumulte bruyant ministre, Affublé de l'accoutrement D'un précurseur d'enterrement.

Bien avant l'aube matinale.

Chaque jour troublant mon réduit, Armé d'une lampe infernale, M'offre un jour phis noir que la nuit, Et, d'une bouche sôp\ilcra!e. M'annonce que l'heure fatale Ramène le démon du bruit.

Par cet arrêt impitoyable Arraché du sein (lélectal)lo Et des songes et du repos, L'œil encor chargé de pavots.

Aux cieux je cherche en \ain l'aurore;

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Un voile épais couvre les airs, Et Pliébus n'est point prêt encore A quitter les nymphes des mers.

Astre qui réglas ma naissance, Pourquoi ta suprême puissance, En formant mes îjoùts et mon cœur, Y vcrsa-t-elie tant d'horreur Pour la monacale indolence?

Plus respecté dans mon sommeil, Exempt des craintes du réveil, J'eusse les doux tiers de ma vie Dormi sans trouble, sans envie, Dans un dortoir de victorin, Ou sur la couche rebondie D'un procureur génovéfain.

Il est vrai qu'un peu d'ii-'norance Eût suivi ce destin flatteur.

Qu'importe? le nom du docteur N'eût jamais tenté ma prudence, Jamais d'un sommeil enchanteur Il n'eût violé la constance.

Une éternité de science Vaut-elle une nuit de bonheur?

Par votre missive charmante Vous me chargez de vous donner Quelque nouvelle intéressante, Ou quelque anecdote amusante.

Mais que puis-je vous griffonner?

Les politiques rôverien Des vieux chapiers des Tuileries Intéressent fort peu mes soins.

I', PITRE D E U X I !•; M [î.

Vous nmuscroient encor moin^î, Et d'ailleurs, selon h pônio ■■>

De notre aimable colonie, Je ne dois point perdre d'instants, Ni prendre une peine futile A disserter en grave style Sur les bagatelles du temps :

Qu'on fasse la paix ou la guerre.

Que tout soit change sur la terra, Nos citoyens l'ignoreront; Exempts de soucis inutiles, Dans cet univers ils vivront Comme des passagers tranquilles Qui, dans la chambre d'un vaisseau, Oubliant la terre, l'orage, Et le reste de l'équipage, Tâchent d'égayer le voyage Dans un plaisir toujours nouveau; Sans savoir comme va la flotte Qui vogue avec eux sur les eaux, Ils laissent la crainte au pilote.

Et la manœuvre aux matelots.

A tout le petit consistoire, Où ne sont échos imprudents, Rendez cette lettre notoire, Aimable Aminte, j'y consens; Mais sauvez-la des jugements De cette prude à l'humeur noire, Au froid caquet, aux yeux bigots, Et de médisante mémoire, Qui, colportant ces vers nouveaux,

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