LES MISÈRES DE T/AMOUR
Que l'homme est sot et ridicule.
Quand l'amour vient s'en emparer !
D'abord il craint, il dissimule.
Ne fait longtemps que soupirer.
S'il ose enfin se déclarer, On s'irrite, on fait l'inhumaine :
N'importe, il veut persévérer ; Que de soins, d'ennuis et de peine !
On l'aime : tant pis! double chaîne.
Mille embarras dans son bonheur.
Contre-temps, humeur incertaine.
Père, mère, époux, tout fait peur.
Est-ce tout? Non : reste l'honneur; L'honneur, du plaisir l'antipode.
On veut le vaincre, il est vainqueur : On se brouille, on se raccommode.
Vient un rival : autre incommode.
Loin des yeux le sommeil s'enfuit; Jaloux, on veille, on tourne, on rôde;« Ce n'est qu'alarmes jour et nuit.
Après bien des maux et du bruit.
Un baiser finit l'aventure :
Le feu s'éteint, le dégoût suit; Le pré valait-il la fauchure * ?
1. Nous croyons ne pas déplaire a& lecteur en remettant ici, sous ses yeux, les Stances philosophiques de J. B. Rousseau sur les Misères de l'homme, que Piron a prises pour thème, et d'après lesquelles il a modulé les Misères de l'Amour • les deux pièces font un parfait pendant, et l'une ne dépare pas l'autre :
Que l'homme est bien dorant sa vie Un parfait miroir de douleurs I Dès qo'il respire, il pleure, il crie, Et semble prévoir ses malheurs.
Dans l'enfance, toujours des pleurs; Un pédant porteur de tristesse; Des livres de toutes couleurs, Des châtiments de toute espèce.
L'ardente et fougueuse jeunesse Le met encore en pire éiat ; Des créanciers, une maîtresse Le tiraillent comme un forçat.
Dans l'âge mûr . autre combat :
L'ambition le sollicite.
Richesses, honneurs, faux éclat.
Femme, famille, tont l'agite.
Vieux, on le méprise, ou l'évite;
Mauvaise bameor, in&rmlte; Toux, gravelle, goutte, pituite, Assiègent sa caducité.
Pour comble de calamité.
Un directeur s'en rend le maître.
II meurt enfin peu regretté; C'était bien la peine ae naître.
Nous suivons ie préférence le teite qui se trouve dans le Mercure galant dti mois de juin 1711, et qui nous a été indiqué par M. iL~3nel, à l'exception de la dernière Stance que nous prenons telle qu'elle est dans les Œuvres de