‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 189 sur 213 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

La femme est un sot animal :

Le pécheur, à qui Dieu veut mal, Dit le sage, est amoureux d'elle; Oui, ce feu, qui paraît si doux, Est la marque la plus cruelle Qu'on ait du céleste courroux !

Que ne peut le sexe adoré !

Nous périssons, bon gré, mal gré, Lorsque ce démon nous possède :

Notre cœur, notre âme en dépend ; Honneur, étude, tout y cède; L'âge vient, et l'on s'en repent.

Ce penchant n'apporte aucun fruit :

L'amantj toutefois, jour et nuit

Veille, va, revient, se démène j Cela s'appelle, en vérité, Chercher, avec bien de la peine, Les malheurs de l'oisiveté.

L'amour, par ses indignes feux, Nous ôte l'avantage heureux Qu'ici-bas la raison nous donne; Et, pour s'en venger, à son tour, La raison toujours empoisonne Les plus doux moments de l'amour.

Tel est le sort des amoureux :

Le désir ardent d'être heureux Longtemps les tyrannise en maître.

Le sont-ils enfin devenus, La crainte de ne le plus être Fait qu'ils ne le sont déjà plus.

Si l'amour, selon nos désirs.

Nous procure quelques plaisirs.

Un chagrin les balance au double.

Et puis, sont-ils jamais complets?

Délicat, toujours on les trouble ; Brutal, on les goûte imparfaits.

Cependant, du vieillard ailé Le sable fatal a coulé •

Le plaisir avec lui s'envole; L'amour nous laisse à mi-chemin.

Qu'emportons-nous de son école ?

De l'ignorance et du chagrin.

Lis, travaille, compose, écris, J...* ; conçois un beau mépris Pour une insipide mollesse; Thésaurise, en tes jeunes ans.

De quoi pouvoir, dans la vieillesse.

Adoucir tes ennuis pesants.

Mon cinquième lustre a passé ; Le tien a déjà commencé :

Tu vois mes regrets; fais-toi sage.

Qu'un ami, tel que je le suis, Ne m'imprima-t-il à ton âge Ce que je conseille aujourd'hui!

1 . C'était à son ami Jehannin que Firon adressait ces Starxes. ( Le nom se prononçait probablement Jeannin, sans tenir compte de 1'/», sans quoi le vers aurait une syllabe de trop.)

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