‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 190 sur 213 · LES MISÈRES DE T/AMOUR · texte numérisé non relu

LES MISÈRES DE T/AMOUR

Que l'homme est sot et ridicule.

Quand l'amour vient s'en emparer !

D'abord il craint, il dissimule.

Ne fait longtemps que soupirer.

S'il ose enfin se déclarer, On s'irrite, on fait l'inhumaine :

N'importe, il veut persévérer ; Que de soins, d'ennuis et de peine !

On l'aime : tant pis! double chaîne.

Mille embarras dans son bonheur.

Contre-temps, humeur incertaine.

Père, mère, époux, tout fait peur.

Est-ce tout? Non : reste l'honneur; L'honneur, du plaisir l'antipode.

On veut le vaincre, il est vainqueur : On se brouille, on se raccommode.

Vient un rival : autre incommode.

Loin des yeux le sommeil s'enfuit; Jaloux, on veille, on tourne, on rôde;« Ce n'est qu'alarmes jour et nuit.

Après bien des maux et du bruit.

Un baiser finit l'aventure :

Le feu s'éteint, le dégoût suit; Le pré valait-il la fauchure * ?

1. Nous croyons ne pas déplaire a& lecteur en remettant ici, sous ses yeux, les Stances philosophiques de J. B. Rousseau sur les Misères de l'homme, que Piron a prises pour thème, et d'après lesquelles il a modulé les Misères de l'Amour • les deux pièces font un parfait pendant, et l'une ne dépare pas l'autre :

Que l'homme est bien dorant sa vie Un parfait miroir de douleurs I Dès qo'il respire, il pleure, il crie, Et semble prévoir ses malheurs.

Dans l'enfance, toujours des pleurs; Un pédant porteur de tristesse; Des livres de toutes couleurs, Des châtiments de toute espèce.

L'ardente et fougueuse jeunesse Le met encore en pire éiat ; Des créanciers, une maîtresse Le tiraillent comme un forçat.

Dans l'âge mûr . autre combat :

L'ambition le sollicite.

Richesses, honneurs, faux éclat.

Femme, famille, tont l'agite.

Vieux, on le méprise, ou l'évite;

Mauvaise bameor, in&rmlte; Toux, gravelle, goutte, pituite, Assiègent sa caducité.

Pour comble de calamité.

Un directeur s'en rend le maître.

II meurt enfin peu regretté; C'était bien la peine ae naître.

Nous suivons ie préférence le teite qui se trouve dans le Mercure galant dti mois de juin 1711, et qui nous a été indiqué par M. iL~3nel, à l'exception de la dernière Stance que nous prenons telle qu'elle est dans les Œuvres de

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